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Iraq : Phase finale de l’offensive contre Tikrit

Abir Taleb avec agences, Mardi, 17 mars 2015

Les forces iraqiennes sont à l'assaut des djihadistes de l'Etat islamique retranchés dans la ville de Tikrit. Une éventuelle victoire marquerait un début de retournement de situation en Iraq.

Iraq : Phase finale de l’offensive contre Tikrit
Une éventuelle libération de Tikrit permettrait à l'armée iraqienne de lancer une offensive pour reprendre Mossoul. (Photo : AP)

« La progression est lente mais constante ». C’est ainsi qu’a été décrite la situation par le général Abdelwahab Al-Saadi, l’un des principaux comman­dants des troupes engagées dans l’offensive déclenchée le 2 mars pour reprendre Tikrit, située à 160 km au nord de Bagdad et aux mains de l’Etat Islamique (EI) depuis neuf mois. Cité par l’AFP, le général a fait part de la « prudence » des troupes face aux « francs-tireurs positionnés par l’EI et aux milliers de bombes disséminées par les djihadistes », pour ne pas subir, selon lui, « des pertes inutiles ».

L’opération sur le terrain n’est donc pas facile. L’armée iraqienne et les milices chiites qui com­battent à ses côtés font face à une résistance féroce. Un officier de police a évalué à quelque 10 000 le nombre d’engins explosifs dispersés aux entrées de Tikrit. Pourtant, le porte-parole des Unités de mobilisation populaire, Karim Al-Nouri, un groupe de milices composées essen­tiellement de chiites, s’est dit confiant et a affir­mé que la reconquête de Tikrit est imminente.

Selon lui, les derniers djihadistes dans la ville, qui ne sont plus que « 60 à 70 », sont « encerclés de toutes parts ». La libération de Tikrit sera annoncée une fois qu’un passage sécurisé aura été assuré au milieu des milliers d’engins piégés déposés par les djihadistes pour défendre la ville, a-t-il dit. Un optimisme qui n’est pas partagé par toutes les parties. Un lieutenant-colonel du ser­vice antiterroriste de l’armée a affirmé cependant que « les combats dans les villes sont difficiles pour toutes les armées », se gardant de tout pro­nostic sur l’heure de la victoire. Du côté de l’EI, leur porte-parole, Abou Mohamed Al-Adnani, a affirmé dans un message audio diffusé jeudi sur Internet que les combattants du groupe EI étaient « inébranlables » et qualifié de « mensonge » la progression des forces de Bagdad. Les victoires proclamées par ses adversaires y sont qualifiées d’« illusoires ».

Raids insuffisants

Parallèlement aux combats terrestres, les forces iraqiennes ont pilonné les positions de l’EI à Tikrit. Des raids qui restent insuffisants, selon le général Abdelwahab Al-Saadi. Déplorant l’aide « limitée » de l’aviation iraqienne, pas toujours suffisamment précise, il a appelé à un appui aérien de la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis pour déloger les derniers dji­hadistes de Tikrit : « Les Américains ont des équipements perfectionnés. Ils sont capables de localiser avec exactitude les cibles » et de les frapper avec précision. D’après le général Saadi, l’absence des avions de la coalition à Tikrit est « politique », liée au fait que l’Iran est impliqué dans l’offensive en cours, avec la présence remarquée du général Ghassem Souleimani — chef de la Force Qods, unité d’élite des Gardiens de la révolution iraniens —, ce qui indispose à Washington. Même s’ils n’opèrent pour l’instant pas à Tikrit, les avions de la coalition continuent de bombarder des objectifs de l’EI en Iraq, mais aussi en Syrie voisine, où le groupe ultra-radical sunnite s’est également emparé de vastes régions.

La reprise de Tikrit par les forces gouverne­mentales constituerait un premier succès d’en­vergure pour l’armée iraqienne près d’un an après une débâcle spectaculaire qui a porté l’EI aux portes de Bagdad. Il s’agirait en outre d’une première étape en vue de la reconquête de Mossoul, la plus grande ville iraqienne tenue par les djihadistes. Or, l’offensive est appelée à durer et sa suite s’annonce délicate, a prévenu un haut gradé sous le couvert de l’anonymat, cité par Reuters.

Dans un discours devant le Parlement, le pre­mier ministre iraqien, Haider Al-Abadi, a estimé que « dans cette bataille, il n’y a pas de partie neutre », estimant que toute personne choisissant la neutralité se rangeait de facto du côté de l’EI. Une déclaration qualifiée d’« inquiétante » par le directeur adjoint du bureau Moyen-Orient de Human Rights Watch. « Les paramilitaires chiites ont souvent mené des attaques de représailles contre des civils sunnites qui ne sont pas impli­qués dans les hostilités », a indiqué Donatella Rovera, conseillère d’Amnesty International pour les situations de crise.

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