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Campagne électorale agitée en RD Congo

Sabah Sabet avec agences, Mardi, 18 décembre 2018

La campagne des élections congolaises (présidentielle, législatives et provinciales) du 23 décembre se déroule dans un climat de haute tension. Une situation qui risque de faire basculer le pays dans le chaos.

Campagne électorale agitée en RD Congo
Le report des élections à deux reprises a provoqué une agitation en RDC.

A l’approche des élec­tions présidentielle, législatives et provin­ciales du 23 décembre, la tension est de mise en République Démocratique du Congo (RDC). La haut-commissaire de l’Onu aux droits de l’homme a dénoncé, vendredi 14 décembre, les violences commises à l’égard des candidats de l’opposition aux élections et appelé les autorités à faire respecter le droit des candidats à organiser des meetings et à faire cam­pagne. « Je suis très inquiète au sujet d’informations faisant état d’un usage excessif de la force, y compris de balles réelles, par les forces de sécu­rité contre des réunions de l’opposi­tion », a dit Michelle Bachelet dans un communiqué. En fait, la campagne électorale, débutée 21 novembre, est rattrapée par les violences dirigées principalement contre les deux candi­dats de l’opposition, Félix Tshisekedi et Martin Fayulu, et leurs partisans.

Jeudi 13 décembre, un jeune homme de 17 ans, partisan de M. Tshisekedi, a été tué par un policier au centre de la RDC avant le début d’un meeting électoral. Mardi et mercredi 11 et 12 décembre, au moins quatre partisans de Fayulu ont été tués au Katanga, dans le sud-est de la RDC, selon un bilan établi auprès de plu­sieurs sources. De plus, six militants du mouvement congolais « Lutte pour le changement » (Lucha) ont été arrê­tés vendredi à Kinshasa, alors qu’ils menaient leur campagne baptisée « Balayer les médiocres », a appris l’AFP auprès de leur organisation.

« Je demande urgemment au gou­vernement d’envoyer le signal clair que les menaces et les violences à l’égard d’opposants politiques ne seront pas tolérées », a martelé Mme Bachelet, en réclamant que ces actes « fassent l’objet d’une enquête rapide et efficace et que les auteurs rendent des comptes ». En effet, les élections présidentielle, législatives nationales et provinciales prévues le 23 décembre doivent organiser la succession du président Joseph Kabila qui ne peut plus se représenter selon la Constitution. Déjà deux fois reporté, le scrutin présidentiel à un tour doit en théorie conduire le pays de Patrice Lumumba (assassiné en 1961), du maréchal Mobutu Sese Seko (renver­sé en 1997) et de Laurent-Désiré Kabila (assassiné en 2001) vers une première transition pacifique du pou­voir depuis son indépendance le 30 juin 1960. Pourtant, ces violences risquent de faire basculer le pays dans le chaos. « Personne ne peut dire aujourd’hui ce qui se passera au len­demain des élections », admet la pré­sidence française, en pointe sur le dossier congolais aux Nations-Unies. Signe parmi d’autres d’inquiétude à l’étranger face aux risques de vio­lences : les Etats-Unis ont ordonné le 14 décembre le départ des équipes jugées non essentielles de leur ambas­sade à Kinshasa.

Défier le candidat du pouvoir

L’actuel chef de l’Etat, Joseph Kabila, fils et successeur du président tué le 16 janvier 2001, s’est résigné à quitter le pouvoir, contraint par la Constitution qui lui interdisait un troi­sième mandat. Avec deux ans de retard, sous pression également de l’Occident et de la rue congolaise, M. Kabila, 47 ans, a désigné un « dau­phin » dans la course à sa succession, l’ex-ministre de l’Intérieur Emmanuel Ramazani Shadary, 58 ans. Pourtant, les deux ténors de l’opposition congo­laise, Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba, exercent une influence à dis­tance, à travers « leur » candidat Martin Fayulu, sur la campagne de l’élection présidentielle. Ils ont tout fait pour défier eux-mêmes le candi­dat du pouvoir, Shadary, le dauphin de Kabila. Homme d’affaires et ex-gouverneur du Katanga, Katumbi affirme avoir été empêché de rentrer dans son pays début août pour dépo­ser son dossier de candidature. Ex-proche du président Kabila passé dans l’opposition en 2015, en exil depuis mai 2016, Katumbi a été depuis condamné à trois ans de prison dans une affaire de spoliation immo­bilière dont il nie tout fondement. Il est également poursuivi pour recrute­ment de mercenaires.

La candidature de Bemba, 55 ans, a été rejetée par la Cour constitution­nelle en RDC. Il avait fait un retour triomphal à Kinshasa le 1er août après 10 ans de détention à La Haye et son acquittement par la Cour Pénale Internationale (CPI).

Les deux hommes ont paraphé l’ac­cord de Genève qui a désigné, à la surprise générale, l’opposant Martin Fayulu, candidat unique de l’opposi­tion. Ils suivent la campagne depuis la Belgique, où ils ont enregistré une vidéo appelant à voter pour Fayulu. Sur des affiches de campagne des candidats de la coalition Lamuka, constituée autour de Martin Fayulu, les photos de Katumbi et Bemba sont systématiquement visibles avec celles du candidat.

Rejet de l’aide internationale

Les soupçons de la communauté internationale ne semblent pas inquié­ter Kinshasa. « Circulez, il n’y a rien à voir ». C’est le message de Kinshasa à ses partenaires occidentaux et aux Nations-Unies présentes sur place à l’occasion des élections. Au nom de sa « souveraineté nationale », Kinshasa refuse toute aide logistique et financière de la communauté inter­nationale et toute mission d’observa­tion électorale venue de l’Occident. Le pouvoir congolais affirme pouvoir se passer des avions et des hélicop­tères de la Mission des Nations-Unies au Congo (Monusco) pour transporter le matériel électoral aux quatre coins d’un pays-continent (2,3 millions de km2 et 9 frontières) qui ne possède que 3 400 km de réseau routier asphalté. « Tout simplement parce que nous ne sommes pas des mendiants. Le Congo, certes, a des problèmes, mais c’est aussi un pays d’hommes et de femmes dignes », a déclaré le pré­sident Joseph Kabila au quotidien belge Le Soir. Bien que le coût des trois scrutins présidentiel, législatifs et provinciaux soit estimé à 500 mil­lions de dollars, soit 10 % du budget annuel de l’Etat, le pouvoir congolais refuse toute mission d’observation électorale venue des Etats-Unis ou de l’Union Européenne (UE).

Seuls quelques centaines d’obser­vateurs africains sont annoncés pour observer le déroulement du vote dans 80 000 bureaux de vote ouverts aux 40 millions d’électeurs enregistrés. Pour sa part, la France, un des seuls pays qui a la capacité de parler encore non seulement avec les autorités congolaises, mais aussi avec l’opposition, a tendu sa main pour l’aide. « On essaie de faire converger tout le monde vers un processus électoral le plus satis­faisant possible », avance l’Elysée cette semaine, tout en expliquant que le retrait du président Kabila est loin de résoudre l’ensemble de la crise. « Il est vrai que ce processus est menacé. Personne ne peut dire aujourd’hui ce qui se passera au lendemain des élections, mais le président Macron et ses ministres sont parmi les plus actifs pour par­ler à tout le monde en RDC », pro­met Paris.

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