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Dangereux statu quo à Alep

Maha Salem avec agences, Jeudi, 03 novembre 2016

Les affrontements se poursuivent à Alep. Mais ni les rebelles ni les troupes gouvernementales syriennes soutenues par Moscou ne parviennent pour l'heure à changer l'équilibre des forces.

Toujours déchirée entre deux feu, Alep souffre de violents combats menés par les groupes rebelles qui cherchent à briser le siège imposé sur cette ville. Une coalition de rebelles islamistes et de djihadistes a lancé une vaste offensive partie de l’extérieur de la ville, côté ouest, pour mettre fin au siège imposé par le régime de Bachar Al-Assad aux quartiers de l’opposition. L’ancienne capitale économique de la Syrie est un enjeu majeur pour le régime comme pour les insurgés, qui s’affrontent depuis 2011. « En effet, cette bataille est lancée pour des fins politiques. On attend dans les prochaines semaines la tenue d’une nouvelle série de négociations. D’ici là, il faudrait que l’équilibre des forces change : le plus puissant sur le terrain sera le plus puissant sur la table des négociations. Chaque camp tente donc de s’imposer militairement. Par ailleurs, la communauté internationale, notamment les Etats-Unis, poussent les deux camps à continuer à s’affronter, et ceux, pour deux raisons. Tout d’abord, les deux camps seront épuisés à la fin de ces combats, et ce sera alors facile que l’Occident exerce des pressions qui vont dans son propre intérêt. Deuxième raison, la communauté internationale veut détourner l’attention de la bataille de Mossoul », explique Dr Moatez Salama, analyste au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram au Caire.

Le contrôle d’Alep, divisée entre deux secteurs, l'est tenu par les rebelles et des quartiers ouest aux mains du régime, est déterminant aux yeux des belligérants pour asseoir leur pouvoir dans le nord de la Syrie. « Toutes les factions de Jaich Al-Fatah annoncent le début de la bataille pour briser le siège d’Alep », a indiqué à l’AFP le commandant militaire et porte-parole du groupe islamiste rebelle Ahrar Al-Cham, Abou-Youssef Al-Mouhajir, en ajoutant que la bataille va mettre fin à l’occupation des quartiers ouest par le régime et au siège imposé à notre peuple dans Alep. « Les affrontements se poursuivent à la périphérie ouest d’Alep, là où les rebelles ont pu réaliser des avancées » a indiqué l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme (OSDH). Selon ce dernier, plus de 1 500 combattants venus des provinces d’Alep et d’Idleb (nord-ouest) attaquent les quartiers tenus par le gouvernement, sur un front de 15 km. « Le siège sera brisé. Nous allons protéger les civils, les écoles et les hôpitaux des attaques russes et on va apporter à notre peuple de la nourriture et des médicaments » a indiqué à l’AFP Yasser Al-Youssef, un responsable du groupe rebelle Noureddine Al-Zinki. Une source militaire pro-régime a reconnu que l’offensive rebelle était massive et coordonnée, tout en affirmant que les combattants n’avaient que des avancées à quelques exceptions près.

Moscou avait annoncé l’interruption de ces frappes sur les quartiers Est à partir du 18 octobre, alors que les Occidentaux dénonçaient des crimes de guerre. En réaction à l’offensive rebelle, l’armée russe a demandé de reprendre les raids aériens sur Alep, mais le président russe, Vladimir Poutine, a estimé que ce n’était « pas opportun », jugeant plutôt « nécessaire de prolonger la pause humanitaire ». Washington a récusé les affirmations de Moscou selon lesquelles les bombardements sur Alep ont cessé. Ils ont par ailleurs accusé le régime syrien d’utiliser « la famine comme une arme de guerre » en refusant d’autoriser l’entrée d’aide humanitaire dans les quartiers Est d’Alep.

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