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Algérie : Une élection et des incertitudes

Abir Taleb avec agences, Mardi, 29 octobre 2019

22 candidatures ont été déposées auprès de l’Autorité nationale indépendante des élections en vue de la présidentielle algérienne du 12 décembre prochain. Une élection qui risque cependant de ne pas mettre fin à la crise.

L’Autorité Nationale Indépendante des Elections (ANIE) a enregistré 22 candidatures au total à la présidentielle prévue en Algérie le 12 décembre. C’est ce qu’a annoncé dimanche 27 octobre l’agence de presse officielle APS, et ce, à l’issue de l’expiration du délai de dépôt la veille à minuit. Selon l’ANIE, 10 commissions examineront ces 22 candidatures, et la liste des candidatures validées sera rendue publique d’ici à dimanche 3 novembre. Quelques heures avant l’expiration de ce délai, deux anciens premiers ministres de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika, Ali Benflis et Abdelmadjid Tebboune, figuraient parmi les candidats enregistrés (mais pas encore validés). Tous deux font figure de favoris. Benflis, 75 ans, se présente depuis 15 ans comme le principal opposant de Bouteflika, dont il fut chef du gouvernement en 2000. Limogé en 2003, il s’était présenté à la présidentielle contre Abdelaziz Bouteflika l’année suivante puis en 2014. Lors des deux scrutins, il est arrivé à chaque fois 2e, très loin derrière le président réélu avec plus de 80 % des voix. De son côté, Abdelmadjid Tebboune, 73 ans, a été haut fonctionnaire, puis plusieurs fois wali (gouverneur) avant d’être nommé ministre de la Communication de Abdelaziz Bouteflika à son arrivée au pouvoir en 1999. Ce dernier le rappelle au gouvernement en 2012 et lui en confie la tête en mai 2017 avant de le limoger trois mois plus tard sur fond de lutte de clans dans son entourage.

Sont également candidats Azzedine Mihoubi, du Rassemblement National Démocratique (RND) — pilier de la coalition ayant soutenu Abdelaziz Bouteflika durant sa présidence —, et Abdelkader Bengrina, représentant d’El-Bina, petit parti membre d’une coalition islamiste, dont l’un des députés a été élu en septembre à la présidence de l’Assemblée nationale. Abdelaziz Belaïd, ancien cadre du Front de Libération Nationale (FLN), qui a fondé le Front El-Moustakbel, micro-parti proche du pouvoir, a aussi déposé son dossier. En revanche, la principale formation islamiste, le Mouvement de la Société pour la Paix (MSP), a refusé de participer à l’élection présidentielle.

Mais si la date de l’élection est fixée et que les candidats sont désormais connus, de nombreuses incertitudes pèsent sur le scrutin. D’abord sur la campagne électorale qui promet d’être mouvementée. Lors de visites de terrain, ces derniers mois, des ministres ont été hués, voire chassés de certains lieux par les habitants. Ensuite en raison du Hirak qui ne faiblit pas. Ceux qui manifestent toujours chaque vendredi continuent de dire qu’ils s’opposent à sa tenue. Ils refusent que la présidentielle soit organisée par le pouvoir, aux mains d’ex-figures des 20 ans de présidence de Abdelaziz Bouteflika, contraint à la démission en avril dernier sous la pression conjuguée de l’armée et de la rue. Les assurances de transparence du scrutin semblent avoir du mal à convaincre.

Le président par intérim, Abdelkader Bensalah, a pourtant assuré la semaine dernière que le pouvoir avait répondu favorablement à « la plus grande partie des revendications exprimées par notre peuple lors de son Hirak ». « Le statu quo ne sert nullement notre peuple, et les médias, tous supports confondus, ont un important rôle à jouer pour contribuer à la réussite du processus électoral », a dit le chef de l’Etat, estimant que la présidentielle recueille l’adhésion de « la majorité des Algériens », les appelant à « un sursaut national » et à « se rendre massivement aux urnes ». Et c’est justement là le plus gros risque : un taux trop bas pour que l’élection ait un véritable sens et pour que le prochain président puisse mener à bien sa mission.

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