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Au Burundi, la contestation va crescendo

Sabah Sabet avec agences, Mardi, 12 mai 2015

Le bras de fer entre l’opposition et le pouvoir se durcit au Burundi. L’opposition semble déterminée à poursuivre sa révolte.

Résister jusqu’au bout. C’est ce qu’a choisi l’opposition burundaise. Les opposants à un troisième mandat du président burundais, Pierre Nkurunziza, ont refusé cette semaine de se plier à l’injonction des autorités exigeant un arrêt immédiat de leur insurrection, mais n’ont pu s’opposer à ce qu’armée et police démantèlent nombreuses de leurs barricades érigées dans les rues. « C’est une déclaration de guerre », a réagi, samedi dernier, Pacifique Nininahazwe, un des dirigeants de la contestation, assurant que les manifestations allaient continuer, jusqu’à ce que le président renonce à briguer un troisième mandat, que ses adversaires jugent inconstitutionnel. « Jusqu’ici, aucun président n’a gagné contre son peuple », a averti Nininahazwe, qui est aussi un des dirigeants du collectif, passé dans la clandestinité, contre un 3e mandat, qui regroupe un millier d’associations de la société civile et les deux centrales syndicales du pays. Dans une décision publiée samedi 9 mai, le Conseil National de Sécurité (CNS), composé du chef de l’Etat, de ses deux vice-présidents, des ministres de la Sécurité publique, de l’Intérieur, des Relations extérieures, de la Défense et de la Justice, a ordonné « aux manifestants et aux organisateurs (...) d’arrêter, immédiatement et sans condition, ce mouvement d’insurrection » et aux « corps de défense et de sécurité de libérer les voies de communication — routes, avenues, allées — jusqu’alors barricadées par les insurgés ».

Peu après cette annonce, plusieurs quartiers, foyers d’agitation, étaient en effervescence, ont constaté des journalistes de l’AFP. A Musaga, les manifestants renforçaient les barricades après avoir aperçu un engin de chantier à proximité du quartier. Des dirigeants de l’opposition et de la société civile se sont rendus à Nyakabiga, quartier contestataire, pour dénoncer la violence policière, tout en condamnant toute justice sommaire, après le lynchage par des manifestants de deux Imbonerakure (les militants de la Ligue de jeunesse du parti présidentiel, qualifiée par l’Onu de « milice » du pouvoir), présumés dans ce quartier et dans celui de Cibitoke, jeudi dernier. Les manifestants accusent policiers et Imbonerakure de s’infiltrer la nuit pour y commettre des exactions. « Soyez vigilants, veillez à votre sécurité, mais attention, on ne vous appelle pas à tuer, à faire mal », a lancé Chauvineau Mugwengezo, président d’un petit parti hutu d’opposition en demandant que tout Imbonerakure présumé soit remis à l’armée.

Par ailleurs et malgré les avertissements du pouvoir, les femmes se sont elles aussi jointes au mouvement : pour la première fois depuis le début des contestations le 26 avril, près de 300 femmes ont réussi, dimanche dernier, à manifester dans le centre-ville « contre le 3e mandat ». « Nous sommes ici aujourd’hui pour soutenir nos frères qui manifestent contre les violations des lois fondamentales de ce pays », a déclaré Elisabeth-Marie, 50 ans, s’adressant à la foule. En outre, et malgré toutes ces critiques et cet état d’instabilité, le président sortant, Nkurunziza, avait été le premier à déposer vendredi son dossier de candidature à la présidentielle du 26 juin prochain au siège de la Commission électorale (Céni). Le chef de l’Etat, déjà élu en 2005 et 2010, a été investi candidat le 25 avril par son parti le Cndd-FDD. La Cour constitutionnelle, que les adversaires d’un troisième mandat jugent inféodée au pouvoir, a validé sa candidature.

Huit candidats étaient enregistrés par la Céni, dont Agathon Rwasa, principal opposant et chef historique des FNL, la plus ancienne rébellion hutu, qui a réclamé un décalage du calendrier électoral. La campagne électorale des législatives et communales du 26 mai, qui précédent la présidentielle du 26 juin, a été officiellement ouverte dimanche dernier. Les communautés internationale et régionale s’inquiètent depuis des mois du risque que la candidature de Nkurunziza ne débouche sur des violences à grande échelle .

Premières retombées humanitaires
Le Haut-Commissariat de l’Onu pour les Réfugiés (HCR) a déclaré vendredi que plus de 50 000 Burundais ont fui dans les pays voisins depuis le début des troubles préélectoraux au Burundi. « Au cours des dernières semaines, plus de 50 000 Burundais ont fui vers le Rwanda, la Tanzanie et la République démocratique du Congo », a déclaré un porte-parole du HCR à Genève, Adrian Edwards, lors d’un point de presse.

La majorité des réfugiés sont des femmes et des enfants, ces derniers voyageant souvent seuls. Les réfugiés arrivant au Rwanda disent avoir été intimidés par les jeunes militants Imbonerakure, qui peignent des « marques rouges sur les habitations des personnes à cibler », selon le HCR. L’Onu a qualifié ces Imbonerakure de « milice » du pouvoir. Les adversaires du régime les accusent de se charger des basses oeuvres du Cndd-FDD, le parti présidentiel, d’être armés par les autorités et de prêter main forte à la police dans la répression de la contestation anti-Nkurunziza. Un sommet régional doit se tenir ce mercredi 13 mai en Tanzanie pour tenter d’enrayer la crise.

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