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Yémen : La guerre, en attendant les négociations

Maha Salem avec agences, Mardi, 31 janvier 2017

Soutenues par les raids aériens de la coalition arabe, les forces gouvernementales yéménites ont repris l'offensive contre les rebelles houthis. Objectif : progresser sur le terrain avant une éventuelle reprise des pourparlers.

Les troupes loyales au président Abd-Rabbo Mansour Hadi ont lancé une vaste offensive, avec l’aide de l’aviation et de la marine de la coalition arabe commandée par l’Arabie saoudite, pour reprendre aux rebelles chiites houthis plusieurs zones côtières longeant la mer Rouge, dont la ville de Mokha, dans le sud-ouest du Yémen. Les rebelles et leurs alliés, des partisans de l’ex-président Ali Abdallah Saleh, oppo­sent une résistance féroce dans la zone, faisant quotidiennement une dizaine de morts et une centaine de blessés. En effet, les rebelles hou­this sont assiégés actuellement dans cette ville et les forces progouverne­mentales visent à contrôler le détroit stratégique de Bab Al-Mandab, reliant la mer Rouge et l’océan Indien.

Une bataille décisive donc. « Les deux belligérants mettent les bou­chées doubles au cours de cette bataille parce que chacun sait qu’une défaite signifiera une défaite sur le terrain et une position de fai­blesse sur la table des négociations. Car le vainqueur imposera ses conditions dans le processus poli­tique », explique Dr Moataz Salama, analyste au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram au Caire.

En fait, cette nouvelle intervient alors que M. Hadi et ses alliés sont sous la pression croissante de la communauté internationale pour accepter un projet de cessez-le-feu proposé par l’Onu et commencer un nouveau round de négociations. Outre les pressions onusiennes, « la nouvelle Administration américaine veut en finir avec plusieurs dossiers, dont la guerre au Yémen », explique l’analyste. Selon lui, Washington « veut un règlement global à la question yéménite, c’est-à-dire qu’il ne veut pas uniquement en finir avec cette guerre, mais aussi avec la menace d’Al-Qaëda ». « Il existe en fait une sorte d’accord tacite : une fois que les négociations débouche­ront sur un règlement, les efforts des Américains se concentreront sur la question d’Al-Qaëda », affirme Dr Salama.

Considérés par Washington comme la branche la plus dange­reuse de l’organisation djihadiste, Al-Qaëda dans la Péninsule Arabique (AQPA) et le groupe Etat Islamique (EI) exploitent la vacance du pouvoir engendrée par le conflit pour étendre leur mainmise sur le pays, en particulier dans le sud et le sud-est. Al-Qaëda dispose de deux camps d’entraînement au moins à Yakla, dans le sud. Les Etats-Unis, les seuls dans la région à disposer de drones, pouvant atteindre des cibles au Yémen, ont profité de cette situa­tion en lançant la première opéra­tion commando au Yémen depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump.

Une véritable catastrophe humanitaire

Déchiré par ces conflits, le Yémen s’enfonce dans une grave crise humanitaire et fait face à un risque de famine dans les mois à venir si rien n’est fait. Le patron des opérations humanitaires de l’Onu, Stephen O’Brien, a alerté quant au fait que « le conflit au Yémen constitue à présent la plus grande urgence pour la sécurité alimen­taire dans le monde. Sans action immédiate, la famine est un scénario possible pour 2017 ». Environ 14 millions de personnes, soit 80 % de la population du pays, ont besoin d’aide alimentaire. Deux millions ont même besoin d’une aide d’urgence pour survivre. La situation est particulièrement alarmante pour les enfants : 2,2 millions d’entre eux souffrent de malnutrition, une augmentation de 53 % par rapport à 2015. « Dans l’en­semble, le sort des enfants reste sombre : un enfant de moins de 10 ans meurt toutes les 10 minutes de causes évitables », a souligné M. O’Brien.

La fermeture de l’aéroport de Sanaa a pesé lourd sur le sort des civils car les médicaments ne peuvent plus être acheminés par avion et les Yéménites ne peuvent pas aller se faire soigner à l’étranger. Les stocks de blé du Yémen pourraient être épuisés dans les mois à venir car les banques étrangères n’acceptent plus de transac­tions financières avec les banques commerciales du pays. Le Yémen est presque entièrement dépendant des importations, dont une grosse partie arrive par le port de Hodeida, bombardé par la coalition menée par l’Arabie saoudite en 2015. Selon M. O’Brien, la coalition a ordonné à un navire transportant quatre grues mobiles pour le port de quitter les eaux yéménites, et il attend à présent l’accord de Riyad pour livrer ces nouveaux équipements. Les grues permettraient d’améliorer les capacités du port pour décharger l’aide humanitaire acheminée par bateau. L’Onu appelle à un cessez-le-feu au Yémen pour permettre la livraison d’aide humanitaire d’urgence et la reprise de discus­sions politiques pour mettre fin à une guerre qui a déjà causé la mort de près de 10 000 civils, selon les res­ponsables des Nations-Unies.

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