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Comores : Tension à l’approche des élections

Sabah Sabet avec agences, Mardi, 12 mars 2019

A quelques jours de la présidentielle du 24 mars, la tension est palpable aux Comores : le président sortant et candidat favori dit avoir échappé à une tentative d’assassinat, l’opposition parle d’une manoeuvre politique.

Les tensions qui règnent depuis des mois aux Comores ne semblent pas près de se calmer d’ici au premier tour de l’élection présidentielle prévue le 24 mars. Le convoi du président-candidat, Azali Assoumani, aurait été visé jeudi 7 mars par une mine, alors qu’il se rendait à un meeting électoral, accompa­gné de sa garde et de son équipe de campagne. L’engin explosif placé sur une colline a provoqué un éboule­ment important qui a scindé le convoi présidentiel en deux. Aucun dégât physique ni matériel n’est à déplo­rer. Le chef de l’Etat a d’ailleurs traversé les gravats pour se rendre dans la première partie du convoi d’où un véhicule a pu le transporter jusqu’à son meeting de campagne. « La voiture du président a pu s’arrêter à temps » et M. Azali — élu président en 2016 et obligé selon la Constitution de démissionner le temps de la campagne électorale — en est sorti indemne, a affirmé son directeur de campagne, Houmed Msaidie, alors que le procureur de l’île d’Anjouan a parlé d’un « acte cri­minel extrêmement grave ». Plusieurs personnes sont encore entendues en garde-à-vue dans le cadre de l’en­quête sur cette tentative commise à quelques jours de l’élection présidentielle.

L’opposition veut, quant à elle, rester prudente et n’exclut pas la possibilité d’une manoeuvre politique visant à permettre aux autorités d’emprisonner des mili­tants d’opposition. Le pouvoir « crée de faux attentats ou de faux incidents pour coffrer des gens, pour les empêcher de participer librement aux élections », a carrément accusé Ibrahim Mohamed Soulé, directeur de campagne du parti d’opposition Juwa.

Les Comoriens sont appelés aux urnes le 24 mars et le 21 avril pour participer à des élections présiden­tielle et législatives. Treize candidats sont en lice pour le fauteuil de président de l’Union des Comores : les douze candidats de l’opposition et le président en exercice. L’entrée officielle en campagne, mercredi 6 mars, de Mahamoudou Ahamada, candidat soutenu par Juwa, le parti d’opposition de l’ancien président Sambi, a donné un coup d’accélérateur à cette course, dominée par le seul candidat de la mouvance prési­dentielle.

En fait, la situation est tendue depuis des mois dans le petit archipel des Comores composé de trois îles (Grande-Comore, Anjouan et Mohéli). En octobre dernier, un groupe de rebelles armés opposés à Azali Assoumani — issu de la Grande-Comore — avait ainsi affronté l’armée à Anjouan. Le climat politique s’est dégradé aux Comores depuis le référendum constitutionnel du 30 juillet dernier. Ce scrutin aux allures de plébiscite (92,74 % de oui) a renforcé les pouvoirs du président Azali Assoumani, l’autorisant à accomplir deux mandats successifs au lieu d’un. Depuis 2001, la présidence était attribuée tous les cinq ans à un représentant de l’une des trois îles du pays (Grande-Comore, Anjouan et Mohéli). Il était prévu qu’Anjouan prenne la prochaine présidence. Mais le président Assoumani, ex-putschiste élu en 2016, a annoncé son intention d’organiser un scrutin présidentiel anticipé l’an prochain, ce qui lui permet­trait de remettre les compteurs électoraux à zéro et de régner sur l’archipel, en cas de victoire, jusqu’en 2029.

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