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Nucléaire iranien  : Vers une prolongation des discussions

Maha Al-Cherbini avec agences, Lundi, 22 septembre 2014

Téhéran et les Six ont repris leurs négociations en marge de l'Assemblée générale de l'Onu, à New York. Un dialogue de sourds qui rend difficile la signature d'un accord final avant le 24 novembre.

Téhéran
Malgré les sourires, le pessimisme plane sur les négociations nucléaires. (Photo : Reuters)

Après douze ans de blo­cage, la crise nucléaire iranienne est toujours acculée à l’impasse. A l’approche de la date butoir du 24 novembre, la voie vers une solution diplomatique à la crise semble bou­chée. Et les négociations inutiles. Les dernières en date ont lieu actuel­lement à New York, en marge de l’Assemblée générale de l’Onu. Les pourparlers entre Téhéran et les Six ont débuté jeudi dernier et devraient se poursuivre jusqu’à la fin de la semaine sous divers formats, y com­pris au niveau ministériel, pour pro­fiter de la présence à New York des dirigeants réunis pour l’Assemblée générale. Objectif: Aplanir les pommes de discorde susceptibles d’avorter la conclusion d’un accord dans dix semaines.

Mais le pessimisme est de mise. Déjà, une rencontre « infructueuse » entre les chefs des deux déléga­tions— le ministre iranien des Affaires étrangères, Javad Zarif, et la chef sortante de la diplomatie européenne, Catherine Ashton— n’a fait qu’ajouter une note de pessi­misme aux rencontres, surtout après deux jours de discussions « sté­riles » entre Américains et Iraniens en fin de semaine dernière.

Pour l’heure, trois principales pommes de discorde assimilent ces négociations à un « dialogue des sourds » : Le degré de la coo­pération de Téhéran avec l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), le calendrier de la levée des sanctions interna­tionales contre Téhéran et l’am­pleur de l’enrichissement de l’ura­nium iranien. Dès la première minute de leurs discussions, les deux parties ont débattu de leurs fossés « insurmontables », tout en admettant que « la route vers un accord reste longue».

Avant même le début des discus­sions, Washington et les pays euro­péens se sont déclarés déçus face aux progrès très limités sur le nucléaire iranien, tout en appelant Téhéran à coopérer pleinement avec l’AIEA. Il y a deux semaines, l’Iran avait refusé la visite de l’agence au site nucléaire de Parchin. L’AIEA attendait, avant le 25 août, des éclaircissements de l’Iran concer­nant deux points sur douze de son programme nucléaire, mais Téhéran n’a pas apporté de réponses satisfai­santes, selon l’agence. La négocia­trice américaine, Wendy Sherman, a estimé que la capacité actuelle de l’Iran à enrichir l’uranium n’était pas « acceptable ». En fait, l’enri­chissement d’uranium représente le point le plus critique des négocia­tions. Enrichi à un faible niveau, l’uranium sert à un usage civil, mais à un degré élevé, il peut servir à fabriquer la bombe atomique. Et, pour prouver sa bonne volonté, le guide suprême iranien, l’ayatollah Khamenei, ultime décisionnaire dans les négociations, avait accepté de baisser le degré de l’enrichisse­ment à 5%, mais ce geste n’a pour­tant pas calmé l’Occident. Selon l’expert Mohamad Abbas, il s’agit d’une grave crise de confiance sus­ceptible de « retarder » la signature d’un accord final entre les deux par­ties. A New York, Javad Zarif a reconnu que les « Iraniens se méfiaient complètement des Etats-Unis », affirmant que des mesures doivent être prises pour instaurer une confiance mutuelle.

Crise de confiance

Preuve que la crise de confiance n’est pas prête à se dissiper, aucune rencontre n’est prévue entre le président iranien, Hassan Rohani, qui se rend cette semaine à New York pour prononcer un discours le 25 septembre à la tri­bune de l’Assemblée générale de l’Onu, et son homologue améri­cain, Barack Obama. En effet, l’imposition par Washington de nouvelles sanctions contre Téhéran, en pleine discussion, a envenimé les relations entre les deux pays. Samedi, M. Zarif a dénoncé ces nouvelles sanctions américaines, affirmant que les Etats-Unis étaient « obsédés » par leurs sanctions contre l’Iran et que le Congrès américain s’opposait à tout accord avec Téhéran.

Face à cette situation, les ana­lystes estiment que la conclusion d’un accord avant le 24 novembre demeure hypothétique, et l’on devrait s’attendre à un nouveau délai. « Tôt ou tard, un accord final sera signé, car les deux parties en ont besoin: L’Iran pour obtenir une levée des sanctions qui étran­glent son économie, et la commu­nauté internationale pour avoir la garantie que Téhéran ne se dotera pas de la bombe nucléaire », estime Mohamad Abbas.

Or, une nouvelle donne s’ajoute désormais : La lutte contre l’orga­nisation de l’Etat Islamique (EI). New York, Washington et Téhéran ont pourtant évoqué la lutte contre l’EI, en marge de leurs négocia­tions nucléaires, a déclaré un porte-parole du département d’Etat, Jeff Rathke, affirmant que ces entre­tiens sont « séparés » des tracta­tions sur le nucléaire. Officiellement, Washington, comme Téhéran, exclut toute coo­pération militaire contre l’organi­sation de l’Etat islamique. Mais, selon plusieurs responsables ira­niens cités par Reuters, l’Iran est prêt à collaborer avec les Etats-Unis et leurs alliés dans la lutte contre l’Etat islamique, mais réclame en échange une plus grande souplesse de leur part en ce qui concerne son programme nucléaire.

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