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Algérie-France: En finir avec ces relations en dents de scie

Abir Taleb avec agences, Lundi, 17 décembre 2012

Le président français, François Hollande, se rend ce mercredi à Alger. Une visite de deux jours aux objectifs politiques et économiques, où il s’agira surtout de redynamiser des liens hautement complexes.

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Alger et Paris souhaitent tourner la page du passé et parvenir à un « partenariat d'exception ». (Photo: AFP)

Si l’on devait décrire les relations entre l’Algérie et la France, l’on commencerait sans doute par les qualifier de relations compliquées et bien particulières. Marquées par un passé colonial dont les plaies ne sont pas encore totalement fermées, ces relations ont connu, depuis l’indépendance de l’Algérie il y a 50 ans, des hauts et des bas, des ententes et des démêlés, des déclarations d’amour et de haine.

Certes, ces relations se sont réchauffées depuis l’élection du socialiste François Hollande et les deux capitales entendent parvenir à un « partenariat d’exception », selon la formule consacrée. Et, de part et d’autre, à la veille de la première visite d’Etat à Alger du président français François Hollande ces mercredi et jeudi, on multiplie les déclarations conciliantes et on tient à faire preuve d’optimisme. Dans une rare interview accordée à l’Agence France-Presse, quelques jours avant la première visite de M. Hollande, le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, a affirmé vouloir une « relation forte et dynamique avec la France ». « Nous espérons que l’arrivée aux responsabilités de François Hollande va marquer une nouvelle étape dans les relations bilatérales », a-t-il dit, en évoquant un « partenariat gagnant-gagnant » et une « intensification du dialogue à tous les niveaux ». Et d’ajouter : L’Algérie et la France ont « l’obligation de travailler ensemble tant que leurs interdépendances sont nombreuses ».

Et alors que l’idée d’un traité d’amitié franco-algérien a été abandonné par Paris, le chef d’Etat a estimé que « les formes du partenariat importent peu, c’est sa consistance qui est essentielle ». « Il faut un partenariat qui dépasse les seules relations commerciales où chacun réduit l’autre à un débouché », a-t-il expliqué. M. Bouteflika semble donc résolument tourné vers l’avenir. Dans son interview avec l’AFP, il n’a pas évoqué la repentance de la France pour la colonisation réclamée par certains, mais a souhaité « transcender beaucoup de pesanteurs ».

Mais ce n’est pas l’avis de tous à Alger. Quatorze partis politiques ont d’ores et déjà annoncé qu’ils boycotteraient cette visite, en raison du « mépris » français pour les Algériens. Un mépris qui s’illustre selon eux par le bras d’honneur très médiatique de l’ancien ministre de la Défense, Gérard Longuet. Pour ces partis, aucune relation avec la France n’est possible sans une reconnaissance des crimes coloniaux ni une repentance. Dans une lettre adressée aux autorités françaises, mais aussi aux autorités algériennes ainsi qu’aux intellectuels et au peuple algériens, ces quatorze partis, dont la principale formation islamiste, le Mouvement de la Société pour la Paix (MSP), refusent toute normalisation des relations avec la France.

« Se tourner vers l’avenir »

Côté français, on se veut optimiste et aussi tourné vers l’avenir. Le voyage mercredi et jeudi en Algérie du président français François Hollande sera « un succès », a prédit dimanche le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, en évoquant la signature de différents contrats. « Tout est réuni pour que cette visite du président de la République soit un succès », a-t-il dit dans l’émission télévisée Internationales RFI-TV5-Le Monde. « Il y a évidemment du côté algérien une volonté que les choses se passent très bien et nous avons en commun, Français et Algériens, le souci de nous tourner vers l’avenir », a précisé le ministre français.

Or, 50 ans après l’indépendance de l’Algérie, le débat n’est pas encore clos. Malgré toutes ces déclarations, certains continuent de rabâcher le passé. En France, certains saluent encore le « rôle positif de la colonisation », alors qu’en Algérie, la mémoire de la guerre d’indépendance tient encore lieu de politique. Or, la relation entre la France et l’Algérie, capitale pour les deux pays, exige un nouveau souffle et de nouvelles initiatives.

Outre les questions bilatérales, les deux pays s’opposent d’ordinaire sur les questions internationales. Concernant le devenir du Sahara occidental, qui envenime les relations entre l’Algérie et le Maroc, la France soutient ouvertement la proposition marocaine d’autonomie renforcée de la région, tandis que l’Algérie soutient le Front polisario et l’autodétermination du peuple sahraoui. L’intervention contre le régime de Mouammar Kadhafi en Libye portée par la France fut particulièrement mal vécue à Alger. La démission forcée du gouvernement malien en début de semaine aggrave encore un peu plus la crise malienne, mais ne devrait pas aplanir la vraie divergence de vue sur le dénouement de la crise. Depuis plusieurs mois, l’Algérie s’oppose au projet d’intervention militaire africaine, défendu par la France qui doit en théorie être prochainement adopté par l’Onu.

Si la visite de François Hollande se veut d’abord et avant tout politique, les enjeux économiques seront toutefois du voyage avec, dans la délégation, la présence d’une vingtaine d’hommes d’affaires et de Jean-Pierre Raffarin, le monsieur Algérie nommé par Nicolas Sarkozy pour étoffer les relations économiques, reconduit dans ses fonctions. Et à ce sujet, la France est en pole position. L’Algérie est son premier partenaire commercial sur le continent africain. Avec un PIB multiplié par trois entre 2000 et 2011 et des réserves de change qui ont culminé à 182 milliards de dollars en 2011 (en raison de l’accroissement des revenus pétroliers), l’Algérie apparaît plus que jamais comme une terre privilégiée d’investissement d’autant que le pays a d’immenses besoins de développement.

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