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A Mossoul, le plus dur reste à faire

Maha Salem avec agences, Lundi, 17 juillet 2017

Après l'eu­phorie de la victoire des forces ira­qiennes à Mossoul, l'heure est aujourd'hui au pragmatisme. Le gouverne­ment iraqien fait face à un double défi économique et politique : la reconstruc­tion et la réconciliation

A Mossoul, le plus dur reste à faire
De retour à Mossoul, cette famille n'a pas trouvé de quoi vivre. (Photo:AP)

Après neuf mois d’intenses et d’acharnés combats, le premier ministre iraqien, Haider Al-Abadi, a annoncé la reprise de Mossoul par les forces iraqiennes des mains des djiha­distes de l’Etat Islamique (EI). S’exprimant dans un discours depuis Mossoul, la deuxième ville du pays, Haider Al-Abadi a également affirmé que les priorités de son gouvernement étaient désormais la « stabilité et la reconstruction ». Après l’euphorie de la victoire, l’heure est donc aujourd’hui au bilan. Et surtout, à la difficile reconstruction. De Mossoul, il ne reste, en effet, que des ruines et des destructions. « Quand on voit les dégâts causés par les combats dans cette région, on a l’impression qu’elle a été bombardée par une bombe nucléaire. Et ce n’est pas seulement de Mossoul qu’il s’agit, mais aussi des autres villes voisines : Falouja, Ramadi et Tikrit. Et c’est une région stratégique qu’il ne faut pas négli­ger », explique Dr Névine Mossaad, professeur à la faculté d’économie et de sciences politiques à l’Université du Caire et analyste au Centre des études et des recherches arabes et afri­caines au Caire. En effet, le coût de reconstruction estimé par les agences onusiennes est très élevé. Selon l’Onu, 100 milliards de dollars sont néces­saires. D’où l’appel lancé par le gou­vernement iraqien à une mobilisation internationale massive.

Les agences internationales vont lancer des appels de fonds, et une conférence des donateurs devrait avoir lieu dans les prochains mois. Tout d’abord, pour commencer le premier pas, les Nations-Unies estiment que le coût nécessaire juste pour la répara­tion des infrastructures de base (routes, réseau électrique) à plus d’un milliard de dollars. Un autre milliard est néces­saire pour la reconstruction des seules infrastructures d’eau, d’égouts, de ponts, d’universités, d’hôpitaux, de chemins de fer, qui devrait prendre cinq ans. Plusieurs autres milliards seront nécessaires pour que la zone redevienne vivable. Bagdad souhaite procéder en trois axes : infrastructure de base, services sociaux et relance économique. Une somme dont l’Iraq ne dispose clairement pas après son investissement dans la bataille. En plus, l’Iraq n’est plus pays riche du fait de la baisse du prix du pétrole.

Une reconstruction stratégique
Or, si on laisse l’Iraq dans cette situation, il est possible que la crise économique et sociale aggrave de nouveau les tensions intercommunau­taires. « La reconstruction de Mossoul n’est qu’une affaire économique. Car la face économique est étroitement liée à la face politique. Autrement dit, le règlement des problèmes politiques résoudra la question de financement des coûts de la reconstruction », affirme Dr Mossaad.

A Mossoul, conflits, tensions et divergences entravent en effet toute avancée politique ou économique. Déjà, cette ville est considérée comme la capitale historique et culturelle de la communauté arabe sunnite. De plus, elle est considérée comme un passage entre plusieurs pays de la région : la Turquie, la Syrie, le Liban et l’Iran. Depuis la chute de Saddam Hussein, l’Iran fournissait les armes et les maté­riels au Hezbollah libanais à travers un corridor qui passe par Mossoul. Même cas avec les Syriens, l’Iran fournit les armes, les matériels et les équipe­ments à Bachar Al-Assad à travers cette région. A cet égard, l’Iran était le premier pays à présenter son aide pour la reconstruction de cette région et à participer dans les combats pour la libérer des mains de l’Etat islamique. Déchirée entre les deux camps reli­gieux sunnite et chiite, cette région est au centre des conflits confessionnels et communautaires. « L’affaire est stratégique. C’est une question grave et compliquée. Tout d’abord, il faut régler les conflits intercommunau­taires. La réconciliation chiites-sun­nites est primordiale pour toute stabi­lité », explique Dr Mossaad.

Flou politique
Ainsi, la reconstruction économique doit aller de pair avec le processus politique. Or, le gouvernement chiite de Bagdad n’est pas pressé de trouver une solution politique dans cette ville à majorité sunnite. Aucun plan de tran­sition politique n’a été proposé. Les Mossouliotes ne savent donc pas si la ville sera sous gouvernance chiite, sunnite, deviendra autonome ou sous tutelle internationale. La reconstruc­tion de la ville passe principalement par la façon dont la majorité sunnite sera intégrée dans ce processus. Les villes sunnites précédemment libérées vivent aujourd’hui dans un cadre où l’Etat est inexistant, délégitimé ou n’assure pas les réformes. Bagdad semble abandonnée et attend les aides et le soutien des communautés arabe et internationale. Quant aux pays arabes, ils sont divisés entre deux diri­geants sunnites et ils attendent de voir qui rassemblera les citoyens autour de lui.

D’un côté, l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis attendent la récon­ciliation entre les sunnites, ou au moins, la domination de Mahmoud Al-Mashhadani, l’ex-président du par­lement iraqien. De l’autre côté, le Qatar et le sultanat d’Oman soutien­nent Sélim Al-Gabouri, actuel prési­dent du parlement iraqien. « Le gou­vernement iraqien doit être intelligent et raisonnable, car les Arabes ne ver­seront pas de fonds dans une région dominée par les chiites. Il doit inté­grer les sunnites dans la vie politique et leur laisser l’administration de cette région pour éviter une catas­trophe politique, économique et sociale », explique Dr Mossaad.

Quant à la communauté internatio­nale, elle attend elle aussi la fin des conflits et le début d’un dialogue pour une réconciliation nationale, afin de leur accorder les fonds nécessaires. « La communauté internationale ne donnera pas de fonds aux Iraqiens sans avoir de plans clairs, concrets et réalisables. Et surtout, sans avoir une part du gâteau. C’est-à-dire de parti­ciper aux projets de la reconstruc­tion », explique Dr Mossaad.

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