International > Monde Arabe >

Yémen : La tension persiste

Maha Salem avec agences, Mardi, 29 janvier 2019

L'Onu tente de sauver l'accord sur Hodeida, conclu en Suède en décembre. Celui-ci est mis à mal par les combats sporadiques qui continuent de se produire dans et autour de la ville portuaire stratégique de l'ouest du Yémen.

Yémen : La tension persiste
Le port de Hodeida est le point d'entrée de plus de deux tiers des importations alimentaires. (Photo: AFP)

Dans un climat tendu, la mise en oeuvre de l’accord de trêve dans la ville portuaire de Hodeida (ouest du Yémen) et d’un autre accord sur un vaste échange de prisonniers a été repoussée en raison de difficultés sur le terrain. Conclus en décembre en Suède, ces accords avaient été signés entre le gouvernement yéménite, soutenu par l’Arabie saoudite, et les rebelles houthis, appuyés par l’Iran, lors de pourparlers organisés par l’Onu. « La dynamique (des pourparlers en Suède) est toujours là, même si les délais de mise en oeuvre ont été prolongés, tant à Hodeida qu’en ce qui concerne l’accord d’échange de prisonniers », a déclaré l’émissaire de l’Onu pour le Yémen, Martin Griffiths, dans une interview publiée par le quotidien saoudien Asharq Al-Awsat. Et d’ajouter : « Ce changement est dû au fait que les échéances (fixées pour l’application de ces accords) étaient ambitieuses et que la situation était complexe sur le terrain ».

Griffiths a par ailleurs conditionné la tenue de nouveaux pourparlers de paix à des progrès dans l’application des accords de Suède, après avoir évoqué récemment la possibilité d’en tenir en février. « Nous sommes tous d’accord sur le fait que nous devons voir des progrès dans la mise en oeuvre de ce qui a été convenu en Suède avant de convoquer la prochaine série de consultations », a affirmé Griffiths. Tout en expliquant que l’Onu tente de sauver l’accord sur Hodeida mis à mal par la poursuite de combats sporadiques dans et autour de la ville portuaire stratégique de l’ouest du Yémen, par laquelle transite l’essentiel de l’aide humanitaire et des importations alimentaires du pays. Le retrait des Houthis des ports de Hodeida, de Salif et de Ras Issa a pris du retard, comme celui des forces des deux belligérants de la ville. Défendant son camp, le président yéménite, Abd- Rabbo Mansour Hadi, a accusé les rebelles houthis de ne pas appliquer l’accord de trêve à Hodeida. En plus, le président yéménite a souligné à l’émissaire Griffiths que son gouvernement restait engagé à appliquer l’accord de Suède. « L’application rapide des points de l’accord, notamment concernant le cessez-le-feu, le retrait de la ville et du port de Hodeida et l’application des engagements pris sur l’échange des prisonniers, est nécessaire », a souligné le président Hadi, appelant à mettre les points sur les i et à informer la communauté internationale des entraves mises sur le chemin de la paix par les rebelles, qu’il a accusés de refuser d’honorer leurs engagements.

Lors d’une rencontre avec M. Griffiths à Riyad, des partis politiques yéménites pro-Hadi ont appelé l’Onu à adopter une position plus ferme à l’égard des rebelles. « Il faut noter qu’avec l’application de cet accord, les rebelles perdront plusieurs gains, alors ils poursuivent la lutte, comme s’ils lançaient leur dernier souffle. Ils ont dû signer cet accord après avoir été soumis à une forte pression de la part de la communauté internationale. Alors, ils essayent d’arracher des privilèges et des avantages. Si on laisse la trêve s’effondrer, il n’y aura pas d’opportunité pour un accord similaire avant longtemps », explique Dr Mona Soliman, professeure à la faculté d’économie et de sciences politiques de l’Université du Caire.

Nouveau chef des observateurs onusiens Pour satisfaire les Houthis et les engager à appliquer l’accord, le secrétaire général de l’Onu, Antonio Guterres, a choisi un ex-officier danois, Michael Lollesgaard, pour remplacer, un mois seulement après son arrivée, le chef des observateurs onusiens au Yémen, l’exgénéral néerlandais Patrick Cammaert. Selon des diplomates, les relations de Patrick Cammaert étaient tendues avec les rebelles houthis et l’émissaire de l’Onu, le Britannique Martin Griffiths. « Le plan du général Cammaert était de rester assez peu de temps au Yémen pour préparer le terrain à l’établissement de la mission de Hodeida », a assuré Griffiths. Peu de temps après son arrivée au Yémen, Patrick Cammaert avait été contesté par les Houthis, dont certains lui avaient reproché d’avoir son propre agenda. L’Onu avait démenti, assurant que le seul agenda était d’améliorer la vie des Yéménites. Mais l’Onu a décidé de remplacer Cammaert suite à un incident survenu le 17 janvier, lorsque son convoi a été la cible de tirs à armes légères, sans faire de blessés, à la sortie d’une réunion avec le gouvernement yéménite. L’Onu a indiqué ne pas savoir qui était à l’origine des tirs. La tâche de la mission onusienne est de surveiller la trêve à Hodeida et dans les ports de Salif et de Ras Issa, situés dans la même province, pour une durée initiale de six mois. Elle doit aussi s’assurer du retrait des combattants de ces lieux. Hodeida a été pendant des mois la principale ligne de front de la guerre au Yémen. Les forces progouvernementales avaient lancé une offensive en juin en direction de la ville portuaire de la mer Rouge. L’accord de cessez-le-feu est entré en vigueur le 18 décembre dans la ville, mais des combats sporadiques continuent de se poursuivre. Le redéploiement des forces rivales, programmé pour le 7 janvier, n’a pas eu lieu et l’échange de prisonniers ne s’est pas fait. « Il s’agit d’un retard dans l’application de ces accords, car les deux camps nourrissent une méfiance réciproque. Le cessez-le-feu est intervenu après des pressions occidentales sur l’Arabie saoudite, priée de mettre fin à sa campagne militaire au Yémen », explique Mona Soliman.

Ainsi, Hodeida, point d’entrée de plus de deux tiers des importations alimentaires et de l’aide humanitaire internationale, est devant un choix difficile : une trêve imparfaite avec des violations de la part des deux parties au conflit ou une guerre totale qui pourrait aggraver la famine sévissant déjà .

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique