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Cheikh Jarrah : La résistance face à la colonisation

Amira Samir, Mardi, 18 mai 2021

Au coeur du plan de judaïsation de Jérusalem, le quartier de Cheikh Jarrah résume le drame vécu par les Palestiniens depuis 1948.

Les habitants du quartier ont le sentiment de vivre un deuxième exode.
Les habitants du quartier ont le sentiment de vivre un deuxième exode. (Photo : AP)

#Sauvez Sheikh Jarrah. Tel est le nom du hashtag lancé cette semaine sur les réseaux sociaux exprimant la souffrance des habitants de ce quartier stratégique, situé près de la vieille ville de Jérusalem, menacés d’expulsion par les autorités israéliennes. Cet appel de détresse est à l’origine de la colère des Palestiniens qui s’est étendue à toutes les régions de la Palestine occupée. Les habitants du quartier ont le sentiment de vivre un deuxième exode. Situé au coeur du plan de judaïsation de la ville de Jérusalem, le quartier de Cheikh Jarrah résume la question palestinienne dans toutes ses dimensions et ses aspects historiques, intellectuels et politiques. Quelle est donc l’histoire du quartier de Cheikh Jarrah ?

Début de la tragédie

La tragédie de ce quartier commence au lendemain de l’expulsion des Palestiniens en 1948 par les juifs pour ouvrir la voie à la création de l’Etat d’Israël. Des centaines de milliers de Palestiniens sont contraints de fuir leurs maisons dans la Palestine historique vers les pays voisins. 28 familles choisissent de s’installer dans le quartier de Cheikh Jarrah en 1956, espérant qu’elles ne seront plus forcées à quitter leurs maisons. Mais ces familles, dont le nombre est passé plus tard à 38, disent vivre quotidiennement une Nakba renouvelée.

En 1956, les 28 familles de réfugiés, qui ont perdu leurs maisons pendant la Nakba, concluent un accord avec le ministère jordanien de la Construction et du Développement. A cette époque, la Cisjordanie était sous domination jordanienne (1951-1967). Le gouvernement jordanien a fourni le terrain tandis que l’Unrwa a pris en charge le coût de construction de 28 maisons destinées à abriter ces familles. Le contrat prévoit que les résidents paient une redevance symbolique, à condition que la propriété des maisons leur soit transférée trois ans après l’achèvement des travaux. Mais ce processus a été interrompu en raison de l’occupation israélienne de la Cisjordanie en 1967. Les occupants ont interdit aux familles l’enregistrement des maisons.

1972, nouvelles souffrances

La souffrance des familles palestiniennes recommence en 1972, lorsque le Comité des juifs séfarades et le comité de la Knesset affirment qu’ils possédaient, depuis 1885, le terrain sur lequel les maisons avaient été construites. Les deux associations israéliennes demandent au tribunal d’expulser quatre familles de leurs maisons les accusant d’avoir accaparé leurs terres.

Les familles palestiniennes nomment un avocat pour défendre leurs droits et, en 1976, un verdict est rendu par les tribunaux israéliens en leur faveur. Cependant, le tribunal, se référant à un nouvel enregistrement du Département israélien du cadastre, décide que la terre appartient aux associations de colonies israéliennes.

Les habitants du quartier obtiennent ainsi le statut de locataires. Les familles palestiniennes sont alors sous la menace de l’expulsion si elles ne payent pas le loyer aux associations des colonies. En 2005, Suleiman Darwish Hijazi, un résident local, a intenté une action en justice auprès du tribunal central israélien pour prouver sa propriété foncière, en utilisant des titres de propriété émis par l’Empire ottoman, amenés de Turquie. Le tribunal a rejeté la demande en déclarant que les documents ne prouvaient pas sa propriété du terrain.

Expulsions en série

En novembre 2008, la famille Al-Kurd est expulsée de son domicile, suivie des familles Hanoun et Al-Ghawi en août 2009, suite à un verdict de la Cour suprême d’Israël qui reconnaît qu’une partie du quartier était la propriété d’une petite communauté juive à l’époque ottomane. Les maisons de ces familles ont été reprises par des colons qui ont rapidement hissé des drapeaux israéliens sur leurs maisons marquant ainsi le début d’une nouvelle phase de souffrances pour les Palestiniens du quartier de Cheikh Jarrah. Jusqu’à présent, 12 familles palestiniennes du quartier ont reçu des ordres d’expulsion émis par les tribunaux centraux israéliens.

L’arme juridique

En 1970, Israël a adopté une loi relative aux affaires juridiques et administratives. La loi affirme que les juifs, qui ont perdu leurs biens à Jérusalem-Est en 1948, peuvent les récupérer. Elle permet aux juifs de poursuivre les Palestiniens en justice pour les propriétés qu’ils prétendent avoir possédées avant l’établissement d’Israël sur les ruines de la Palestine historique en 1948, alors que les Palestiniens ne peuvent pas faire des réclamations similaires. Les tribunaux israéliens ont ainsi remis des maisons, des terres et d’autres biens aux demandeurs juifs. A leur tour, ces maisons, comme dans le cas de Cheikh Jarrah et d’autres quartiers palestiniens de Jérusalem-Est, sont souvent vendues à des organisations de colons juifs pour construire plus de colonies sur les terres palestiniennes occupées afin de consolider une majorité démographique juive. C’est l’histoire inédite de Cheikh Jarrah .

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