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Nigeria : Une élection et des défis colossaux

Sabah Sabet avec agences, Lundi, 19 janvier 2015

A quelques semaines des élections présidentielles et législatives au Nigeria, Boko Haram intensifie ses actes de violences. Une intervention régionale est de plus en plus évoquée.

L’insécurité est le thème central de la cam­pagne électorale du scrutin qui doit se tenir le 14 février prochain. Car au Nigeria, pas une semaine ne passe sans une attaque sanglante commise par Boko Haram, un groupe islamiste armé qui s’est emparé de plus d’une vingtaine de villes au nord-est du pays. Dimanche der­nier, un kamikaze s’est fait exploser dans son véhicule dans le nord-est, faisant au moins cinq morts et 48 blessés, ont déclaré des sources policières à l’AFP. Un attentat qui intervient en outre après plusieurs attaques sanglantes dans la même région. Le massacre de Baga le 3 janvier est sans doute le plus meurtrier avec des centaines de morts, de blessés et de dépla­cés. Avec cette ascension des incidents contre l’humanité, les demandes d’une intervention régionale apparaissent. Le président tchadien, Idriss Deby, a lancé samedi « un appel » aux pays de la Communauté Economique des Etats d’Afrique Centrale (CEEAC) à former « une large coalition pour combattre » Boko Haram.

Le président Deby s’exprimait après avoir accompagné une colonne de 400 véhicules tchadiens à la frontière camerounaise. En outre, la sous-secrétaire générale de l’Onu, Leïla Zerrougui, et le président de la Cédéao, John Dramani Mahama, ont appelé vendredi dernier à réagir contre ce groupe qui exporte ses combats vers les pays frontaliers. « Nous voyons Boko Haram se déplacer vers les pays voisins », avait déclaré, peu avant à Abuja, la représentante spéciale pour les enfants et les conflits, avant d’ajouter: « Cela nécessite une réponse régionale ».

Dans ce contexte, le duel entre le président sortant Goodluck Jonathan, 57 ans, et l’ancien militaire Muhammadu Buhari, 72 ans, candidat pour la quatrième fois, s’annonce comme le plus serré depuis le retour à la démocratie au Nigeria il y a 16 ans. M. Jonathan, qui dirige le Nigeria depuis la mort de son prédécesseur Umaru Yar’Adua en 2010, est très critiqué pour ne pas avoir su juguler l’insurrection du groupe extrémiste, qui a fait plus de 13000 morts et 1,5 million de déplacés depuis son début en 2009. Le président ne peut pas non plus compter sur son bilan économique. Le Nigeria est devenu l’année dernière la première économie africaine, grâce à un changement du mode de calcul du PIB, mais plus de la moitié des 178 millions d’habitants vivent toujours dans la pauvreté, sans accès aux infrastructures de base. Quant aux revenus du pétrole, princi­pale ressource du pays, ils sont siphonnés par l’élite dirigeante corrompue. De plus, les recettes de l’Etat ont fondu avec la chute histo­rique des cours du pétrole, contraignant le gouvernement à prendre des mesures d’austé­rité et dévaluer la monnaie, ce qui plombe encore M. Jonathan.

Face à lui, l’ex-général Buhari, qui a marqué les esprits pour sa « guerre contre l’indisci­pline » durant son bref règne (1983-1985) à la tête d’une junte militaire, est vu comme un « chevalier blanc » anti-corruption. Mais hor­mis sa poigne de fer, le candidat du Congrès progressiste (APC, opposition) n’a présenté aucun programme économique jusqu’à pré­sent, rappelle l’économiste Bismark Rewane. La Commission électorale indépendante (INEC) a, par ailleurs, prévenu que la tenue des scrutins— présidentiels, mais aussi législa­tifs— était « peu probable » dans les zones contrôlées par les islamistes. D’autant que « selon la Constitution nigériane, le candidat vainqueur doit avoir remporté la majorité des voix, ainsi que 25% des scrutins dans les deux tiers du pays ou des Etats », rappelle l’avocat Jiti Ogunye à l’AFP.

C’est ainsi qu’au lieu de s’affronter sur leurs idées, M. Jonathan, le chrétien du sud, et M. Buhari, le musulman du nord, se livrent à une campagne politicienne dans des circonstances très difficiles. M. Jonathan reste favori « à cause du pouvoir du président sortant », habi­tué à mobiliser les fonds nécessaires pour assurer sa réélection, estime le professeur de sciences politiques, Jideofor Adibe. Pour sa part, l’ex-secrétaire général des Nations-Unies, Kofi Annan, qui a participé mercredi 14 jan­vier, à une conférence sur les élections à Abuja, a demandé à MM. Jonathan et Buhari et aux 12 autres candidats à la présidentielle à apaiser les esprits pour éviter des violences électorales.

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