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En Iraq, le ras-le-bol de la population

Maha Salem avec agences, Mardi, 24 juillet 2018

La vague de protestation sociale se poursuit en Iraq contre la corruption et le manque de services publics. Les autorités tentent de trouver une issue pour calmer la situation, mais la contestation prend de plus en plus des allures politiques.

En Iraq, le ras-le-bol de la population
Les manifestations n’ont pas épargné la capitale, Bagdad. (Photo: AFP)

Six mois exactement après la proclamation en grande pompe par les autorités de la victoire sur les djihadistes de Daech, les problèmes sociaux sont redevenus la priorité numéro un en Iraq, où, entré dans sa 3e semaine, le mouvement de grogne contre la corruption et l’absence de services publics parti de la ville portuaire de Bassora, la zone la plus riche en pétrole d’Iraq, s’est étendu à l’ensemble du sud de l’Iraq et a gagné récemment Bagdad. Un mouvement émaillé de violences meurtrières qui met en lumière la détresse sociale d’une grande part de la population dans un pays émergeant d’une quinzaine d’années de conflits ininterrompus. La population a déjà sanctionné sa classe dirigeante en s’abstenant massivement aux législatives de la mi-mai et elle réclame aujourd’hui une meilleure répartition des juteux revenus du pétrole.

Car dans le pays, deuxième producteur d’or noir de l’Opep, le secteur des hydrocarbures assure 89 % des ressources budgétaires et même 99 % des exportations, mais ne représente que 1 % des emplois. Et ce fossé se fait cruellement sentir dans un pays où, officiellement, 10,8 % des habitants sont sans emploi et deux fois plus parmi les jeunes, qui représentent 60 % de la population. Pour les manifestants, qui s’en sont pris à différents sièges de partis politiques à travers les provinces du sud, les brûlant ou mettant à bas les affiches placardées par les politiciens, l’autre grand problème, c’est la corruption. Depuis l’invasion emmenée par les Etats-Unis, qui a renversé Saddam Hussein en 2003, la classe dirigeante s’accapare fonds publics, ressources naturelles et projets publics, privant les Iraqiens des infrastructures de base.

En plus, cette année, la sècheresse et les barrages construits par les pays voisins en amont sur les fleuves qui traversent l’Iraq ont affecté la saison agricole, tandis que la pénurie chronique d’électricité laisse les Iraqiens sans équipement au pic de l’été sous une température atteignant les 50 degrés. Face à cette vague de contestation, le premier ministre, Haider Al-Abadi, a admis que son gouvernement avait commis plusieurs fautes graves et a échoué de régler plusieurs problèmes. Abadi a promis de visiter tous les gouvernorats et répondre à leurs revendications. Après Bassora, où il s’est rendu au début de la crise, il a visité le gouvernorat de Missane où il a annoncé 20 décisions pour améliorer la situation.

Pendant ce temps, certains ministres se défendent en soulignant que la guerre contre la corruption que le premier ministre a promise est aussi dure que celle contre Daech et prendra du temps dans le 12e pays le plus corrompu au monde. Ces ministres ont tenté de jouer l’apaisement auprès des chefs des tribus, puissantes dans le sud. Mais, ces derniers ont exigé une réponse à certaines de leurs demandes avant d’arrêter les manifestations. Les ministres ont aussi promis de former des comités pour trouver des solutions.

Sadr entre en jeu

Mais ces promesses sont considérées insuffisantes et les manifestations se poursuivent. Elles ont d’ailleurs pris un nouveau tournant avec le soutien que leur a accordé le chef chiite et vainqueur des élections de 9 mai, Moqtada Al-Sadr, qui a appelé tous les partis politique à arrêter leurs négociations et leurs alliances en cours pour former le nouveau gouvernement, insistant sur le fait que l’actuel gouvernement réalise d’abord les revendications des protestataires. De même, Sadr a demandé à tous les partis de former un comité commun pour suivre les travaux du gouvernement et vérifier qu’il agit pour réaliser les revendications des manifestants. « Face à cette situation explosive, la solution est de former un gouvernement qui aura comme tâche essentielle d’étudier les revendications des protestataires et trouver les moyens d’y répondre. Le gouvernement actuel est obligé de poursuivre ses travaux jusqu’à l’annonce des résultats définitifs des élections législatives, et surtout, il lui faudra trouver une issue à cette crise.

La formation d’un nouveau gouvernement se heurte à plusieurs obstacles, il faudra attendre plusieurs semaines, probablement jusqu’à septembre pour qu’il voie le jour. Tout cela contribue encore plus au désespoir des Iraqiens », explique Dr Mona Soliman, professeure à la faculté d’économie et de sciences politiques de l’Université du Caire. En 2015 déjà, un mouvement de protestation avait été lancé contre la corruption et l’absence de services publics, animé principalement par Moqtada Al-Sadr. Cette fois-ci encore, il semble vouloir prendre en main le mouvement .

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