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Nouvelle phase dans le conflit au Yémen

Maha Salem avec agences, Mardi, 31 juillet 2018

La guerre a repris de plus belle entre les Houthis et la coalition dirigée par l’Arabie saoudite. Le conflit semble être entré dans une nouvelle étape.

La coalition a bombardé des sites utilisés par les Houthis à Saada.
La coalition a bombardé des sites utilisés par les Houthis à Saada. (Photos: Reuters)

Après une série de raids aériens acharnés, la coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite au Yémen a affirmé, dimanche 29 juillet, avoir détruit des sites utilisés par les rebelles houthis pour lancer des missiles contre le Royaume depuis le pays en guerre. Dans un communiqué reçu par l’AFP, la coalition a annoncé « la destruction, ces dernières 24 heures, de sites (de lancement) de missiles balistiques utilisés par les milices houthies à Saada », une province du nord du Yémen frontalière de l’Arabie saoudite et contrôlée par les rebelles. Riyad a aussi annoncé dans le communiqué que « la coalition ne permettra pas aux Houthis de construire des installations militaires qui menacent les eaux régionales ».

La coalition veut resserrer, en fait, l’étau autour des Houthis. Outre ces raids, la province de Hodeida (sud) a elle aussi été bombardée pendant trois jours, endommageant notamment une station hydrique.

Depuis le 13 juin, les forces progouvernementales soutenues par l’aviation de la coalition ont lancé une offensive pour reprendre la ville de Hodeida, chef-lieu de la province du même nom, située sur la mer Rouge. Pilier de cette coalition, les Emirats arabes unis, impliqués dans l’offensive avec des forces au sol, avaient annoncé, début juillet, la suspension de l’assaut contre la ville, afin de donner une chance à une médiation de l’Onu. Des bombardements avaient déjà touché d’autres secteurs rebelles de la province après la pause décrétée par les Emirats.

Changement de stratégie

Cette intensification de bombardement intervient après que la coalition a accusé les Houthis d’avoir attaqué deux pétroliers saoudiens en mer Rouge. Cette attaque a inquiété l’Arabie saoudite, mais elle lui a donné l’occasion de suivre une nouvelle stratégie dans le conflit. L’Arabie saoudite, premier exportateur de brut au monde, a annoncé donc avoir temporairement suspendu les livraisons de pétrole par le détroit de Bab Al-Mandab. Ce détroit relie la mer Rouge à la mer d’Arabie et constitue un passage stratégique pour le commerce international. Il est emprunté par des pétroliers en provenance de l’Arabie saoudite, des Emirats arabes unis, du Koweït et de l’Iraq qui se rendent en Europe et au-delà par le Canal de Suez. Des chargements d’environ 4,8 millions de barils de pétrole et de produits pétroliers transitent chaque jour par la voie navigable, selon l’Energy Information Administration (Etats-Unis).

« La fermeture du détroit de Bab Al-Mandab devait être discutée par plusieurs pays concernés, mais l’Arabie a pris la décision seule, considérant qu’il s’agit d’une question de souveraineté », explique Dr Tarek Fahmy, professeur de sciences politiques à l’Université américaine au Caire, tout en ajoutant que « cette décision ouvre la voie à deux scénarios: l’Arabie veut pousser les Houthis à entrer dans des combats directs et de mener une vraie guerre, ou bien elle veut impliquer d’autres pays dans ce conflit. On est dans une nouvelle phase de la guerre au Yémen qui aura un impact sur toute la région. L’Arabie exerce une forte pression sur la communauté internationale profitant de la situation critique qui domine le marché pétrolier à cause des sanctions contre l’Iran. L’Arabie joue la carte de la pression par le pétrole pour que soit exercée plus de pression sur l’Iran, allié des Houthis ».

Selon le politologue, Riyad veut pousser Washington à intervenir dans ce conflit quelque peu oublié par la communauté internationale. Washington peut exercer des pressions sur l’Iran pour ne pas aider les Houthis et leur envoyer des armes. La coalition, qui n’a toujours pas réussi à vaincre militairement les Houthis, n’a cessé de mettre en garde contre la menace imposée par ces rebelles sur la navigation à partir du port de Hodeida qu’ils contrôlent en mer Rouge.

Face à ces évolutions, l’envoyé de l’Onu pour le Yémen, Martin Griffiths, reste les bras croisés. Martin Griffiths tente depuis des semaines de relancer les pourparlers de paix au Yémen, en vain. Pourtant, le dialogue reste l’unique voie. « Les deux camps doivent présenter des concessions pour arriver à une entente. Mais, chacun campe sur sa position, ce qui rend la tâche de l’émissaire onusien compliquée. Chaque camp exige des revendications que l’autre ne peut pas accepter », explique Dr Fahmy.

Mais l’envoyé Martin Griffiths poursuit tout de même ses efforts. Il a suggéré le retrait des milices de Hodeida. « Ce retrait est l’un des points faisant partie du projet de l’émissaire de l’Onu pour restaurer la confiance en vue d’une reprise des négociations », a déclaré le porte-parole du gouvernement yéménite, Rajeh Badi, en ajoutant que le gouvernement voulait en outre que les forces de police et les autorités locales puissent gérer les affaires de la ville sous la supervision directe du ministère de l’Intérieur. « Le gouvernement soutenait par ailleurs l’idée d’une présence d’observateurs internationaux pour surveiller la gestion du port et le transfert des revenus financiers à la Banque Centrale », affirme Rajeh Badi. Une proposition d’ores et déjà rejetée par les Houthis.

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