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L’opposition reçoit le soutien de Paris

Maha Salem avec agence, Mardi, 20 novembre 2012

Premier pays occidental à reconnaître la Coalition de l’opposition en tant que « seul » représentant du peuple syrien, la France va accueillir à Paris un « ambassadeur » issu de cette Coalition. Une décision dénoncée par le régime Al-Assad.

Syrie
En attendant la formation du nouveau gouvernement de l'opposition. (Photo: AP)

Profitant du soutien de la communauté internationale, la nouvelle Coalition de l’opposition syrienne a affirmé vouloir former rapidement un gouvernement de technocrates incluant toutes les composantes de la Syrie. Cette déclaration a été lancée après que le président français, François Hollande, avait annoncé samedi que la France allait accueillir à Paris un « ambassadeur » de la nouvelle Coalition de l’opposition syrienne. Une déclaration qui incite l’opposition syrienne à avancer plus vite pour faire chuter le régime syrien. Jusqu’à présent, la Coalition syrienne n’a été reconnue en tant que seul représentant légitime du peuple syrien que par la France, les monarchies du Golfe et la Turquie.
A cet égard, Ahmad Moaz Al-Khatib, nouveau chef de la Coalition de l’opposition syrienne créée il y a une semaine, reçu à Paris avec les honneurs, s’est engagé à ce qu’un futur gouvernement comprenne « toutes les composantes de la Syrie », notamment des « chrétiens et des alaouites ». Selon lui, la formation d’un gouvernement de transition ne représente aucun obstacle, a assuré Ahmad Moaz Al-Khatib. « Il n’y a pas de problème. La Coalition existe, et nous allons lancer un appel à candidatures pour former un gouvernement de technocrates qui travaillera jusqu’à la chute du régime. Nous avons le souci du peuple syrien dans toutes ses composantes, dans toute sa diversité, alors que depuis 50 ans, le régime a oeuvré à dresser les Syriens les uns contre les autres », a ajouté le chef de l’opposition.
La Coalition refuse toute discussion avant le départ du président Bachar Al-Assad, et a demandé des armes pour combattre plus efficacement le régime syrien.
Par ailleurs, une réunion des chefs de la diplomatie de l’UE s’est tenue mardi à Bruxelles. La question de l’embargo européen sur les armes, qui interdit d’en livrer à l’opposition, y a été abordée à l’initiative de Paris qui souhaite une exception pour un armement défensif pour les zones libérées par l’opposition. « Je ne veux pas dissimuler l’importance de cette question, à la fois le besoin qu’ont les Syriens de disposer de moyens militaires, mais aussi le contrôle que la communauté internationale doit assurer. Cette discussion aura lieu au sein de l’Union européenne », a déclaré François Hollande. Une aide militaire ne peut se faire que dans le cadre de la communauté internationale pour la protection des populations civiles. « Dès lors qu’il y aura un gouvernement alternatif qui pourra lui-même délimiter ses zones, il en appellera à ce soutien et à cette protection », a précisé Hollande.
Soutenant les initiatives de Paris, la réunion du groupe des « Amis de la Syrie » prévue depuis longtemps au Maroc est programmée à la mi-décembre à Marrakech (sud). Cette réunion, qui aurait dû avoir lieu en octobre, avait été repoussée à une date indéterminée. Rabat avait fait valoir récemment qu’il était dans l’attente d’une unification de l’opposition syrienne. Désormais, cette opposition est unifiée, au sein de la Coalition nationale syrienne des forces de l’opposition et de la révolution, et elle dispose d’un président. Dans le même temps, le Japon a annoncé ces derniers jours la tenue de sa propre réunion des « Amis du peuple syrien » le 30 novembre, Tokyo indiquant espérer la présence d’une soixantaine de pays, dont certains du sud-est asiatique, dans le but de faire pression sur le régime de Bachar Al-Assad. La dernière réunion du groupe des Amis de la Syrie, qui regroupe pays arabes et occidentaux, s’est tenue en juillet dernier à Paris. A cette occasion, le Maroc avait été désigné comme pays hôte de la rencontre suivante.
Un acte « hostile »
En première réaction, le régime de Damas a dénoncé dimanche la décision de la France d’accueillir un ambassadeur de la Coalition d’opposition comme un acte « hostile » à l’égard de la Syrie. « La France se comporte comme une nation hostile, comme si elle voulait revenir à l’époque de l’occupation de la Syrie », a déclaré un membre syrien de la Réconciliation nationale, Ali Heydar, en faisant allusion au mandat français sur la Syrie (1920-1946).
Répondant à la formation de cette Coalition, une conférence a été organisée à Téhéran par le régime syrien, où celui-ci a participé à un dialogue national avec des mouvements d’opposition tolérés. Aucun des mouvements d’opposition membres de cette Coalition n’a participé à la réunion de Téhéran, à laquelle n’ont été conviés que « des mouvements qui acceptent le dialogue » avec l’actuel régime de Damas. Soutenant cette réunion de Téhéran, le chef de la diplomatie russe, Sergueo Lavrov, a dénoncé « l’approche militaire » des Occidentaux et a mis en garde contre le risque de voir Al-Qaëda et des groupes extrémistes prendre le pouvoir grâce à ces armes.
Partageant le même avis, le vice-premier ministre syrien, Qadri Jamil, a accusé Paris de « chercher à légaliser la fourniture d’armes à cette coalition qui refuse de résoudre la crise par le dialogue ».
Damas et ses alliés accusent des pays arabes et occidentaux de fournir discrètement depuis des mois des armes à la rébellion, accroissant « l’insécurité, le risque de terrorisme et la violence organisée » dans la région, selon le ministre iranien des Affaires étrangères, Ali Akbar Salehi.
Sur le terrain, les bombardements et les accrochages ne cessent de retentir depuis plus d’une vingtaine de mois. Les affrontements ont fait en tout 39 000 morts jusqu’à présent.
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