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Mali : Efforts conjugués pour la paix

Sabah Sabet avec agences, Lundi, 14 octobre 2019

Alors qu'un dialogue national inclusif visant à rétablir une paix définitive a débuté au Mali le 7 octobre, parallèlement à une opération de désarmement, des opérations sécuritaires sont en cours pour endiguer les violences.

Quelque 200 combattants ont discrètement rendu leurs armes, vendredi 11 octobre, dans le centre du Mali, à la suite du lancement d’une opération de Désarmement, Démobilisation et Réinsertion (DDR). Lancée par le premier ministre malien, Boubou Cissé, cette opération vise à endiguer les violences qui ensanglantent la région et menacent la stabilité du pays. « L’accumulation d’armes aux mains d’acteurs non étatiques alimente le cycle infernal de violences et de vengeances, ce qui a conduit à des crimes, en même temps qu’elle annihile les efforts de développement et de progrès », a déclaré Boubou Cissé. Selon Zahabi Ould Sidy Mohamed, président de la Commission nationale de l’opération DDR, il y a 8504 combattants déjà inscrits.

Cette opération de DDR « spécial centre » est calquée sur celle mise progressivement en place dans le Nord, conformément aux accords de paix négociés à Alger en 2015. Elle concerne les milices d’autodéfense constituées sur des bases ethniques (dogon et peule), régulièrement accusées de massacres de civils, ainsi que d’ex-rebelles du Nord établis dans la région et des djihadistes ayant « discrètement » fait défection, a indiqué à l’AFP le responsable d’une des milices peule, Oumar Aldiana, qui a également déclaré : « J’ai environ 700 hommes armés qui vont venir ici dans le camp de Soufroulaye pour déposer les armes et participer au pro­gramme DDR. Nous sommes fatigués par cette guerre ».

Cette initiative intervient alors que le régime du président Ibrahim Boubacar Keïta est secoué par l’un des plus importants revers qu’avait essuyés l’armée malienne ces der­nières années. 40 soldats ont été tués le 30 septembre et le 1er octobre quand des djiha­distes ont attaqué les camps militaires de Boulkessy et Mondoro (Centre), selon un bilan gouvernemental encore provisoire. Le revers de Boulkessy a conforté le sentiment d’impuissance du pouvoir face à la dégrada­tion de la situation dans un pays en proie depuis 2012 à des insurrections indépendan­tistes, salafistes et djihadistes et aux vio­lences interethniques. Il suscite la colère des familles de militaires, dont plusieurs dizaines ont manifesté, vendredi 11 octobre, devant le camp de l’armée à Sévaré, à 15km de Mopti.

Dialogue inédit

Dans le même temps, un dialogue inclusif a été lancé la semaine dernière. Censé aboutir à des réformes institutionnelles et constitution­nelles, échanger sur les questions de préoccu­pation des Maliens et accélérer la mise en oeuvre de l’Accord pour la paix et la réconci­liation signé en Algérie 2015, ce dialogue national a débuté dans plusieurs communes du pays. Le projet remonte à janvier dernier lorsque le président a lancé l’initiative. Un comité d’experts pour la réforme constitu­tionnelle, présidé par le professeur Makan Moussa Sissoko, a été mis en place à cet effet. Mais malgré la volonté affichée du gouverne­ment d’obtenir, cette fois-ci, un consensus, l’initiative a fait long feu.

Lancé le 7 octobre, ce nouveau dialogue se veut à l’écoute de la base en organisant des rencontres décentralisées au plus près des populations. Il fait cependant déjà face à des réticences au sein de l’opposition et d’une partie de la société civile qui exprime des doutes sur son caractère réellement « inclu­sif ». Un dialogue inédit dans sa forme, que le président malien, Ibrahim Boubacar Keïta espère aboutir, afin d’éviter l’échec qu’il avait essuyé en 2017, lorsqu’il avait été poussé par la rue à retirer son projet de révi­sion de la Constitution .

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