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Rabha Allam : Le boycott de Hariri ne serait qu’une tactique politique basée sur des calculs à long terme

Inès Eissa, Mercredi, 18 mai 2022

3 questions à Rabha Allam, experte au CEPS, sur les enjeux des législatives libanaises

Rabha Allam

Al-Ahram Hebdo : Ces élections  étaient attendues depuis longtemps,  mais suffisent-elles à sortir le Liban de  la crise ? 

Dr Rabha Allam : L’échéance électorale  au Liban est certainement une étape  importante, sinon cruciale, pour sortir  le pays du passage difficile vécu depuis  plus de deux ans. Néanmoins, ce n’est  sûrement pas la garantie de retrouver la  stabilité politique et économique du pays,  puisqu’il faudra former un gouvernement  qui devra avoir la confiance du nouveau  parlement. Ceci ne sera pas une tâche  facile vu la polarisation extrême qui  marquera les formations politiques issues  des élections. En fait, les divergences  entre les clans politiques liées à la  situation politique et économique  sont énormes. Rappelons aussi que  les nouveaux élus devraient se mettre  d’accord sur un nouveau président dans  un délai de quelques mois. Une tâche qui  a toujours été très compliquée au Liban. 

— Quels sont les dangers du  vide sunnite ? Plus de puissance au  Hezbollah ne va-t-il pas exacerber les  tensions ? 

— Le système électoral au Liban  ne permet en aucun cas l’absence des  forces politiques sunnites, puisque les  électeurs ont toujours le choix entre  des listes composées de candidats qui  représentent toutes les confessions.  Dans ce contexte, le boycott du Courant  du Futur, présidé par l’ancien premier  ministre, Saad Hariri, ne serait, à mon  sens, qu’une tactique politique basée  sur des calculs qui se projettent sur  le long terme. En tout état de cause,  les sunnites seront représentés au  parlement avec le nombre exigé par  la loi électorale et la Constitution  libanaise. S’agissant de l’influence du  Hezbollah, nous sommes encore loin de  songer à un certain affaiblissement de  son rôle dominant dans la vie politique  libanaise. 

— Certains prédisaient que le  gouvernement allait annoncer la faillite  du Liban après les législatives, qu’en  est-il ? 

— Je pense que la déclaration de faillite  ne sera pas une option pour le nouveau  gouvernement. Si la faillite d’un pays  est définie par le défaut de paiement des  dettes, alors, la faillite du Liban est déjà  consommée depuis 2020. Le débat entre  les candidats et les forces politiques  porte essentiellement sur l’accord tant  attendu avec le FMI qui devrait résulter  d’un soutien international pour sortir le  Liban de sa crise économique. Il ne reste  pas moins que cet accord est difficile  à conclure. De plus, tout accord sera  naturellement accompagné de mesures  d’austérité douloureuses. Ceci va être  la tâche la plus explosive du futur  gouvernement, quels que soient les  résultats des élections.

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