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Burundi, un report pour la forme

Yasmine Chérif, Lundi, 13 juillet 2015

La présidentielle burundaise a été reportée de quelques jours, mais ne désamorcera probablement pas la crise née de la nouvelle candidature du président.

Le Burundi s’inquiète. Cela fait maintenant plusieurs mois que le petit Etat est en proie à des tensions politiques, principalement dues à la décision du président Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat. Mais les nervosités se font de plus en plus manifestes, malgré le report de la présidentielle. En effet, le report de six jours seulement, décidé par un décret présidentiel samedi dernier, ne risque pas de calmer la situation et est loin de répondre aux revendications de l’opposition et de la communauté internationale. Et ce n’est pas en six jours que la situation explosive au Burundi peut s’apaiser. La communauté internationale juge en effet que le climat actuel au Burundi ne permet pas des élections crédibles. Les autorités burundaises étaient déjà restées sourdes à ses appels à reporter les législatives, remportées de façon écrasante le 29 juin par le CNDD-FDD, le parti présidentiel.

Face à l’entêtement du président, sur le terrain, la tension persiste. Vendredi dernier, une attaque au centre-ville de Bujumbura a fait un mort et deux blessés alors que la veille, un haut responsable de l’Onu avait appelé le gouvernement burundais à désarmer immédiatement l’organisation de jeunesse du parti au pouvoir afin d’éviter « une explosion de violence meurtrière ».

Aussi, le gouverneur de la province de Kayanza, Canisius Ndayimanisha, a affirmé samedi qu’au moins 12 assaillants avaient péri dans ces combats survenus dans le secteur de Rugazi, à 140 km au nord de Bujumbura. Selon le gouverneur, le groupe armé comptait quelque 500 hommes qui « se sont volatilisés dans la forêt » après les affrontements. Ces combats ont été revendiqués par les mutins qui, le 13 mai, ont tenté de renverser, sans succès, le président Nkurunziza, signe que les choses risquent d’empirer. « Nos troupes ont été attaquées par l’armée et ont répliqué. Elles ont infligé plusieurs pertes aux forces de Nkurunziza », a affirmé, sur la chaîne de télévision France 24, le général Léonard Ngendakumana, bras droit du chef pustchiste Godefroid Niyombare, aujourd’hui en fuite. Le général Ngendakumana a également déclaré que ses troupes ne venaient pas du Rwanda voisin, affirmant qu’il s’agissait d’un « mensonge » du pouvoir, et que ses hommes étaient présents dans de nombreuses provinces du Burundi. Des rumeurs ont fait état récemment de la mise sur pied d’une rébellion.

Risque de guerre civile

En annonçant ce report de quelques jours, M. Nkurunziza feint donc de répondre aux demandes internes et externes (réunis le 6 juillet en Tanzanie, les chefs d’Etat de la Communauté d'Afrique de l'Est (EAC) avaient demandé un report de la présidentielle au 30 juillet, afin de donner le temps au président ougandais Yoweri Museveni, nommé médiateur dans la crise burundaise, de « mener un dialogue » avec les différentes parties) ; mais il compte surtout aller jusqu’au bout de sa logique : gagner un troisième mandat.

En effet, face à Nkurunziza, sept candidats sont en lice mais tous ne se présentent pas pour le battre, certains étant soupçonnés d’être des candidats fabriqués par l’actuel president. Ces partis continuent ainsi de chercher des voix malgré l’échec cuisant qu’ils ont essuyé aux législatives et aux communales.

Pierre Nkurunziza se prépare alors activement pour la présidentielle bien qu'il ait été accusé par l’opposition et la société civile de violer la Constitution de 2005 et l’accord d’Arusha qui n’autorisent pas ce troisième mandat. Quinze années après cet accord qui a mis fin à des années de guerre civile, le pays risque de basculer de nouveau dans les violences à l’issue de ce scrutin controversé. Déjà, le 6 juillet, les auteurs du putsch avorté promettaient de chasser Nkurunziza « par la force ».

Selon un ancien ministre des Affaires étrangères, Jean-Marie Ngendahayo, cité par le journal américain Foreign Policy, deux scénarios sont possibles pour ce qui est du dénouement de la crise. Dans le premier, des troubles intérieurs se poursuivront, alimentés par la condamnation internationale. Tous ceux qui sont opposés à un troisième mandat « organiseront et feront quelque chose », ce qui engendrera des concessions de la part de Nkurunziza.

La situation pourrait également entraîner une guerre civile, un résultat que tout le monde veut désespérément éviter. D’ailleurs, certains loyalistes et manifestants disent que la situation actuelle commence à ressembler à la période qui a précédé le dernier conflit. Ainsi, l’histoire post-coloniale du pays a été marquée par des massacres interethniques et une longue guerre civile déclenchée en 2003 qui a fait quelque 300 000 morts.

Cependant, il existe encore une sortie. Les partis d’opposition restent prêts à discuter avec Nkurunziza, qui a gagné une réputation pour sa volonté de compromis lors de la dernière guerre civile au Burundi. Il en va de même pour la Communauté d’Afrique de l’Est qui a désigné pour la troisième fois un médiateur pour trouver une sortie à la crise au Burundi et a confié la tâche au chef d’Etat ougandais, Yoweri Museveni.

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