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Les Américains mènent la danse

Sabah Sabet, Mardi, 31 mai 2016

La coalition internationale contre Daech existe depuis l’automne 2014. Elle est menée par les Etats-Unis, qui mènent 90 % des frappes en Iraq et en Syrie.

La mise en oeuvre d’une « grande et unique coalition » contre l’Etat Islamique (EI) a eu lieu à la suite d’un appel de François Hollande en 2014. En septembre de la même année, 60 pays s’unissent pour former cette coalition menée par les Etats-Unis. Tous ne rejoignent pas directement la campagne de bombardements américains en Iraq. Car avant la formation de la coalition, les Etats-Unis avaient débuté leurs frappes contre l’Etat islamique en août 2014, en Iraq et à l’invitation des autorités de Bagdad.

Les Etats-Unis ont mené 70 % de leurs frappes en Iraq, jusqu’à présent au coeur de leur stratégie de lutte contre l’EI. En Iraq, la coalition internationale agit en appui aux Peshmergas kurdes et aux forces gouvernementales iraqiennes. Les Etats-Unis ont déployé 3 500 conseillers, dont 450 formateurs et 100 conseillers pour former les forces gouvernementales mises en déroute par l’EI en 2014 et les Peshmergas kurdes. Seuls 13 000 combattants ont été formés. En Syrie, les premiers bombardements occidentaux de la coalition sont menés le 23 septembre de la même année. Mais le cas est différent : la campagne de frappes se fait sans l’accord du président syrien Bachar Al-Assad. Dans le même temps, Berlin annonce ensuite à son tour l’envoi d’une centaine de militaires dans le nord de l’Iraq pour former des Peshmergas, les combattants kurdes engagés dans la guerre contre l’EI. Après que le Pentagone eut annoncé en janvier 2015 qu’il allait former l’opposition syrienne modérée, les Etats-Unis annoncent le déploiement d’un millier de militaires américains en Arabie saoudite, en Jordanie et au Qatar, avec pour mission de former les rebelles de l’opposition syrienne modérée. Du côté des pays arabes, l’Arabie saoudite, la Jordanie, les Emirats arabes unis, Bahreïn et le Qatar ont mis un terme à leur participation contre l’EI en Syrie après la mise sur pied, à la fin de mars 2015, d’une coalition arabe sous la bannière saoudienne contre les rebelles houthis au Yémen. En même temps, l’Arabie a annoncé le 15 décembre 2015 la création d’une coalition de 34 pays majoritairement musulmans, dont l’objectif serait de « combattre le terrorisme militairement et idéologiquement ». Cependant, il est trop tôt pour dire quelle action cette alliance pourrait entreprendre.

La Turquie, de son côté, a participé tard à la coalition mais à sa manière. Après l’attentat de Suruç, dans le sud de la Turquie, qui a eu lieu en juillet 2015 et qui a été attribué à l’EI, Ankara opère un revirement significatif. L’Etat turc ouvre ses bases aux Américains, notamment celle d’Incirlik, et entame des bombardements. Contrairement à ce qui était annoncé, soit la lutte anti-EI, la participation turque vise essentiellement l’opposition kurde en Iraq, Ankara craignant la montée en puissance de cette minorité sur son propre territoire.

Moscou coordonne son action

La Russie, elle, est entrée en jeu en septembre 2015 en frappant les « terroristes ». Or, les Occidentaux ont très rapidement reproché à la Russie de bombarder avant tout l’opposition armée qui menace son allié, le président syrien Bachar Al-Assad, plutôt que l’EI. Moscou coordonne son action avec la coalition sans y adhérer. Dans l’action de la coalition, il y a d’un côté les missions offensives et de l’autre celles dites de reconnaissance, où des données sont récoltées et des lieux photographiés, permettant ensuite d’envisager des bombardements. Ensuite, les frappes visent généralement des postes de commandement, des centres de recrutement et d’entraînement, des dépôts d’armes et de munitions, des membres influents de l’organisation mais aussi des positions tactiques pour permettre aux différentes forces au sol d’avancer. Il y a aussi les frappes qui visent des camions-citernes ou des puits de pétrole sous le contrôle de Daech. Cela dit, jusque-là, les puissances internationales ne sont pas parvenues à organiser une coalition homogène et concertée contre le groupe djihadiste, pourtant devenu la bête noire des forces régionales et mondiales au fur et à mesure de son expansion depuis juin 2014. Car les objectifs des uns et des autres ne sont pas toujours les mêmes.

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