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Poursuite des combats en Libye

Maha Salem avec agences, Lundi, 22 avril 2019

Les combats ont redoublé d'intensité aux portes de Tripoli, après l'an­nonce par les forces loyales au gouvernement d'union nationale d'une phase d'attaque contre les troupes du maréchal Khalifa Haftar, lancées pour lutter contre le terrorisme. La communauté internationale reste incapable de se mettre d'accord sur une issue.

Poursuite des combats en Libye
L'Armée nationale libyenne avance sur le terrain. (Photo:AFP)

Tripoli est toujours le théâtre de violents combats opposant les forces loyales au Gouvernement d’union nationale (GNA) à l’Armée Nationale Libyenne (ANL) du maréchal Khalifa Haftar. Depuis le lance­ment de cette offensive, l’ANL fait face à une résistance farouche des forces du GNA, confortées par des renforts venus d’autres villes de l’ouest. Les combats ont redoublé de violence après une contre-attaque des forces du GNA. Or, les annonces faites par les uns et les autres se contredisent: le GNA a dit avoir réussi à gagner du terrain dans la banlieue sud de Tripoli, où les positions étaient figées depuis plusieurs jours; une déclaration niée par les forces de l’ANL. Le porte-parole de cette dernière, Ahmad Al-Mesmari, a démenti la perte de positions tout en accusant son rival de recevoir des renforts des terroristes d’Al-Qaëda, de Daech et de mercenaires étrangers.

Venues du sud et de l’est de la Libye et s’appuyant sur quelques groupes armés acquis à leur cause dans l’ouest, les forces du maré­chal Haftar avaient jusque-là pro­gressé sans trouver de résistance jusqu’aux portes de la capitale. Les forces du GNA, aidées de milices alliées, ont ensuite lancé des contre-attaques. Cette situation a poussé l’émissaire de l’Onu, Ghassan Salamé, de multiplier les mises en garde alarmistes sur un embrasement généralisé et de réclamer une réaction urgente. « L’émissaire onusien essaie de trouver un moyen pour arrêter les combats. Présent en Libye, il fait des contacts directs et indirects avec tous les camps, mais il est difficile de trouver un compromis et les divergences s’aggravent de plus en plus. La solution de cette crise dépend des Libyens eux-mêmes, ces derniers n’ont plus confiance dans les plans de l’Onu. Et l’Onu a perdu sa capacité d’in­fluence, elle ne peut pas jouer le rôle de médiateur, car actuelle­ment, elle ne possède plus de cartes de pression sur les diffé­rentes parties », explique Dr Ziyad Aql, spécialiste du dossier libyen au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram au Caire. Selon le politologue, « ce sont Washington et Moscou qui détiennent désormais les cartes du jeu, c’est eux qui joueront un rôle effectif et pourront exercer de fortes pressions sur les partis en conflit pour arriver à un règlement politique applicable ».

Washington fait

un pas vers Haftar

En effet, l’impasse persiste au Conseil de sécurité de l’Onu, où le Royaume-Uni s’est efforcé en vain, avec le soutien de l’Alle­magne et la France, de faire approuver une résolution récla­mant un cessez-le-feu et un accès humanitaire inconditionnel aux zones de combat. De même, le GNA a présenté au Conseil de sécurité une demande pour l’envoi d’une mission onusienne pour enquêter sur les atteintes et les violations commises par les forces de Haftar, qu’il accuse de viser des installations civiles et des quartiers résidentiels. Mais aucune réponse n’a eu lieu. En revanche, dans les négociations au sein du Conseil de sécurité, curieusement, Etats-Unis et Russie s’étaient retrouvés sur une même ligne pour réclamer du temps ou dire qu’ils n’étaient pas prêts pour une réso­lution, sans vraiment expliquer à leurs partenaires pourquoi. Dans un signe de soutien au maréchal Haftar, la Maison Blanche a annoncé la semaine dernière un entretien téléphonique entre le président Donald Trump et Haftar sur « une vision commune » pour la transition de la Libye vers un système politique démocratique et stable. « Les deux hommes ont notamment discuté de la nécessité de parvenir à la paix et à la stabi­lité en Libye », selon la Maison Blanche, tout en affirmant que « le président américain a reconnu le rôle significatif du maréchal Haftar dans la lutte contre le ter­rorisme et la sécurisation des res­sources pétrolières de Libye ». Une déclaration nette et claire qui annonce la position de Washington et son soutien aux forces de Haftar. « Nous avons remporté bataille politique et nous avons convaincu le monde que les forces armées de l’ANL combattent le terrorisme », a jugé Ahmad Al-Mesmari, porte-parole de l’ANL.

Outre Washington et Moscou, Paris et Rome ont déclaré qu’ils allaient travailler à des initiatives sur la Libye. « Il n’existe pas de solution militaire qui permette de résoudre les complexes questions politiques en Libye », a déclaré le ministre italien des Affaires étran­gères, Enzo Moavero Milanesi, lors d’une conférence de presse à l’issue d’une rencontre avec son homologue français, Jean-Yves Le Drian. Partageant le même avis, le ministre français a affirmé que « la crise peut devenir dange­reuse, car les éléments d’une détérioration sont là. La France et l’Italie travaillent donc étroite­ment sur ce dossier, car il n’y aura pas de progrès possible en Libye sans une entente franco-ita­lienne solide. C’est le cas aujourd’hui, les difficultés de ces derniers mois entre la France et l’Italie étaient derrière nous », a-t-il dit .

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