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Mohamad Dahlan : J’aspire à un régime politique fort, cohérent et créatif

Osman Fekri, Mardi, 15 septembre 2015

Connu comme le Palestinien le plus jeune parmi les négociateurs des accords d’Oslo, Mohamad Dahlan est actuellement un important dirigeant du Fatah. Il avait dû quitter les territoires palestiniens après que le mouvement Hamas s’était emparé de Gaza en 2007. Interview.

Mohamad Dahlan
Mohamad Dahlan, le Palestinien le plus jeune parmi les négociateurs des accords d’Oslo

Al-Ahram Hebdo : Dans la situation actuelle, comment voyez-vous la perspective d’une unité nationale palestinienne ?

Mohamad Dahlan : Il existerait de nombreuses solutions dont l’objectif est de convaincre ou d’obliger le Hamas à parvenir à des formules d’entente nationale. L’Egypte peut nous aider à ce propos, car de toute façon, Israël ne veut rien nous donner. L’unité nationale est à la base de tout partenariat politique entre les différentes forces et factions. J’aspire à une relance de l’action nationale palestinienne regroupant toutes les factions dans le cadre de l’OLP (Organisation de la Libération de la Palestine).

— Qui est capable de mettre ceci en exécution et quelle est l’initiative que vous avez présentée à ce propos ?

— Le président Mahmoud Abbas est la première personne qui doit assumer cette mission. Mais il faut d’abord établir les bases politiques de ce travail. Par exemple, en ce qui concerne les accords d’Oslo, pourquoi y tenir puisque Israël y a renoncé depuis 15 ans. A mon avis, il faut s’en retirer avec sagesse et intelligence. Ceci ne signifie pas que nous optons pour les armes, mais nous devons posséder les outils par lesquels nous pourrons obliger Israël à reconsidérer ses politiques. Il ne faut pas s’attendre à ce que Netanyahu nous octroie nos droits tant qu’Abou-Mazen refuse l’Intifada et les manifestations. Il ne veut même ni s’adresser à l’Onu ni déposer une plainte contre Israël auprès de la Cour pénale internationale.

Il faut poursuivre la résistance, car les négociations qui ont eu lieu pendant les dernières années n’étaient pas sérieuses et n’ont abouti à aucun résultat, pour la simple raison que rien ne soutenait nos négociateurs. Par ailleurs, la résistance à la Hamas n’a pas réussi non plus. Ladite résistance nous a imposé 4 guerres, et a mené à la destruction de Gaza et à la fermeture des points de passage. Auparavant, on avait réussi à négocier la libération de 9 500 prisonniers qui étaient dans les prisons israéliennes. Je ne dis pas que ces négociations étaient géniales, mais elles ont permis de démontrer que les appareils de sécurité constituaient le levier des négociations.

— Qu’en dites-vous des ambitions présidentielles qu’on vous prête. Aspiriez-vous à succéder au président Mahmoud Abbas ?

— Ce n’est pas du tout vrai. Si j’avais voulu être président je n’aurais pas soutenu Abbas en 2005 et je n’aurais pas continué à le soutenir encore aujourd’hui. Ce à quoi j’aspire c’est à un régime politique fort, cohérent et créatif.

— Comment évaluez-vous le rôle des Etats-Unis comme « parrains » des négociations ? — Pour ce qui est des Etats-Unis, Washington ne possède pas de politique envers la cause palestinienne, mais suit et exécute ce que veut Israël. La réalité est que l’Administration américaine néglige totalement la cause palestinienne. L’unique espoir d’instaurer un Etat palestinien avec Jérusalem comme capitale résidait dans le document de Clinton que le mouvement Hamas et Mahmoud Abbas ont refusé.

— Que pensez-vous du rapprochement entre Israël et le Hamas sous les auspices du Qatar et de la Turquie ?

— Selon mes informations, il n’y a pas d’entente entre Israël et le Hamas. Ce dernier n’a pas le droit de négocier avec Israël à la place de l’OLP qui est chargée des négociations.

— Au niveau régional, quelles sont à votre avis les raisons de l’état de désordre et de confusion sur la scène arabe depuis 2011 ?

— Depuis la destruction de l’Iraq et le démantèlement de son armée, il y avait un plan visant à détruire la Syrie et ensuite l’Egypte. Mais grâce à Dieu et au courage de l’armée égyptienne, cette tentative a échoué. En 1996, un plan d’action auquel ont participé des intellectuels américains et israéliens a été élaboré pour diviser le monde arabe. Ce plan consistait à se débarrasser de Yasser Arafat, puis à détruire l’Iraq et la Syrie. Le plan a été mis en exécution après les attaques du 11 septembre 2011, dont l’Iraq a été tenu pour responsable, alors qu’il n’avait rien à faire dans cette histoire. Ensuite, il y a eu ce qu’on appelle le Printemps arabe. La réalité est donc qu’il y a un plan visant à démanteler la région arabe et à remplacer les régimes arabes en échec par des courants de l’islam politique.

— Est-il vrai que le Hamas a joué un rôle dans ce qui s’est passé en Egypte pendant ces dernières années ?

— Le Hamas est un mouvement issu des Frères musulmans et les Hamsaouis organisent dans les rues de Gaza des manifestations de soutien aux Frères et à leur guide suprême. Il ne faut donc s’étonner ni de la position du Hamas envers l’Egypte, ni de la position de l’Egypte et des Egyptiens envers ce mouvement. Malheureusement, cette tension a eu un impact négatif sur les Palestiniens résidant à Gaza qui n’y sont pour rien dans cette situation.

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