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Duel serré au Nigeria

Sabah Sabet avec agences, Lundi, 25 février 2019

Après une campagne mouvementée et un report surprise, les élections présiden­tielle et législatives se sont déroulées dans le calme au Nigeria. Les deux favoris, le président sortant Muhammadu Buhari et son rival Atiku Abubakar, se disent tous deux confiants de leur victoire.

Duel serré au Nigeria
Les Nigérians ont pris au sérieux les élections présidentielle et législatives du samedi. (Photo:Reuters)

Nigeriadecides2019. Tel est le hasthag posté mas­sivement cette semaine par des électeurs nigé­rians, accompagné d’images de doigts couverts d’encre. Les Nigérians pren­nent ainsi au sérieux les élections présidentielle et législatives. Le scru­tin s’est déroulé samedi 23 février, après une semaine de report. 84 mil­lions d’électeurs (72 millions ont retiré leur carte) étaient appelés aux urnes pour élire leur président, mais aussi les membres du Sénat et de la Chambre des représentants. Une élec­tion initialement prévue samedi 16 février, mais repoussée par la Commission électorale (INEC) pour des raisons logistiques

Malgré l’impréparation et les retards, le scrutin s’est déroulé dans le calme sauf quelques incidents qui ont cependant été signalés à Lagos, la capitale économique où des voyous ont mis feu aux bulletins. Dans l’Etat de Rivers, des bâtons de dynamites ont été lancés à travers la ville de Port Harcourt au moment de l’ouverture des bureaux de vote. Le porte-parole de la police locale à fait état de vol d’urnes et de matériel électoral. Quatre membres du parti au pouvoir, APC, ont été tués, selon la presse nigériane. Pourtant, un groupement de la société civile, qui assure la sur­veillance du scrutin, a recensé 16 morts dans des violences directement liées au vote, notamment dans le sud-est (Etat de Rivers), où les gangs cri­minels ont tenté de décourager les électeurs de se rendre aux urnes. Un chiffre relativement faible dans un pays de 190 millions d’habitants, coutumier des violences électorales. Entre octobre et le jour du scrutin, les violences électorales avaient déjà fait 233 morts, selon le cabinet de sur­veillance SBM Intelligence.

Guerre des nerfs

Pour ce qui est de la présidentielle, au total, de nombreux candidats étaient en lice, mais la véritable bataille se joue entre ceux des deux principaux partis: le président sortant Muhammadu Buhari, 76 ans, pour le All Congrès des Progressistes (APC) et Atiku Abubakar, 72 ans, candidat du parti d’opposition, le Parti Démocratique Populaire (PDP). Un duel très serré entre deux vieux rou­tiers de la politique. Alors que la Commission électorale devrait annoncer les résultats dans les pro­chains jours, dès les premières heures de décompte des voix, les camps des deux favoris se proclamaient déjà vainqueur. « Les résultats arrivent un à un et ils sont époustouflants. Le président a remporté la majorité, #BuhariIsWinning! (Buhari est en train de gagner) », écrivait sur Twitter le conseiller du président sor­tant en communication Bashir Ahmad, de l’APC.

De son côté, le PDP a demandé à la Commission électorale indépendante (INEC) d’annoncer les résultats « tels qu’ils ont été livrés par les bureaux de vote, et de déclarer le candidat du peuple, Atiku Abubakar, vainqueur de l’élection présiden­tielle ». « Notre position est basée sur des résultats clairs et véri­fiables », a assuré son équipe dans un communiqué. Pour être élu dès le premier tour, le vainqueur doit obte­nir, outre la majorité des suffrages exprimés, au moins 25% des voix dans les deux tiers des 36 Etats de la fédération auxquels s’ajoute le terri­toire de la capitale fédérale, Abuja. Sinon un second tour devrait avoir lieu dans une semaine.

Outre leur président, les Nigérians étaient appelés à désigner 360 dépu­tés et 109 sénateurs. Bien que les opérations n’aient pas pu se dérouler dans environ 8500 bureaux de vote (sur 120000), l’INEC s’est déclarée « généralement satisfaite » du dérou­lement du scrutin, dans ce pays de 190000 millions d’habitants, aux infrastructures défaillantes et à la corruption généralisée, où organiser un tel scrutin est un défi colossal. Mais ce sentiment n’était pas partagé par les observateurs de la société civile, qui se sont dits « déçus » par les manquements logistiques de l’or­ganisation du vote .

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