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RDC : Vers une accentuation de la crise post-électorale

Sabah Sabet avec agences, Lundi, 21 janvier 2019

Félix Tshisekedi a été définitivement proclamé dimanche cinquième président de la RDC par la Cour constitutionnelle, qui a rejeté le recours du candidat Martin Fayulu et qui est restée sourde aux appels de l'Union africaine lui demandant de « suspendre » l’officialisation des résultats.

Selon les chiffres de la Céni, Félix Tshisekedi a remporté 38,57  % des voix contre 34,8  % à Fayulu
Selon les chiffres de la Céni, Félix Tshisekedi a remporté 38,57  % des voix contre 34,8  % à Fayulu. (Photo: Reuters)

La crise post-électorale se poursuit en République démocratique du Congo et risque de s’aggraver encore, suite aux décisions de la Cour constitutionnelle de la RDC, annoncées le samedi 19 janvier: Félix Tshisekedi est bel et bien le vainqueur des présidentielles du 30 décembre dernier, et le recours déposé par le malheureux candidat Martin Fayulu est rejeté. La cour « proclame élu à la majorité simple président de la République démocratique du Congo, Tshisekedi Tshilombo Félix », a déclaré le président de l’institution, Benoît Lwambwa Bindu. M. Tshisekedi, 55 ans, succède au chef de l’Etat sortant Joseph Kabila, 47 ans, au pouvoir depuis l’assassinat de son père Laurent-Désiré Kabila en janvier 2001. M. Tshisekedi devra cohabiter avec un premier ministre issu de l’actuelle majorité pro-Kabila, qui a obtenu une vaste majorité (337 sièges sur 500) à l’Assemblée nationale d’après la Commission électorale. C’est officiellement la première transmission pacifique du pouvoir depuis l’indépendance de la RDC le 30 juin 1960.

Pas si sûr cependant que la transition soit pacifique. L’annonce de la Céni a été catégoriquement rejetée par Martin Fayulu, qui s’est proclamé « seul président légitime » de la RDC. « Je demande au peuple congolais de ne pas reconnaître tout individu qui se prévaudrait illégitimement de cette qualité légale pour représenter le peuple congolais, ni obéir aux ordres qui émaneraient de lui », a-t-il dit devant la presse la nuit du samedi 19 au dimanche 20 janvier. « D’ores et déjà, je lance un appel pressant à notre peuple pour qu’il se prenne en charge en organisant des manifestations pacifiques sur toute l’étendue du territoire national en vue de défendre sa souveraineté conformément à l’article 64 de notre Constitution qui nous impose l’obligation de défendre les institutions légitimes et la légalité républicaine en ces termes: tout Congolais a le pouvoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions de la présente Constitution », a-t-il déclaré en demandant aussi à l’ensemble de la communauté internationale de ne pas reconnaître un pouvoir qui n’a ni légitimité ni qualité légale pour représenter le peuple.

Car pour lui, Félix Tshisekedi n’est pas le président légitime. Dès l’annonce des premiers résultats, le 10 janvier, M. Fayulu avait revendiqué la victoire avec 61% des voix, alors que la Céni lui donnait 34,8%, contre 38,57 % à Felix Tshisekedi. En même temps, les propres estimations de l’influente Eglise catholique et celles du Groupe des Experts sur le Congo (GEC) de l’Université de New York associé à quelques médias internationaux, sur la base de documents qui auraient fuité de la Céni, donnent toutes M. Fayulu vainqueur avec environ 60% des voix.

Vers un bras de fer avec l’UA ?

En confirmant la victoire de M. Tshisekedi, la Cour constitutionnelle a pris le risque de provoquer un bras de fer entre le pouvoir congolais et l’Union Africaine (UA). Car la cour a ainsi décidé de passer outre les injonctions des poids lourds de l’UA, qui avaient appelé jeudi 17 janvier à la « suspension » de la proclamation des résultats définitifs, parce qu’ils considéraient que ceux annoncés par la Céni étaient entachés de « doutes sérieux ». Cette prise de position de l’organisation continentale avait été dénoncée par le gouvernement et par les partisans de M. Tshisekedi comme une atteinte à la souveraineté de la RDC. Mais l’UA a tout de même annoncé l’envoi à Kinshasa d’une délégation de haut niveau conduite par le président de sa commission, le Tchadien Moussa Faki, et son président en exercice, le chef de l’Etat rwandais, Paul Kagame, régulièrement accusé d’ingérence en RDC « pour dialoguer avec toutes les parties prenantes congolaises, en vue de parvenir à un consensus sur le moyen de sortir de la crise post-électorale dans le pays ». Une démarche dans laquelle l’UA est soutenue tant par l’Union Européenne (UE) que par l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF).

Or, cette prise de position risque de donner lieu à un bras de fer entre la RDC et la communauté internationale, avec le risque d’isoler encore un peu plus ce pays d’Afrique centrale .

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