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Guinée : Bras de fer entre l’opposition et le pouvoir

Sabah Sabet avec agences, Mardi, 21 avril 2015

La crise politique en Guinée a repris de plus belle avec des manifestations violentes de l'opposition et un refus du régime de tout dialogue.

Après une semaine de manifes­tations, faisant trois morts et une cinquantaine de blessés, l’oppo­sition guinéenne semble déterminée à poursuivre sa querelle jusqu’au bout avec le pouvoir, au sujet des prochaines législatives. Samedi der­nier, et comme une tentative d’apai­ser la tension, les autorités ont pro­posé à l’opposition de reprendre le dialogue, un appel qu’elle a rejeté. « Ça ne sert, absolument, à rien de dialoguer parce que nous connais­sons clairement maintenant la posi­tion de M. Alpha Condé », a dit à l’AFP, Fodé Oussou Fofana, vice-président de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG). Une modification du calendrier élec­toral et l’organisation des scrutins locaux avant la présidentielle, c'est la demande répétée de l’opposition guinéenne. « Ce qui nous reste à faire, c’est de manifester jusqu’à ce que lui-même, M. Alpha Condé, comprenne que nous n’accepterons pas d’aller à l’élection présiden­tielle avant les communales », a affirmé le responsable de l’UFDG, parti de l’ex-premier ministre, Cellou Dalein Diallo, principale for­mation d’opposition. L’opposition exige, en particulier, que la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) revienne sur « l’inversion du calendrier électo­ral », qui repousse les élections locales à 2016, après la présiden­tielle fixée à octobre. Pour sa part, le chef de l’Etat, Alpha Condé, invo­quant les travaux de la CENI, a jugé « techniquement impossible d’orga­niser ces élections communales avant 2016 », comme l’exige l’op­position. Il a balayé les soupçons de l’opposition que les exécutifs com­munaux provisoires, désignés par le pouvoir, faute de scrutin à cet éche­lon depuis 2005, ne favorisent des fraudes massives en sa faveur. Selon des spécialistes, l’opposition est per­suadée d’avoir été flouée lors des élections de 2010 et 2013 (présiden­tielle et législatives, NDLR). « L’opposition a un niveau de méfiance très élevé. Elle est sur cette ligne exigeante depuis longtemps déjà », explique Vincent Foucher, spécialiste de la Guinée au groupe de réflexion International Crisis Group (ICG). Interrogé par l’AFP, Vincent montre qu’au-delà du chro­nogramme électoral, il y a beaucoup de points sur lesquels l’opposition trouve qu’il existe des problèmes, à tort ou à raison. La composition de la CENI, par exemple, ou encore le fichier électoral, la Cour constitu­tionnelle, le découpage électoral ... « Et puis l’opposition est devenue très méfiante sur la question de la mise en oeuvre des résultats du dialo­gue, car elle a l’impression que le pouvoir peut signer des accords, mais biaiser sur leur application », explique-t-il.

Par ailleurs, la crise guinéenne a fait craindre la communauté interna­tionale. C’est ainsi qu’une déléga­tion de l’Onu a visité le pays pour une mission de trois jours, qui s’est terminée vendredi dernier. Après avoir rencontré des responsables de l’opposition et des autorités, la délé­gation a également appelé toutes les parties de conflit au dialogue. « Il serait important que les acteurs politiques dialoguent afin d’aboutir à une solution qui satisfasse tout le monde », a déclaré, vendredi dernier, à la presse le chef de cette mission, Simon Pierre Nani, un responsable du département des affaires poli­tiques de l’Onu. Mais selon Vincent Foucher, l’exécutif doit d’abord s’engager à organiser les commu­nales avant la présidentielle et appe­ler à un dialogue à l’agenda très large. « Une fois cet engagement pris, l’opposition devrait accepter d’aller discuter et produire un pro­gramme précis des aménagements qu’elle juge nécessaires, avec un calendrier réaliste », conclut-il.

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