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Lueur d’espoir pour les Libyens

Maha Salem avec agences, Mardi, 05 mars 2019

Un nouvel accord a été conclu entre les pouvoirs rivaux sur l'organisation d'élections en Libye, une étape nécessaire pour établir un règlement politique à la crise libyenne. Le plus dur reste toutefois la concrétisation de cet accord.

Enfin, un nouvel accord a été conclu entre pouvoirs rivaux libyens sur l’organisation d’élections en Libye. Un accord tant attendu, surtout après la non-application de plusieurs ententes interlibyennes visant à sortir ce pays du chaos. C’est sous l'égide de l’Onu que le chef du gouvernement d’union, Fayez Al- Sarraj, et son rival, le maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l’est du pays, ont signé le texte à Abu-Dhabi lors d’une rencontre le 27 février entre les deux hommes qui n’avait fait l’objet d’aucune annonce préalable. « Les deux parties se sont entendues sur la nécessité de mettre fin à la période de transition à travers des élections générales, mais aussi sur les moyens de préserver la stabilité de la Libye et d’unifier ses institutions », a déclaré la Mission d’Appui des Nations-Unies en Libye (MANUL). Cette dernière n’a cependant donné aucun calendrier pour cette échéance. Une fois cette échéance établie entre tous les principaux acteurs, un nouveau consensus sur un calendrier national pour reconstruire un Etat civil libyen uni est nécessaire. Réagissant à cet accord, le chef du gouvernement italien, Giuseppe Conte, a déclaré : « Nous avons tant travaillé pour cet accord. Mais la situation en Libye est telle qu’il faut attendre que tous les acteurs aient donné leur accord. Nous suivons ce dossier avec attention, c’est notre dossier principal en matière de politique étrangère ».

Le dernier face-à-face entre Sarraj et Haftar remonte à mai 2018 à Paris où, déjà, il était question d’organiser des élections en décembre dernier, mais sans qu’aucune partie s’y engage solennellement. En novembre, l’Italie, partenaire historique et principal de la Libye, avait organisé une conférence internationale à Palerme pour tenter notamment un nouveau rapprochement entre Sarraj et Haftar. Mais ce dernier, bien que présent à Palerme, avait boycotté les réunions. Pour relancer le processus de paix, le 18 janvier, l’émissaire de l’Onu pour la Libye, Ghassan Salamé, avait espéré pouvoir convoquer dans les semaines à venir une conférence nationale en Libye visant à mettre un terme à la transition et tracer le chemin vers des élections présidentielle et législatives. Ce processus inclura la possibilité d’un référendum sur un projet de Constitution. Mais son rêve peinait à être réalisé et le sommet d'Abu-Dhabi était une issue essayant de mettre ce pays à pied.

Des doutes

D’où le scepticisme qui prévaut. « Il ne faut pas trop espérer, car la communauté internationale a exercé de fortes pressions sur tous les camps libyens pour les obliger à signer cet accord et à entamer la période de transition. Ainsi, les deux dirigeants étaient obligés d’obtempérer pour obtenir des aides étrangères et pour profiter du soutien étranger. Haftar et Sarraj veulent chacun gagner plus de temps pour réaliser plus de gains sur le terrain, et ils savent bien que l’application de cet accord prendra beaucoup de temps, car elle doit surmonter plusieurs obstacles », explique Dr Mona Soliman, professeure à la faculté d’économie et de sciences politiques de l’Université du Caire. Avis partagé par plusieurs analystes et qui explique ce qui se passe sur le terrain. « Déjà, le maréchal Haftar essaye d’imposer son influence dans le sud soit à travers des ententes avec les tribus et les factions, soit à travers l’usage de force. Il est déterminé à obtenir plus de poids en contrôlant plus largement le territoire une fois le temps des négociations directes venu pour s’imposer sur la scène politique », explique Dr Ziyad Aql, spécialiste du dossier libyen et analyste au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram au Caire.

En effet, l’annonce de cet accord intervient alors que le maréchal tente d’étendre son influence et s’est lancé en janvier à la conquête du sud du pays, une vaste région désertique marginalisée de longue date par les autorités et qui est devenue un repaire pour les djihadistes et les trafiquants en tout genre. En obtenant le ralliement de tribus locales, il s’est déjà emparé sans combats de la ville de Sebha, chef-lieu de cette région, ainsi que d’Al-Charara, un des plus importants champs pétroliers du pays, entraînant la suspension de sa production. Selon l’Armée nationale libyenne, l’opération vise officiellement à purger cette région des terroristes et criminels, ainsi que des groupes rebelles tchadiens basés dans le sud libyen.

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