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Libye : Sortir de l’impasse des violences

Abir Taleb avec agences, Mardi, 19 août 2014

Le nouvel émissaire onusien en Libye doit se rendre sur place dans les jours à venir, alors que la polémique sur une éventuelle intervention étrangère fait rage.

Libye
(Photo : Reuters)

Bernardino leon, origi­naire d’Espagne, est le nouveau diplomate nommé par le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon, à la tête de la mission de soutien à la Libye (UNSMIL). Peu de temps après l’annonce de sa prochaine visite, de nouveaux combats violents entre milices ont éclaté, samedi, dans la capitale libyenne, notamment aux alentours de l’aéroport. Un scénario désormais quasi quotidien depuis qu’ont éclaté, il y a plus d’un mois, les premiers combats entre milices originaires de Misrata, dans l’est, et de Zentan, dans l’ouest.

Un scénario auquel le nouvel émis­saire espère mettre fin. Car il s’agit des affrontements les plus violents depuis le soulèvement qui mit fin, il y a 3 ans, au règne de Muammar Kadhafi, avec pour principal enjeu l’aéroport de Tripoli, que les Zentanis contrôlent depuis 2011.

Or, la tâche semble ardue. Les mili­ciens de Zentane, auxquels se sont ralliés d’anciens membres des forces de Kadhafi, se présentent comme un rempart face aux fondamentalistes et aux Frères musulmans proches de ceux de Misrata, qui disent, eux, vou­loir débarrasser la Libye des vestiges de l’ancien régime.

D’ores et déjà, une délégation des Nations-Unies a entamé cette semaine une médiation entre les belligérants pour un cessez-le-feu à Tripoli et s’est entretenue à Misrata avec les autorités locales de la ville, dont des ex-rebelles sont impliqués dans les affrontements de Tripoli. Mais rien n’a vraiment filtré sur cet entretien, mis à part qu’il s’est focalisé sur les moyens de parve­nir à un cessez-le-feu, sur le retrait, le désarmement et la dissolution des groupes armés se trouvant à Tripoli, selon une source responsable au Conseil municipal de Misrata.

Imbroglio politique

Aussi, face à cette lutte pour le pou­voir et face à la recrudescence des violences, les autorités semblent agir en simple spectateur. Impuissant après le refus des milices rivales d’ob­tempérer à la décision d’un cessez-le-feu, le Parlement libyen s’est pro­noncé, à la majorité des voix, en faveur d’une intervention étrangère pour protéger les civils dans le pays. Un appel qui a créé la controverse aussi bien à l’intérieur de la Libye qu’à l’extérieur. En effet, des milliers de Libyens sont sortis dans les rues pour manifester leur opposition à cette décision. Pour les opposants, il s’agit d’une violation de la souverai­neté du pays. Les manifestants ont également réitéré leur opposition à l’installation du nouveau Parlement à Tobrouk (est).

La polémique née de l’installation du nouveau Parlement à Tobrouk a approfondi les divergences au sein de la classe politique, provoquant une nouvelle bipolarisation, de manière à faire échouer cette nouvelle institu­tion sur laquelle de nombreux espoirs étaient fondés. L’appel à une interven­tion étrangère est venue compliquer davantage la situation, et faire planer le doute sur les capacités réelles du nouveau Parlement.

Certes, le Parlement a justifié son appel par « sa volonté de veiller à la sécurité, à la quiétude de tous les Libyens et à l’unité territoriale du pays, en considération du sang des martyrs qui a parfumé le sol libyen au nom de la liberté ». Il n’en demeure pas moins que le recours à l’étranger est perçu comme un échec. En souli­gnant que « le principe d’une inter­vention internationale est devenu nécessaire pour protéger les civils » et en reconnaissant que « le pays connaît une détérioration de la situa­tion sécuritaire », le nouveau Parlement libyen ne fait que recon­naître son impuissance. Autre preuve, la deuxième décision adoptée par le Parlement, qui ordonne la dissolution des formations armées et autres bri­gades non régulières, est sans le moindre effet.

Enrôlés malgré eux

Du côté de la communauté interna­tionale, aucun commentaire n’a suivi l’appel du Parlement libyen. Il semble que les Occidentaux ne veulent pas répéter l’expérience de l’intervention en Libye de 2011.

Face à cette situation où ils se retrouvent enrôlés malgré eux, les voisins de la Libye (Algérie, Egypte, Tunisie, Soudan, Niger et Tchad) doi­vent se réunir dans les prochains jours au Caire, selon le vice-ministre égyp­tien des Affaires étrangères, Mohamad Badreddine, pour trouver les moyens de promouvoir la stabilité en Libye.

En effet, outre le refus d’une partie des Libyens, notamment des isla­mistes, une éventuelle intervention étrangère pose un vrai problème à ceux justement appelés à intervenir. Les regards sont en premier lieu tour­nés vers les voisins de la Libye.

Depuis le début du conflit libyen, l’Algérie, qui a démenti toute inter­vention en Libye, ne cesse de plaider pour la mise en place d’un gouverne­ment de consensus avec l’aide des pays limitrophes, y voyant la seule solution à la crise dans ce pays du Sahel. « Il faut parvenir à créer un consensus pour mettre en place un gouvernement et des institutions capables de diriger le pays. Mais intervenir avec nos forces armées pour rétablir la situation n’est pas une solution et ne peut constituer une solution », a récemment déclaré le premier ministre algérien, Abdelmalek Sellal. « Notre vision est claire sur cette affaire: nous n’acceptons pas d’interventions étrangères à nos fron­tières, nous privilégions un règlement régional » au conflit dans ce pays qui « ne dispose ni d’une armée ni d’une police pour rétablir l’ordre », ajoute-t-il. Et de préciser: « Une interven­tion étrangère, on sait quand elle commence mais on ne sait pas quand elle se termine. On ne peut pas se permettre de déstabiliser encore davantage la situation ».

L’Algérie se contenterait donc de protéger ses frontières, tout comme l’Egypte. Bien avant l’appel du Parlement libyen, le ministre des Affaires étrangères égyptien, Sameh Choukri, avait démenti l’information selon laquelle l’armée égyptienne pourrait s’engager en Libye afin de ramener l’ordre, rappelant que l’ar­mée égyptienne avait pour seule mis­sion le maintien de la sécurité en Egypte, et que la solution en Libye est « politique et non militaire ». Une position adoptée également par la Tunisie.

Ces déclarations mettent-elles défi­nitivement un terme aux hypothèses d’intervention extérieure? Selon cer­tains observateurs, tout dépendra de l’évolution de la situation en Libye dans les prochaines semaines. A partir du moment où l’instabilité pourrait représenter un danger croissant pour ses voisins, les scénarios pourraient éventuellement changer.

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