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Tensions post-électorales en Guinée

Sabah Sabet avec agences, Lundi, 19 octobre 2015

Bien que l'annonce de la victoire d’Alpha Condé à la présidentielle en Guinée n›ait pas été suivie de violences, une crise politique est à craindre.

Le président guinéen sortant, Alpha Condé, a été déclaré cette semaine vainqueur au premier tour de la présidentielle qui a été tenu le 11 octobre dernier. La Commission électorale l’a proclamé président avec 57,85 % des suffrages exprimés, soit 2 285 827 voix, devant le chef de l’opposition Cellou Dalein Diallo, à 31,44 % (1 242 362 voix), les six autres candidats étant totalement dis­tancés. Si dans l’immédiat les deux camps affichaient leur volonté d’apaisement, l’opposition qui s’op­pose à cette réélection compte mani­fester « le moment venu ».

Dénonçant une fois de plus une « mascarade », Diallo a annoncé renoncer à la Cour constitutionnelle, institution dont il conteste l’indépen­dance. En revanche, le chef de l’op­position a précisé qu’il appellerait « le moment venu, les autres candi­dats et tous les citoyens qui sont les vraies victimes de ce hold-up électo­ral à organiser, conformément à la loi, des manifestations pacifiques ». « En attendant, je demande à tous les Guinéens de faire preuve de retenue et d’éviter toute forme de violence », a-t-il conclu. L’opposant a mis en cause les taux de participation d’en­viron 90 % annoncés dans les bas­tions électoraux du président sortant, favorisés, selon lui, par une série de décisions de la Commission électo­rale nationale indépendante assou­plissant les règles de vote pendant le scrutin.

En fait, la campagne de M. Condé visait une réélection au premier tour. Une performance jugée par ses adversaires irréalisable sans fraude caractérisée, cinq ans après sa vic­toire sur le fil au second tour sur Cellou Dalein Diallo. Le président Condé tablait pour l’emporter sur son bilan : réforme de l’armée et de la justice, achèvement du barrage hydroélectrique de Kaléta, transpa­rence sur l’attribution aux sociétés minières des contrats d’exploitation des précieuses ressources du pays (bauxite, minerai de fer, etc.).

Ses détracteurs l’accusent de mau­vaise gestion, lui reprochant notam­ment son échec face à l’épidémie d’Ebola depuis décembre 2013 — deux nouveaux cas ont été signalés cette semaine, alors que les pays voisins n’en comptent plus aucun — son autoritarisme et le fait d’attiser les tensions ethniques. « On s’attendait tous à cela », a confié Harouna Condé, militant du parti au pouvoir. « Il méritait d’être plébiscité encore une fois à la tête de la nation », a-t-il estimé.

Inégalités géographiques
L’opposition a incriminé les déci­sions de la Commission électorale assouplissant les règles de vote en plein scrutin, ainsi que des inégalités géographiques dans la distribution des cartes d’électeurs. Mais elle risque d’avoir du mal à se faire entendre, les recours judiciaires en matière électorale, auxquels l’invite la communauté internationale, n’ayant jamais abouti en Guinée.

Rappelant qu’il s’agissait « de résultats encore provisoires qui devront être validés par la Cour constitutionnelle », le représentant spécial du secrétaire général de l’Onu pour l’Afrique de l’Ouest, Mohamed Ibn Chambas, a encouragé « forte­ment tous les acteurs qui souhaitent les contester à user du droit de recours » prévu par la Constitution et le Code électoral.Présent à Conakry, le responsable de l’Onu a demandé « instamment » dans un message vidéo diffusé same­di dernier « à tous les leaders poli­tiques et à leurs partisans de faire preuve de retenue et de s’abstenir de tout acte d’intimidation ou de vio­lence, y compris verbale ».

Pour sa part, le porte-parole d’Al­pha Condé, Albert Damantang Camara, a déploré l’attitude de l’op­position, jugeant « incompréhensible que, de but en blanc, sans avoir même essayé un quelconque recours que ce soit, on déclare vouloir mani­fester dans la rue pour revendiquer ses droits ». « Il y a une Cour consti­tutionnelle, celle-là même qui vient d’être mise en place, qui n’a prati­quement jamais fonctionné », a-t-il souligné, s’étonnant « qu’on puisse douter a priori de sa compétence ou de son impartialité ». Par ailleurs, la rentrée scolaire, prévue lundi dernier, a été reportée au 2 novembre, le ministère de l’Enseignement, les représentants des parents d’élèves et des enseignants, compte tenu des tensions autour des résultats électo­raux, estimant « plus prudent de gar­der les enfants à la maison », selon le gouvernement. A quelques jours du scrutin, des violences ont déclenché entre les partisans des deux camps Condé et Diallo, dans quelques régions de Guinée causant la mort d’une dizaine de personnes et la mort d’autres. Rappelant aussi que la pré­sidentielle de 2010 et les législatives de 2013 avaient été entachées par des violences post-électorales et accusa­tions de fraude .

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