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Triple offensive contre Daech

Sabah Sabet avec agences, Lundi, 21 août 2017

Lors d’un assaut simulta­né des armées syrienne, liba­naise et ira­qienne, le groupe Etat Islamique (EI) a subi de grandes défaites. Il se trouve désor­mais encerclé dans des régions désertiques.

Triple offensive contre Daech
Le gouvernement iraqien a lancé une opération sur Tal Afar, ville stratégique dans l'offensive contre l'EI. (Photo:AFP)

Une importante victoire a été remportée cette semaine par les troupes du régime syrien, appuyées par l’aviation de l’allié russe, face au groupe djihadiste Etat Islamique (EI), ceci en l’encerclant presque totalement dans des régions désertiques du centre du pays. Les troupes soutenues également par des milices pro-régime ont largement avancé vendredi dernier dans la région de la Badiya (désert) située à cheval entre les provinces centrales de Homs et Hama et celle de Deir Ezzor (est). L’offensive, lancée en mai der­nier, vise à chasser les djihadistes de cette zone désertique qu’ils contrôlent depuis 2014 et qui s’étend du centre du pays jusqu’à la frontière iraqienne, à l’est. Deir Ezzor est la dernière pro­vince syrienne quasi totalement aux mains de l’EI. Des troupes gouverne­mentales sont assiégées dans une par­tie de la ville.

En fait, l’éviction de l’EI de toutes les zones désertiques de Homs et Hama permettrait à l’armée de lancer sa bataille pour la reprise de Deir Ezzor, province pétrolière aux portes de l’Iraq. Pour Moscou, la reprise de cette province signifierait la fin de l’EI en Syrie. « Le régime est parvenu à encercler dans le désert la localité d’Oqayrbat et les 44 hameaux environ­nants, situés à cheval entre les pro­vinces de Hama et Homs », a expliqué à l’AFP Rami Abdel-Rahmane, direc­teur de l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme (OSDH). « Avec ces succès, la dernière voie d’approvi­sionnement des combattants (de l’EI) en armes, munitions et matériel dans la zone d’Oqayrbat se trouve sous le feu et le contrôle de l’armée », a affir­mé pour sa part le ministère russe de la Défense. Précisant que les djihadistes cherchaient à fuir vers la province de Deir Ezzor, il a ajouté que « les forces russes menaient en permanence des vols de reconnaissance via des drones pour trouver et détruire les blindés, les pick-up avec armes lourdes et les voi­tures des terroristes ».

Egalement dans cette partie centrale du désert, les troupes loyalistes ont pris le contrôle de quatre champs gaziers, dont l’important champ de Twinan, a indiqué l’OSDH. Ce qui correspond à une superficie de 1 000 km2. L’agence officielle syrienne Sana a confirmé l’encerclement de la région d’Oqayrbat et la reprise des champs gaziers. Il ne reste plus à l’armée, selon l’OSDH, que 25 km à parcourir pour faire le lien avec les régions d’Al-Kom et d’Al-Soukhna dans la province de Homs, ce qui lui permettrait d’assiéger complè­tement l’EI.

En Iraq et au Liban aussi
Outre l’offensive à l’intérieur de la Syrie, les combats contre Daech se sont étendus jusqu’à la frontière avec le Liban. Dimanche, les soldats liba­nais poursuivaient, eux aussi, leur assaut sur les positions de l’EI à la frontière Est du pays avec la Syrie, après avoir repris aux djihadistes un tiers du territoire qu’ils contrôlaient dans la zone. « L’armée libanaise a lancé ses opérations samedi dans la région de Jouroud Ras Baalbeck et Jouroud Al-Qaa et a repris environ 30 km aux djihadistes », a annoncé same­di soir un porte-parole militaire, le général Nazih Jreij. Cette offensive intervient alors que le groupe extré­miste perd du terrain en Iraq et s’ex­pose actuellement à une nouvelle bataille. Dimanche, le gouvernement iraqien a annoncé le lancement d’une opération sur son bastion de Tal Afar, à l’ouest de Mossoul, une ville straté­gique dans l’offensive contre l’EI, tant en Iraq qu’en Syrie. Elle était notam­ment un point de passage et d’achemi­nement en armes et en hommes du « califat » autoproclamé. « La reprise de Tal Afar est un autre combat impor­tant qui doit être mené pour s’assurer que le pays et ses habitants se débar­rassent enfin de l’EI », a affirmé dans un communiqué le général américain Stephen Townsend, chef des forces de la coalition contre Daech.

Tal Afar est aujourd’hui également au coeur de la brûlante question des minorités en Iraq. Avant l’entrée de l’EI, elle était une enclave chiite, majoritairement peuplée de Turkmènes, dans la province à domi­nante sunnite de Ninive.

Dans la bataille pour Tal Afar, les différentes unités de l’armée, de la police, fédérale et locale, et des unités du contre-terrorisme, agiront en coor­dination avec le Hachd Al-Chaabi, les « unités de mobilisation populaire », cette organisation paramilitaire domi­née par les milices chiites soutenues par l’Iran et qui dit avoir mobilisé 20 000 combattants autour de la ville. « La victoire approche », a proclamé dans un communiqué leur porte-parole Ahmed Al-Assadi, alors que le Hachd encercle depuis des mois Tal Afar, la coupant de Mossoul comme de la Syrie.

Quelques heures à peine après le déclenchement de l’offensive, la police fédérale a déclaré avoir repris Al-Abra Al-Saghira, un village à l’ouest de Tal Afar. Un porte-parole d’une unité du Hachd a de son côté indiqué à l’AFP que ses troupes se trouvaient désor­mais à environ 4 km de Tal Afar. Une fois la ville reprise, Bagdad entend lancer l’offensive sur Hawija, à 300 km au nord de Bagdad. Bien que l’EI soit également toujours présent dans la province occidentale d’Al-Anbar et tienne plusieurs zones le long de la frontière syrienne, notamment la région désertique d’Al-Qaïm, en Syrie et en Iraq, il a perdu de larges pans de son « califat » et, notent les experts, des milliers de combattants que les contingents de djihadistes étrangers, aujourd’hui moins nombreux, peinent à compenser.

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