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Les rivalités politiques secouent la Libye

Maha Salem avec agences, Mardi, 30 juillet 2013

Comme dans les autres pays du Printemps arabe, la Libye connaît une vague de violence et de tensions propices au développement de l'instabilité et de l'insécurité.

Après une série d’attentats contre des militants, des milliers de personnes ont manifesté contre les partis politiques et les Frères musulmans, accusés d’être responsables de l’instabilité en Libye. Exprimant leur colère, ces manifestants ont attaqué et brûlé les locaux des deux principaux partis : le Parti Justice et Construction (PJC), bras politique des Frères musulmans libyens, et son rival, l’Alliance des Forces Nationales (AFN, libéral).

Ces incidents ont commencé à Benghazi (est), bastion de la révolte contre le régime de Mouammar Kadhafi en 2011, puis ont atteint tout le pays.

Au départ, les manifestations visaient les Frères musulmans soupçonnés d’être derrière l’assassinat, vendredi dernier, d’Abdessalem Al-Mesmari. Mais les manifestations ont aussi touché l’AFN, vainqueur des élections législatives de juillet 2012.

Contrairement aux autres pays du Printemps arabe, les islamistes n’ont pas remporté les premières élections libres en Libye. Les protestataires estiment que les rivalités politiques empêchent la stabilisation du pays, où pullulent les armes et où le PJC comme l’AFN sont accusés aussi de manipuler des milices armées qui servent leurs intérêts et d’empêcher la formation d’une armée et d’une police professionnelles.

L’AFN de Mahmoud Jibril, une coalition de petits partis libéraux menée par des architectes de la révolte de 2011 contre le colonel Kadhafi, détient 39 sièges sur les 80 réservés à des partis politiques au Congrès Général National (CGN), la plus haute autorité politique et législative du pays. Le PJC est la deuxième formation politique du Congrès avec 17 sièges. Les 120 sièges restants sont détenus par des candidats indépendants aux allégeances et convictions diverses.

Les deux formations sont toutefois accusées d’oeuvrer à élargir leur influence et à intimider leurs rivaux, en s’appuyant sur des milices armées.

Profitant de ce chaos, plus d’un millier de détenus, dont la plupart de droit commun, se sont évadés samedi d’une prison à Benghazi.

Selon le premier ministre, Ali Zeidan, il s’agit aussi de détenus pour des affaires liées à l’ancien régime de Mouammar Kadhafi. Zeidan a indiqué que la frontière avec l’Egypte avait été fermée aux voyageurs en vue d’empêcher les responsables de ces assassinats de quitter le territoire, sans préciser si cette décision était également motivée par l’évasion des détenus. Il a annoncé par ailleurs un remaniement ministériel sous peu, afin de réduire le nombre de membres de son cabinet, en vue de plus d’efficacité.

Al-Mesmari, militant de la première heure

Avocat et militant, Abdessalem Al-Mesmari était parmi les premiers militants qui avaient participé aux manifestations contre le régime du dictateur déchu Mouammar Kadhafi en février 2011. Al-Mesmari a participé à la création de la « Coalition du 17 février », bras politique de la rébellion contre le régime de Kadhafi, avant que le Conseil national de transition ne prenne la relève. Après la révolution, il a été connu notamment pour son opposition aux Frères musulmans et aux milices islamistes qui oeuvrent, selon lui, à prendre le pouvoir malgré le rejet de la population. Par ailleurs, Al-Mesmari s’était déclaré opposé à une loi bannissant de la vie politique les anciens collaborateurs du régime de Kadhafi, qui avait été adoptée en mai dernier sous la pression de milices pro-islamistes. Depuis la chute du régime de Kadhafi, la région de l’est libyen, berceau de la révolution libyenne, est le théâtre d’explosions, d’une vague d’assassinats et d’attaques ciblant des juges, des militaires et des policiers ayant servi sous le régime déchu.

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