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Le prix de la confiance

Maha Salem avec agences, Mardi, 06 novembre 2012

Malgré l'inclusion de toutes les forces politiques dans le processus de transition et de renouvellement des institutions, des manifestations contre la composition du nouveau gouvernement ont éclaté partout dans le pays. Il prêtera pourtant serment cette semaine.

Libye
Plusieurs partisans du fédéralisme ont manifesté tout au long du pays.(Photo: Reuters)

Après des semaines de négociations acharnées et des manifestations partout dans le pays contre certains ministres du nouveau cabinet, le nouveau gouvernement libyen prêtera serment le 8 novembre. Lors d’une réunion du Congrès Général National (CGN), le président de l’Assemblée nationale élue, Mohamed Megaryef, a déclaré officiellement que « la prestation de serment aura lieu jeudi 8 novembre ». Les députés du CGN, la plus haute autorité politique du pays, ont approuvé le 31 octobre la composition du gouvernement élargi de 30 ministres, proposée par le premier ministre Ali Zeidan, avec le soutien des libéraux et des islamistes. Conscient des vives tensions régionales auxquelles est confrontée la Libye, Ali Zeidan a souligné qu’il avait tout fait pour parvenir à un équilibre géographique parmi ses ministres. « Aucune région n’a été favorisée. Nous ne voulons ni répéter les erreurs du passé, ni provoquer la rue », annonce-t-il.

Ce dernier est le deuxième chef du gouvernement désigné depuis l’élection du CGN en juillet. Son prédécesseur, Moustapha Abou Chagour, avait échoué à obtenir la confiance de l’Assemblée. Mais Zeidan a obtenu une majorité : 105 députés ont voté en faveur du nouveau gouvernement, 9 ont voté contre et 18 se sont abstenus. Le nouveau gouvernement a un mandat d’un an pour organiser de nouvelles élections sur la base d’une Constitution dont la rédaction se fait attendre.
Elu à son poste grâce aux voix des libéraux de l’Alliance des forces nationales, première formation politique du Congrès, M. Zeidan a choisi de confier à des indépendants les ministères-clés tels que les Affaires étrangères, les Finances, la Justice, l’Intérieur ou encore la Défense. Mais son cabinet comprend aussi des personnalités issues des principaux partis islamistes et libéraux représentés à l’Assemblée. Si la majorité du CGN a approuvé la composition du gouvernement, un nombre non négligeable de députés ont fait part de leurs objections quant aux choix de plusieurs ministres contestés pour leurs liens avec le régime déchu de Mouammar Kadhafi.
L’annonce de la composition du gouvernement a également provoqué des manifestations. Notamment le 1er novembre, une dizaine de manifestants ont fait irruption dans les locaux du CGN, et une centaine d’anciens combattants ont ensuite occupé pendant plus de 24 heures les abords de l’Assemblée. « Les révolutionnaires exigent un gouvernement d’hommes libres. Vous avez été élus pour servir le peuple, pas pour le décevoir », proclamaient des bannières blanches accrochées aux grilles de l’Assemblée. Une source de l’Assemblée nationale déclarait au cours de l’incident que « les révolutionnaires sont en train de partir progressivement », expliquant qu’ « ils ont rencontré hier le premier ministre Ali Zeidan et ils lui ont demandé de changer certains ministres ».
La Cyrénaïque, à l’est de la Libye, a affirmé, elle, son allégeance au fédéralisme et son soutien au nouveau gouvernement, tout en réclamant pourtant, pendant ces dernières manifestations, l’autonomie de cette région riche en pétrole et berceau de la révolution contre le colonel Mouammar Kadhafi. Ce sont ainsi plus de 1 000 manifestants qui se sont rassemblés à Benghazi, mais aussi ailleurs. Certains partisans du fédéralisme voudraient que Benghazi devienne la capitale économique du pays où seraient basées des institutions-clés comme la Banque Centrale ou les ministères du Pétrole et des Finances. Les manifestants faisaient circuler une déclaration appelant à un retour à la Constitution de 1951 et exprimant leur soutien au gouvernement du premier ministre Ali Zeidan : « Nous déclarons notre plein soutien au gouvernement élu, qui a obtenu la confiance du Congrès général national, afin de rédiger une Constitution sur la base de la Constitution légitime de 1951 ».
La Libye était dotée d’un système fédéral de 1951 à 1963 sous le règne du roi Idriss Al-Sinoussi renversé par Kadhafi en 1969. Elle était alors divisée en trois régions administratives : la Cyrénaïque à l’est, la Tripolitaine à l’ouest, et le Fezzane au sud. Les partisans du fédéralisme estiment que l’est a été négligé pendant la période où le colonel Kadhafi était au pouvoir, de 1969 à 2011. Le camp fédéraliste a fait beaucoup parler de lui en mars dernier, cependant ses appels à boycotter les élections législatives de juillet ont été largement ignorés.
Les manifestations de cette dernière semaine ne sont qu’un signe de la fragilité de la transition politique que vit le pays depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en octobre 2011. Elles ont éclaté devant l’Assemblée, quelques instants après le vote, et visaient globalement la composition du gouvernement sans prendre en considération les plans annoncés par le premier ministre, notamment son engagement à établir une police et une armée légitimes et à s’occuper de la situation sécuritaire de l’ensemble du pays. En présentant son programme devant le CGN le jour de son élection le 14 octobre, M. Zeidan, 62 ans, a déclaré que c’était « la priorité de ses priorités ». Ces deux institutions restent très faibles face à la myriade d’ex-milices armées rebelles, dont la plupart ne sont toujours pas soumises à un commandement unifié.
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