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Syrie : Une trêve, en attendant une solution définitive

Maha Salem avec agences, Mardi, 10 mars 2020

La région d’Idleb, au nord-ouest de la Syrie, connaît une certaine accalmie après la trêve conclue entre Ankara et Moscou. L’accord russo-turc ne permet cependant pas de règlement définitif.

Syrie : Une trêve, en attendant une solution définitive
Près d'un million de déplacés ont fui les combats acharnés à Idleb. (Photo : Reuters)

Après plusieurs mois de combats acharnés, la ville d’Idleb connaît un calme précaire depuis vendredi 6 mars. Un calme survenu après que le président russe, Vladimir Poutine, qui soutient la Syrie, et son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan, qui appuie des groupes rebelles, eurent parvenu à un accord de cessez-le-feu au terme d’une réunion marathon tenue la veille à Moscou. Cet accord prévoit que la Russie et la Turquie organiseront à partir du 15 mars des patrouilles communes sur une large portion de l’autoroute M4, un axe crucial pour le régime reliant Alep (nord) à Lattaquié (ouest) en passant par la région d’Idleb. Ces patrouilles conjointes, une première dans cette zone, auront lieu entre le village de Tronba, à Idleb, et un village de la province de Lattaquié, un bastion du régime. Poutine a dit espérer que cet accord servira de « base solide pour mettre un terme aux combats dans la zone de désescalade d’Idleb » et pour « stopper les souffrances de la population civile ». Et pour examiner son application, une délégation militaire russe va se rendre à la Turquie la semaine prochaine.

Autre point important, Moscou et Ankara ont aussi prévu de mettre en place un « couloir de sécurité » de six kilomètres de profondeur de part et d’autre de cette autoroute, soit une zone tampon de 12 kilomètres de large au total. Les paramètres définissant cette zone seront précis sous sept jours. « Or, ce point est ambigu, car on ne sait pas qui se chargera de son contrôle », explique Dr Mona Soliman, professeure de sciences politiques à l’Université du Caire.

Outre ce point et malgré la satisfaction affichée, le scepticisme entoure cet accord, qui, selon certains observateurs, risque d’être violé. « Il s’agit du troisième accord de cessez-le-feu et les deux précédents sont restés lettre morte », affirme ainsi l’experte, qui explique que plusieurs points sont encore en suspens. « Aussi, ajoute-t-elle, tout le monde sait que le président syrien Bachar Al-Assad ne va pas abandonner la reprise d’Idleb ».

Questions en suspens

L’accord laisse aussi sans réponse la question des postes d’observation militaires turcs qui se trouvent dans des secteurs récemment reconquis par le régime syrien. Or, Erdogan exigeait dans les jours précédant son sommet avec Poutine un retrait des forces d’Assad d’Idleb et la mise en place d’une zone de sécurité en territoire syrien pour y installer près d’un million de déplacés qui ont fui les combats. « Les trois pays ont besoin de refaire leurs calculs et de prendre leur souffle. Chaque partie a tout fait pour obtenir le maximum et cet accord était en quelque sorte le compromis le plus convenable et le plus acceptable par eux. Car ces deux derniers mois, les combats ont été acharnés », explique Dr Mona Soliman. Selon l’analyste, ni Moscou ni Ankara ne veulent d’une confrontation directe : « Ce n’est dans l’intérêt ni de l’un, ni de l’autre. Les deux pays ont des relations stratégiques et ne veulent pas les gâcher d’autant plus que leurs relations avec le reste de la communauté internationale sont tendues. Erdogan était obligé d’accepter le cessez-le-feu, car ses forces qui se trouvent dans la région ne sont pas protégées par une force aérienne, seules l’aviation russe et celle syrienne y sont présentes. Quant à Bachar, il a accepté, car il a perdu certaines villes et l’armée turque a réalisé des avancées dans le nord syrien », explique-t-elle.

La première grande offensive lancée par Damas contre la région d’Idleb remonte à fin 2017. Elle a été suivie de deux autres opérations, dont la dernière lancée en décembre 2019, ponctuées de trêves ayant toutes volé en éclats. Entre-temps, le régime a continué de progresser sur le terrain jusqu’à s’emparer désormais de la moitié de la province d’Idleb.

Aujourd’hui, estime Mona Soliman, « la Turquie vient d’avoir son 13e point d’observation dans cette région. La Syrie va recevoir des aides humanitaires et pourra aussi réorganiser ses forces. On peut donc dire que les deux côtés préservent leurs acquis ; autrement dit, la Turquie ne va pas avancer pour prendre d’autres villes syriennes. De l’autre côté, la Syrie va garder les villes qu’elle a reprises tout en limitant l’influence turque », conclut l’analyste.

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