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La Libye, un double Etat sans Etat

Abir Taleb avec agences, Mardi, 30 septembre 2014

Les députés rivaux ont entamé lundi, sous l'égide de l'Onu, un dialogue destiné à mettre fin à la crise institutionnelle actuelle.

Libye
(Photo : Reuters)

C’est à Tobrouk, dans l’est de la Libye, que le premier ministre libyen, Abdallah Al-Thinni, et son équipe ont prêté serment dimanche dernier, après avoir reçu l’aval de la Chambre des représentants, à la veille du lancement d’un dialogue entre ses députés et leurs rivaux. Cette même chambre des représentants, élue fin juin et reconnue par la communauté internationale, s’est installée à Tobrouk pour échapper aux affrontements dans la capitale. C’est à Tripoli que des miliciens, venus de la ville de Misrata et proches des islamistes, ont maintenu l’ancien Parlement, le Conseil Général National (CGN), et formé un gouvernement rival de celui de Thinni. Le mandat du CGN a expiré, mais il est soutenu par les forces qui contrôlent Tripoli, et qui font la loi par les armes.

Concrètement parlant donc, la Libye a toujours deux gouvernements et deux Parlements concurrents qui se disputent la légitimité politique. Et qui, tous deux, ne contrôlent nullement la situation.

C’est dans ce climat de chaos politique, qui s’ajoute au chaos sécuritaire, qu’une tentative de dialogue a été amorcée cette semaine. Proposée par la mission de l’Onu en Libye (UNSMIL), cette réunion de dialogue a pour but de regrouper autour d’une même table, des délégations qui représentent les différentes parties du conflit libyen, afin de mettre fin à l’anarchie institutionnelle dans ce pays profondément divisé. Le dialogue proposé par l’UNSMIL doit être fondé sur la « légitimité des institutions élues », en l’occurrence la Chambre des représentants issue des élections du 25 juin, sur le rejet du terrorisme et sur le respect des droits de l’homme et de la déclaration constitutionnelle, sorte de mini-Constitution qui régit le pays depuis la chute du régime de Muammar Kadhafi en 2011. L’objectif est donc d’en finir avec cette situation de deux Parlements, deux gouvernements.

Médiation algérienne

Parallèlement à l’initiative onusienne, Alger a également annoncé l’amorce d’un « dialogue inclusif ». Lors d’une réunion restreinte tenue jeudi dernier à New York, en marge des travaux de l’Assemblée générale des Nations-Unies, le ministre algérien des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, a déclaré que le président algérien Abdelaziz Bouteflika, avait « décidé de lancer une initiative pour amorcer un dialogue national inclusif en Libye devant conduire à la réconciliation nationale et à la consolidation des institutions libyennes ». Selon les autorités algériennes, une délégation du Parlement libyen doit se rendre à Alger dans les prochains jours pour en parler.

Mais pour l’heure, ni l’initiative onusienne, ni celle de l’Algérie n’ont réellement des chances d’aboutir. Alors que toutes les voix s’élèvent pour une solution diplomatique à la crise libyenne, la Libye, elle, a demandé samedi au reste du monde de lui fournir davantage d’armes pour restaurer la sécurité sur son territoire et rebâtir ses institutions, sans quoi le pays devrait « affronter seul le terrorisme ». A la tribune de l’Assemblée générale de l’Onu, Aguila Saleh Iissa, président de la Chambre des représentants libyenne, a lancé: « Ignorer le terrorisme en Libye n’est plus acceptable. La communauté internationale doit, soit se tenir aux côtés des autorités légitimement élues, (...) soit dire très clairement que la Libye doit affronter seule le terrorisme ».

En fait, ce que veulent les Libyens, c’est un appui déclaré, une aide militaire mais surtout pas une intervention militaire. Certes, une opération militaire n’est pas du tout d’actualité pour le moment. Il n’en demeure pas moins que certains pays, notamment la France, s’y préparent déjà. Récemment, le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian, avait annoncé que face à la dégradation de la situation sécuritaire libyenne, la France devait « agir » et « mobiliser la communauté internationale » en Libye. Selon les analystes, même si l’on assure, à Paris, qu’il n’existe pour l’heure aucun plan d’attaque, la France sait que tôt ou tard, il faudra intervenir militairement. Mais, pour Paris, l’enjeu est de ne pas y aller seul. Et de ne pas répéter les erreurs de 2011.

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