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L’affaire Khashoggi déchaîne les passions

Ahmed Chams, Mardi, 23 octobre 2018

Riyad a confirmé cette semaine la mort du journaliste saoudien Jamal Khashoggi dans une bagarre au consulat saoudien d'Istanbul. L'affaire n'est cependant pas close.

Après la disparition de Jamal Khashoggi, et suite au tollé médiatique et aux réactions politiques qui ont dépassé de loin la Turquie, où se sont passés les faits, Riyad a admis la mort du journaliste saoudien au sein du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul. La confirmation de sa mort s’est faite le samedi 20 octobre, via l’agence de presse officielle saoudienne SPA. Le Parquet a évoqué une « rixe » au consulat. « Les discussions qui ont eu lieu entre lui et les personnes qui l’ont reçu au consulat ont débouché sur une bagarre et sur une rixe à coups de poing (...), ce qui a conduit à sa mort », a indiqué dans un communiqué le procureur général Saoud Al-Mojeb. Deux jours après cet aveu, le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel Al-Jubeir, est sorti de son silence. Dans un entretien à Fox News, il a déclaré : « Nous avons découvert qu’il a été tué au consulat. Nous ne savons pas comment, dans le détail. Nous ne savons pas où se trouve le corps. Les individus qui ont fait cela l’ont fait en dehors de leur responsabilité. Une erreur monumentale a été faite, qui a été aggravée par la tentative de la cacher ». Adel Al-Jubeir a aussi précisé que le prince héritier, Mohamad bin Salman, n’était « pas informé » de l’opération, ajoutant que le roi Salman « est déterminé » à ce que « les responsables rendent des comptes ».

Les enquêteurs turcs, eux, poursuivent leurs investigations, fouillant notamment une vaste forêt proche d’Istanbul, et le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a promis dimanche de « tout » révéler dans une déclaration sur cette affaire mardi au parlement (ndlr : résultats non communiqués au moment de l’impression du journal). Pourtant, le ministre de la Justice du Royaume, Walid bin Mohamad Al-Samaani, a déclaré que ce dossier serait examiné par un tribunal saoudien quand toutes les conditions seraient réunies. La mort de Jamal Khashoggi est survenue « sur le territoire souverain » de l’Arabie saoudite et cette affaire sera donc présentée à un tribunal saoudien, a annoncé samedi 20 octobre le ministre de la Justice dans un communiqué publié par l’agence de presse officielle SPA. Selon M. Al-Samaani, le procès se déroulera quand toutes les conditions requises seront réunies et l’enquête sera indépendante.

Parallèlement à l’annonce de la mort du journaliste, Riyad a annoncé la destitution de deux hauts responsables. Le premier est le chef adjoint du renseignement saoudien, le général Ahmad Al-Assiri, un conseiller de haut rang proche de la cour royale. Avant d’être promu chef adjoint du renseignement général en 2017, le général Assiri était le porte-parole de la coalition militaire intervenant au Yémen depuis 2015 contre les rebelles houthis soutenus par l’Iran. Le deuxième est le conseiller médias à la cour royale, Saoud Al-Qahtani. De même, 18 suspects ont été arrêtés, tous Saoudiens, a précisé le Parquet saoudien. Le roi Salman a également publié samedi 20 octobre un décret royal pour former une commission ministérielle, dirigée par le prince héritier, Mohamad bin Salman, pour réorganiser les services de renseignements du royaume. Cette commission devra « définir précisément les pouvoirs » de ce service de renseignements, selon les médias officiels saoudiens.

L’annonce de la mort de Jamal Khashoggi, tout comme sa disparition, a suscité bien des réactions. En premier lieu celle de Washington, qui tantôt ménage Riyad, tantôt le critique. Après avoir qualifié les révélations saoudiennes de « crédibles », le président américain a déclaré qu’il n’était pas satisfait des informations données par Riyad, tout en les qualifiant de « pas très importantes ». « Encore une fois, il est tôt, nous n’avons pas fini notre évaluation ou enquête, mais je pense qu’il s’agit d’un pas très important », a précisé Donald Trump. « Je veux obtenir la réponse », a également dit le président américain.

Ailleurs, les réactions ont été plus critiques à l’égard de Riyad. Estimant que beaucoup de questions restaient sans réponse, Berlin, Londres, Paris et l’Onu ont appelé à une enquête approfondie permettant de faire toute la lumière sur cette affaire. Le Caire s’est dit persuadé que l’enquête permettrait de révéler la vérité. Dans un communiqué du ministère des Affaires étrangères, l’Egypte a salué les actions « courageuses » et « déterminantes » du roi Salman, « conformes à l’approche de Sa Majesté qui respecte les principes du droit et l’application d’une justice efficace ».

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