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Fronts unis contre Daech

Abir Taleb avec agences, Mardi, 10 février 2015

Parallèlement aux frappes aériennes menées par la coalition, les forces iraqiennes s'apprêtent à mener une offensive terrestre contre Daech.

Daech
Une offensive terrestre contre Daech par les forces iraqiennes est prévue dans les semaines prochaines. (Photo: Reuters)

Les frappes de la coalition contre les positions de l’Etat Islamique (EI) en Syrie se poursuivent. La politique d’exécution d’otages de Daech aussi. L’EI a ainsi annoncé samedi dernier l’exécution d’une otage américaine, une information toujours pas confirmée par Washington. Si l’information s’avère vraie, cette exécution viendra s’ajouter à cette liste macabre qui soulève l’indignation de la communauté internationale.

Parallèlement aux exécutions, l’EI s’est aussi engagé dans une nouvelle politique: celle de la demande de rançons. Ce virage traduirait-il un amenuisement de ses finances, lié notamment aux frappes de la coalition? La plupart des spécialistes du conflit en doutent, comme ils doutent que la victoire des combattants kurdes contre les djihadistes à Kobané, en Syrie, constitue un signe avant-coureur d’une défaite totale, ou du moins d’un délitement de Daech.

Face à ce constat, la communauté internationale a décidé de s’attaquer au financement de Daech, une façon de plus d’affaiblir le groupe terroriste. Le Conseil de sécurité de l’Onu devrait, dans les jours à venir, adopter une résolution visant à tarir toutes les sources de financement de l’EI, qu’elles proviennent du pétrole, du trafic d’antiquités ou de rançons, selon un diplomate. La première mouture de ce texte, élaborée par la Russie, a été complétée après des discussions avec Américains et Européens avant d’être distribuée aux 15 pays membres. Le texte s’inspire largement d’une série de décisions déjà prises par l’Onu dans le cadre de sanctions (gel d’avoirs, embargo sur les armes notamment) imposées aux organisations et individus affiliés à Al-Qaëda. Le Conseil avait aussi adopté en août 2014 une résolution visant à couper les fonds aux djihadistes en menaçant de sanctionner les pays qui leur achèteraient du pétrole. La résolution devait également endiguer le flux de combattants étrangers partant rejoindre l’EI en Iraq et en Syrie.

Or, tout ceci ne semble pas pour l’heure suffisant. Le trafic de l’or noir n’a jamais disparu, tout comme les autres sources de financement de Daech. En même temps, la Coalition internationale ne parvient toujours pas à atteindre son objectif. Sur le terrain, ce sont les Kurdes qui mènent la danse. Selon l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme (OSDH), les combattants kurdes syriens se sont emparés, vendredi 6 février, de plusieurs dizaines de villages autour de Kobané tenus jusque-là par Daech. Les Unités de protection du peuple kurde (YPG) ont une nouvelle fois étendu leur contrôle territorial, s’emparant d’un total de 101 villages depuis qu’ils ont gagné à la fin de janvier dernier la bataille de Kobané face à l’EI. A certains endroits, les djihadistes de l’EI ont fui sans combattre les forces kurdes. Ce qui fait dire à certains experts que Daech aurait effectué un retrait « calculé » pour se concentrer sur des axes plus stratégiques.

Pour ce qui est du front iraqien, le coordinateur américain de la Coalition internationale contre l’EI, John Allen, a déclaré, dimanche depuis Amman, que les forces iraqiennes allaient mener dans « les semaines à venir » une offensive terrestre contre les djihadistes et que la coalition allait « fournir un soutien important en puissance de feu à cette opération ». Cette annonce intervient alors que des voix continuent à s’élever pour réclamer l’armement des tribus sunnites d’Iraq, le soutien des puissantes tribus sunnites étant vu comme essentiel pour défaire l’EI. Or, laisser la main libre aux tribus sunnites et aux Kurdes d’Iraq et de Syrie est un pari à haut risque : s’il peut contribuer à affaiblir ou même à vaincre Daech, il pose un fait accompli qu’il sera difficile de négliger, une fois l’affaire Daech mise de côté, et qui redessinera la carte de la région.

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