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Des efforts pour contenir la crise au Burundi

Sabah Sabet avec agences, Lundi, 01 juin 2015

Alors que la contestation populaire qui secoue Burundi depuis plus d'un mois ne faiblit pas, les pays d'Afrique de l'Est ont demandé un report des élec­tions, sans plus.

Des efforts pour contenir la crise au Burundi
Les chefs d’Etat de l'EAC ont demandé un report des elections afin d'arriver à une solution à la crise en Burundi. (Photo:Reuters)

« profondément inquiet de l’impasse actuelle au Burundi, le sommet appelle à un long report des élections, pas moins d’un mois et demi ». C’est ce qu’indique la déclaration finale adoptée dimanche par les chefs d’Etat de la Communauté est-africaine (EAC), lors d’un sommet tenu à Dar es-Salam en Tanzanie. Selon les participants, un éventuel report pourrait être mis à profit afin de consulter tous les acteurs et trouver une solution à la crise. Ils ont aussi demandé au parlement et aux institu­tions du Burundi de faciliter ce report des élec­tions. Et appelé toutes les parties à stopper les violences et à faire preuve de retenue, souhaitant le désarmement de tous les groupes armés liés à des partis politiques.

Le sommet s’est déroulé en l’absence du princi­pal intéressé, le président Nkurunziza, officielle­ment resté au Burundi pour y « faire campagne », et surtout victime d’un coup d’Etat — finalement mis en échec — le 13 mai dernier alors qu’il par­ticipait, également à Dar es-Salam, à un premier sommet sur la crise burundaise. Autre grand absent, le président rwandais Paul Kagame, pour­tant incontournable dans la région, et qui ne cache plus désormais son mécontentement croissant envers son ancien allié Nkurunziza.

Etaient présents en revanche l’Ougandais Yoweri Museveni, le Tanzanien Jakaya Kikwete, le Kényan Uhuru Kenyatta, ainsi que le Sud-Africain Jacob Zuma et la présidente de la Commission de l’Union Africaine (UA), Nkosazana Dlamini Zuma. Sans surprise, les chefs d’Etat n’ont donc pas évoqué publiquement le noeud du problème : la question du troisième man­dat. La plupart de ces acteurs régionaux sont directement concernés, comme le Rwanda et sur­tout la Tanzanie, qui accueillent plusieurs dizaines de milliers de réfugiés burundais. La Tanzanie qui s’était beaucoup impliquée en son temps, derrière l’Afrique du Sud et l’Union africaine, dans la négociation des accords de paix d’Arusha, qui avaient mis fin à la guerre civile (1993-2006), ne voit évidemment pas d’un bon oeil la remise en cause des acquis d’Arusha, qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels. Vendredi der­nier, son ministre des Affaires étrangères, Bernard Membe, a exhorté le gouvernement de M. Nkurunziza à « écouter » les Burundais. En outre et selon André Gichaoua, expert de la région, les pays de l’EAC sont eux-mêmes mal placés puisque, hormis le Kenya, ils sont tous aussi concernés par la question des mandats. « M. Museveni a pris le pouvoir par les armes en 1986. M. Kagame dirige son pays d’une main de fer depuis qu’il a mis fin au génocide en 1994. Et à Kinshasa, Joseph Kabila a succédé à son père Laurent-Désiré, assassiné en 2001. MM. Kagame et Kabila sont soupçonnés de vouloir tous les deux se présenter à un troisième mandat, inconstitu­tionnel en l’état. Quant à l’inusable Museveni, il ne montre aucune intention d’abandonner son fauteuil », rappelle-t-il.

L’opposition insatisfaite
Par ailleurs, ce sommet n’a pas calmé l’opposi­tion burundaise et la société civile, « on est évi­demment beaucoup moins satisfait, même si on salue la demande de report des élections ». Principalement, parce que la question du troisième mandat a été éludée et que pour les détracteurs de Pierre Nkurunziza, c’est la cause de la crise actuelle. Mais l’opposition est aussi un peu méfiante par rapport à cet éventuel report. Pour Agathon Rwasa, l’un des principaux candidats à la présidentielle, il n’aura d’intérêt que si la classe politique peut être sécurisée et cela passe, pour lui, par le déploiement d’une force internationale.

Du côté de la communauté internationale, cette décision de l’EAC est en deçà de ce qu’avaient proposé les ministres des Affaires étrangères qui avaient appelé à un report plus long de plusieurs mois. De plus, la déception était palpable parmi les envoyés spéciaux à Dar es-Salam. Beaucoup attendaient un positionnement plus fort, qui condamne ce troisième mandat. « C’est une non décision », commentait un diplomate. Un partici­pant aux négociations à huis clos évoquait des discussions particulièrement difficiles.

La vraie inconnue désormais est de savoir si le président du Burundi sera prêt à appliquer ce report, son ministre des Affaires étrangères ne s’est pas engagé sur ce point. Il a par contre salué le choix de respecter la souveraineté du Burundi. L’Onu a néanmoins espéré, vendredi dernier, que le sommet donnerait un « nouveau souffle » au difficile « dialogue politique » interburundais en cours depuis deux semaines à Bujumbura.

Ces négociations butent toujours sur un arrêt des manifestations et le retrait de la candidature de M. Nkurunziza. « Spirale de la violence », « pays au bord du gouffre », « atmosphère de peur et d’inti­midation généralisée », « radicalisation » : tous les observateurs mettent en garde contre une catas­trophe annoncée dans ce pays avec l’insistance de Nkurunziza de se présenter aux élections présiden­tielles malgré le refus populaire .

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