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Libye : L’accord de paix mis à mal

Inés Eissa, Mercredi, 13 janvier 2016

Le gouvernement d'union nationale n'est toujours pas en place, et les Occidentaux s'inquiètent des attaques du groupe Etat Islamique (EI) sur le sol libyen.

Lybie

Les Occidentaux s’exaspèrent de la persistance du vide politique en Libye, un pays divisé entre deux pouvoirs rivaux et une multitude de factions et de milices. Et suite aux deux récents attentats meurtriers revendiqués par le groupe Etat Islamique (EI), les Européens exhor­tent les responsables libyens de tous bords à accélérer la mise en place d’un gouvernement d’union natio­nale. « L’Europe (...) est unie pour soutenir les efforts engagés pour trouver une solution politique », a déclaré la chef de la diplomatie euro­péenne, Federica Mogherini, à Gammarth, près de Tunis, après avoir rencontré le premier ministre désigné Fayez El-Sarraj et avant des entretiens avec d’autres hauts res­ponsables libyens présents dans la capitale tunisienne, la semaine der­nière.

Un accord prévoyant un gouverne­ment d’union nationale a bien été signé sous l’égide de l’Onu le 17 décembre dernier par des membres des deux parlements. Il doit être entériné avant le 17 janvier, mais les obstacles demeurent nombreux, en particulier pour convaincre ceux qui s’y opposent dans chaque camp. « Malgré le danger que représente le groupe EI, les différents groupes politiques restent focalisés sur la lutte pour le pouvoir », indique l’ex­pert Mohamed Eljareh, du centre Rafic Hariri pour le Moyen-Orient basé à Washington. « La situation en Libye devient très préoccupante puisqu’on voit les tragiques scéna­rios iraqien et syrien se reproduire avec l’EI profitant énormément du chaos, de l’effondrement des autori­tés centrales et des guerres par pro­curation », souligne Karim Bitar, directeur de recherches à l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI), en soulignant qu’« un gou­vernement d’union nationale devient urgent, mais la situation a atteint un tel état de dégradation et les méfiances réciproques sont tellement nombreuses que rien ne garantit le succès du plan de transition, malgré les pressions internationales ». Toutefois, « avec l’accord politique (...), le gouvernement d’union que nous mettrons en place prochaine­ment, il y a enfin une possibilité de renforcer l’unité entre Libyens et d'essayer de combattre le terrorisme avec les forces libyennes », a ren­chéri vendredi Mme Mogherini. « A mon sens, le front iraqo-syrien reste prioritaire pour le groupe Etat isla­mique malgré l’intensification des frappes aériennes des Russes et de l’alliance, mais il n’en reste pas moins qu’il représente un danger de taille pour la Libye », estime, quant à lui, le politologue Khaled Hanafi, au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d'Al-Ahram.

Contrôle des hydrocarbures

Les Occidentaux redoutent en fait que l’EI, qui contrôle une bande ter­ritoriale autour de Syrte (450 km à l’est de Tripoli), ne renforce son influence et ses ressources finan­cières en prenant le contrôle des hydrocarbures, qu’il déstabilise l’Afrique, et qu’il exporte depuis la Libye des djihadistes vers l’Europe. L’EI a lancé en début de semaine des attaques visant le « croissant pétro­lier », à Ras Lanouf, qui héberge la plus grande raffinerie du pays, et à Al-Sedra. Les attaques ont été repoussées par les gardes des instal­lations, mais plusieurs réservoirs de brut ont pris feu, selon la Compagnie nationale du pétrole (NOC). Ces attaques ont « exacerbé l’animosité et la méfiance entre les deux hommes forts de l’Est : le chef des gardes des installations pétrolières, Ibrahim Jodhran, et le commandant des forces loyales au pouvoir de l’Est, le général Khalifa Haftar », souligne M. Eljarh, chercheur au Centre de recherches à l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI). Il décrit « Haftar et l’EI comme étant les deux faces d’une même mon­naie », pour critiquer l’inaction du premier face à l’offensive des djiha­distes.

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