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Liban : Des réformes et des interrogations

Maha Salem avec agences, Lundi, 04 mai 2020

Alors qu’un violent regain de contestation sociale secoue le Liban, le gouvernement a adopté un vaste plan de réformes pour tenter une sortie de crise. Il a désormais la lourde tâche de convaincre les Libanais et la classe politique de l’efficacité de ses réformes pour éviter que la crise ne s’amplifie.

Liban

Malgré le confinement et un couvre-feu nocturne imposés face à l’épidémie du Covid-19, des manifestations ont éclaté à nouveau dans plusieurs régions du Liban. La crise économique a alimenté le mouvement de contestation et de remise en cause des élites accusées de corruption qui a émergé en octobre dernier. Comme dans de nombreux pays, les mesures prises dans le but d’enrayer la propagation du coronavirus ont accentué la pression sur l’économie du Liban, l’un des pays les plus lourdement endettés du monde, avec un effondrement de la monnaie, une inflation grandissante et un taux de chômage croissant. Face à cette situation, la colère de la rue a repris. Les protestataires dénoncent aussi des services publics de base (fourniture d’électricité et d’eau, gestion des déchets) en déliquescence. Ils fustigent l’attentisme des responsables face à une crise qui s’aggrave et les accusent d’être coupés de la réalité et trop préoccupés par les querelles politiciennes interminables, qui paralysent régulièrement l’Etat. Et ils semblent déterminés à intensifier leur contestation. Une intensification qui, selon les observateurs, menace de plonger le Liban dans une crise encore plus profonde, alors même que les décideurs à Beyrouth doivent mener des négociations avec des créditeurs étrangers après avoir annoncé le mois dernier l’incapacité du pays à rembourser ses dettes.

Plan sur cinq ans

Pour tenter de sauver ce qui peut être sauvé, le premier ministre libanais, Hassan Diab, a annoncé que son pays allait demander une aide du Fonds Monétaire International (FMI), considéré par de nombreux observateurs comme la dernière planche de salut du Liban, en manque de financements et qui a fait défaut sur sa dette le mois dernier pour la première fois. Et le président Michel Aoun a convoqué les chefs des blocs parlementaires à une réunion ce mercredi 7 avril pour leur exposer le plan de sauvetage adopté jeudi 30 avril par le gouvernement. Un plan visant à relancer une économie au bord du naufrage. Diab a expliqué que ce plan de relance serait une « feuille de route » pour mettre le pays sur la voie du « sauvetage financier et économique ». Le gouvernement s’est donné « des objectifs sur cinq ans », a assuré M. Diab. Il s’agit notamment d’obtenir un soutien financier externe dépassant les 10 milliards de dollars, outre les 11 milliards promis en 2018 lors d’une conférence internationale à Paris. Ces fonds de 2018 auraient dû être versés en contrepartie de réformes. Mais faute d’action des dirigeants, ils n’ont pas été débloqués.

Or, ce plan de reforme a été rejeté par une partie de la classe politique libanaise. « Plusieurs partis l’ont refusé jugeant qu’il renferme des lacunes, qu’il est inefficace et qu’il ne permettra pas d'améliorations des conditions de vie. Ces partis ne sont pas présentés dans le gouvernement, mais leur réunion est cruciale, car elle donne des indices importants », estime Mona Solimane, professeure de sciences politiques à l’Université du Caire. Selon elle, « ce signe d’unité est révélateur alors que le gouvernement est dominé par le Hezbollah qui impose sa volonté pour protéger ses intérêts. Et cela peut retarder, voire empêcher les aides », ajoute Dr Mona Solimane, qui explique que cette crise est la plus grave depuis la guerre civile (1975-1990) : inflation grimpante, pénurie de liquidités et forte dépréciation de la monnaie par rapport au dollar, utilisé au quotidien au même titre que la livre libanaise (même si le taux officiel de 1 507 livres pour un dollar reste donc inchangé, la livre poursuit sa dégringolade dans les bureaux de change, franchissant le seuil des 4 000 livres pour un dollar).

C’est justement ce naufrage économique qui a été l’un des déclencheurs en octobre 2019 d’un soulèvement inédit contre la classe politique, inchangée depuis des décennies et accusée de corruption et d’incompétence. Selon des estimations officielles, 45 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Mais ces derniers mois, des dizaines de milliers de personnes ont perdu leur emploi ou vu leur réduction de salaires. Et ceux-là sont certainement prêts à réinvestir les rues .

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