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Syrie : Calculs à refaire

Inès Eissa avec agences, Mardi, 15 mars 2016

C'est dans un contexte confus, marqué par une déclaration russe bouleversante sur un début de retrait que les pourparlers de Genève sur la Syrie ont commencé.

Syrie
Moscou va retirer la « majeure partie » de ses contingents militaires. (Photo : Reuters)

Après plusieurs reports, et de nouveaux doutes sur leur tenue, les négociations de Genève sur la Syrie ont débuté lundi dernier sous l’égide de l’Onu. Mais dans un climat de suspicion et de scepticisme en raison des divergences persistantes sur le sort réservé au président Bachar Al-Assad, une question qui risque de faire capoter le processus de paix. Staffan de Mistura, envoyé spécial de l’Onu pour la Syrie, a affirmé que « la mère de toutes les questions » était de trouver un accord sur une transition politique. « Nous sommes à un moment de vérité », a-t-il ajouté lors d’une conférence de presse en préambule de sa rencontre avec le négociateur en chef du régime de Damas, Bachar Al-Jaafari. A l’issue de ce premier entretien, M. de Mistura a expliqué qu’il avait « permis de clarifier un certain nombre de questions, notamment de procédure ».

« La prochaine rencontre (avec le régime), en milieu de semaine, sera centrée sur l’ordre du jour, celui fixé par la résolution 2 254 », la formation d’un organe de transition en Syrie dans les 6 mois et des élections dans les 12 mois suivants, a-t-il ajouté. Pour Damas, dont les positions militaires sur le terrain ont été considérablement renforcées grâce à l’intervention militaire de son allié russe, il est hors de question de parler du sort du président Assad. Le régime considère la transition comme un simple remaniement ministériel avec un « gouvernement d’union » élargi à des opposants mais toujours placé sous l’autorité du président Assad. L’ambassadeur de la Syrie auprès de l’Onu, Jaafari, a lui aussi déclaré : « Nous voulons un dialogue entre Syriens, mais sans condition préalable », rejetant d’emblée les exigences de l’opposition qui réclame le départ du président Assad, mort ou vivant, avant toute solution politique. C’est donc là toujours la question la plus délicate.

L’opposition syrienne, représentée par le Haut Comité des Négociations (HCN), qui regroupe une myriade de groupes différents, veut la mise en place dans les 6 mois qui viennent d’un « organe de transition » doté de tous les pouvoirs. L’opposition a affirmé qu’elle était venue avec un esprit de sérieux et qu’elle n’avait pas l’intention de se retirer des négociations, comme elle l’avait fait lors du premier round pour protester contre les frappes russes.

Or, selon Walid Kasiha, professeur de sciences politiques à l’Université américaine du Caire (AUC), l’opposition devrait revoir ses objectifs à la baisse compte tenu du rapport des forces sur le terrain. « Le sort de Bachar devrait être considéré dans un contexte socio-politique et social beaucoup plus large. La décision de son départ dépend de la classe politique au pouvoir et non pas de sa personne », explique ainsi l’analyste.

Coup de théâtre russe

Le contexte des nouvelles discussions de Genève a toutefois radicalement changé par rapport au premier round, et pour deux raisons : d’abord le cessez-le-feu sur le terrain. Quoique fragile, il sert de base : « Certes, le processus de paix a du mal à démarrer, mais je pense qu’une fois qu’il sera sur les rails, il va avancer à un rythme beaucoup plus rapide que prévu », estime Dr Kasiha. Et d’ajouter : « A mon sens, la crise syrienne va vers une solution pacifique sans être nécessairement démocratique. Les Russes et les Américains s’accordent sur la nécessité de mettre un terme à ce conflit qui commence à affecter directement leurs intérêts. Certes, cette entente peut être entravée par les puissances régionales qui ne montrent toujours pas de signes de fatigue, mais cela ne saurait tarder ».

Ensuite et surtout en raison du coup de théâtre russe intervenu simultanément avec le début des négociations de Genève. Ainsi, Moscou a annoncé le début du retrait de ses troupes de Syrie. Une annonce qui a pris tout le monde de court. « La tâche qui avait été demandée à notre ministère de la Défense et aux forces armées a été globalement accomplie et j’ordonne donc au ministère de la Défense d’entamer le retrait de la majeure partie de nos contingents militaires de la République arabe syrienne », a dit Vladimir Poutine au ministre de la Défense, Sergueï Choïgou. Néanmoins, pour permettre la surveillance de la trêve dans les combats, la partie russe conserve sur le territoire syrien un site de maintenance de vols.

L’ambassadeur russe à l’Onu, Vitali Tchourkine, a souligné que la Russie était désormais passée de « mode politique en mode de cessation des hostilités » et que la diplomatie russe avait reçu l’ordre « d’intensifier (ses) efforts pour aboutir à un règlement politique en Syrie ». L’annonce du Kremlin a de toute évidence pris de court les Etats-Unis comme l’opposition syrienne. « Il faudra voir exactement quelles sont les intentions de la Russie », a prudemment déclaré Josh Earnest, porte-parole de Barack Obama, soulignant qu’il était pour l’heure « difficile » de mesurer l’impact sur les négociations en cours et sur la « dynamique » de la guerre. A Genève, l’opposition syrienne l’a elle aussi accueilli avec prudence, en déclarant attendre de le vérifier sur le terrain et redouter une « ruse » du Kremlin. Les calculs des uns et des autres sont ainsi à refaire.

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