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Iraq : Le retour d'Al-Sadr

Maha Salem avec agences, Jeudi, 16 février 2017

L'influent leader chiite iraqien, Moqtada Al-Sadr, a relancé son mouvement de contestation appelant à des réformes politiques.

Sept personnes ont été tuées et plus de 200 blessées à Bagdad lors de la dispersion par les forces de sécurité d’une manifestation tenue samedi dernier. Un bilan lourd dans un pays habitué aux manifestations et qui pré­lude d’une nouvelle crise politique. En effet, plusieurs milliers de manifestants, essentiel­lement des partisans de l’influent leader chiite Moqtada Al-Sadr, s’étaient rassemblés au coeur de la capitale iraqienne pour réclamer des réformes politiques. Ensuite, ces manifes­tants ont tenté de franchir de force un cordon policier sécurisant la voie principale condui­sant à la Zone verte, un secteur ultrasécurisé qui abrite les principales institutions de l’Etat, la commission électorale et les ambassades. « Les protestataires ont essayé de traverser le pont Joumhouriya, les forces de sécurité ont tiré des grenades lacrymogènes pour les stop­per mais ils ont insisté », a affirmé un respon­sable de la police. Pour calmer les manifes­tants, le premier ministre iraqien, Haider Al-Abadi, a assuré qu’une enquête serait ouverte pour identifier et juger les respon­sables des violences.

Ces violences sont considérées les plus meurtrières depuis qu’a débuté en 2015 un mouvement de contestation réclamant une amélioration des services publics et accusant la classe politique de corruption et de népo­tisme. Ce mouvement a connu un arrêt en octobre lorsque les forces gouvernementales ont lancé une offensive pour reprendre au groupe djihadiste Etat Islamique (EI) son bas­tion de Mossoul, dans le nord du pays. Mais, avec la décision annoncée par le premier ministre iraqien concernant la tenue des élec­tions provinciales en septembre prochain, les appels pour manifester ont été renouvelés. Le gouvernement Abadi a fixé les prochaines élections provinciales à septembre, date à laquelle le mandat de la commission électorale expire. Leurs résultats sont perçus comme un baromètre pour les élections législatives pré­vues en 2018. Les précédentes élections pro­vinciales avaient eu lieu en 2013 et leurs résultats sont aussi perçus comme un baro­mètre pour les élections législatives. A cet égard, les protestataires estiment notamment que la loi électorale actuelle sert les intérêts des grands partis qu’ils accusent de corruption, et jugent que la commission, qui siège aussi dans la Zone verte, n’est pas indépendante. « Nos politiciens ont créé une commission électorale basée sur des quotas confession­nels. Elle possède neuf commissaires, qui appartiennent à des groupes politiques. Elle n’est pas indépendante », a déclaré à l’AFP Sinan Al-Azzawi, un célèbre acteur iraqien qui a pris part à la manifestation. Partageant le même avis, Moqtada Al-Sadr a exhorté les responsables à « introduire les réformes dans l’immédiat, écouter la voix du peuple et se débarrasser des corrompus ».

L’année dernière, les partisans de ce dernier ont manifesté maintes fois pour réclamer des réformes politiques, surtout la formation d’un nouveau gouvernement, et protester contre l’inaction du parlement. Moqtada Al-Sadr, basé dans la ville sainte de Najaf (centre), est devenu populaire en se rebellant contre les Américains après l’invasion de l’Iraq en 2003, il lutte ces dernières années pour l’adoption de réformes. Avant la manifestation, il avait encouragé ses partisans à se rendre tout près de la Zone verte pour clamer haut et fort leurs revendications, tout en les exhortant à ne pas y entrer de force. Ses partisans avaient envahi cette zone l’année dernière à deux reprises.

L'EI prépare l'après-Mossoul

L’Iraq devrait être débarrassé du groupe Etat Islamique (EI) en 2017, a prédit samedi le ministre britannique de la Défense, qui se trouvait en visite à Erbil, la capitale du Kurdistan iraqien. « Je suis ravi de constater la libération de Mossoul-Est et le lancement sous peu de l’offensive pour la reprise de Mossoul-Ouest », a indiqué Michael Fallon au cours d’une conférence de presse à Erbil. M. Fallon a salué l’action des forces britanniques indiquant qu’elles avaient touché 300 cibles à Mossoul et aux alentours, et apporté leur soutien, notamment en termes de formation et de conseil, à quelque 40 000 membres des forces iraqiennes, dont 7 000 peshmergas (forces kurdes). « Nous nous attendons à ce que Daech soit expulsé des principales villes d’Iraq au cours de 2017 », a affirmé le ministre britannique. Il a cependant souligné que la reprise de Raqa, le principal bastion de l’EI en Syrie, où opère aussi la coalition internationale, risquait d’être « plus compliquée à cause de la guerre civile » en cours dans le pays voisin. Or, selon les experts, l’EI se prépare à la perte de ses territoires en Syrie et Iraq, puis à une retraite dans le désert. Dans un rapport publié à Washington en décembre, intitulé « La Menace djihadiste », vingt experts internationaux ont écrit : « La prochaine carte de l’EI pourrait être la retraite dans le désert (...) L’organisation est certaine de parvenir à survivre sous une forme altérée, davantage sous la forme d’une organisation terroriste traditionnelle. L’EI sera toujours en mesure d’exploiter le mécontentement sun­nite et de fomenter des tensions sectaires pour les cinq à dix ans à venir en Iraq, Syrie, Libye et poten­tiellement au-delà ». Les risques sont donc toujours gran

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