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Iran : le plus dur reste à venir

Maha Al-Cherbini, Lundi, 03 février 2014

L'Iran et les grandes puissances reprennent, le 18 février à Vienne, leurs discussions pour conclure un accord global sur le programme nucléaire de Téhéran. Pour l'heure, la voie vers un accord final semble parsemée d'écueils.

Iran
Le nouveau cycle des discussions entre Téhéran et les Six ne sera pas facile. (Photo : Reuters)

« Avec nos alliés, nous sommes impliqués dans des négociations pour voir si nous pouvons parvenir à l’objectif que nous partageons tous : empêcher l’Iran d’avoir une arme nucléaire », affirme le président américain, Barack Obama. « L’Iran n’a jamais cherché et ne cherchera jamais à fabriquer l’arme atomique », répond son homologue iranien modéré, Hassan Rohani. Telles sont les déclarations de part et d’autre à quelques jours de la reprise des pourparlers entre Téhéran et les Six.

Selon les experts, le plus dur va commencer lors des prochaines discussions, car les deux parties entreront dans des détails beaucoup plus compliqués et profonds. « L’accord intérimaire de Genève, qui prendra fin le 20 juillet, n’est qu’un premier pas sur un chemin semé d’embûches. Le plus dur a commencé le 20 janvier (ndrl : date de l’entrée en vigueur de cet accord) pour les Iraniens qui ont prouvé leur bonne volonté à l’Occident. Je pense que ces derniers vont s’évertuer à ne pas faire achopper un accord qui a sauvé leur économie étouffée par les sanctions occidentales », affirme l’expert Mohamad Abbas, analyste au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram.

En vertu de l’accord de Genève qui fait l’objet d’une surveillance accrue de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), l’Iran s’engage à limiter l’enrichissement d’uranium à 5 %, à transformer son stock d’uranium à 20 %, à geler ses activités dans les sites de Natanz et Fordo, ainsi qu’au réacteur à eau lourde d’Arak. L’Occident doit, en contrepartie, lever ses sanctions sur l’automobile et l’aéronautique et débloquer des avoirs financiers gelés.

Après avoir reconnu, le 20 janvier, que Téhéran a cessé d’enrichir l’uranium à 20 %, l’AIEA va passer « à des choses plus difficiles » en abordant la question sensible de l’éventuel « volet militaire » du programme nucléaire de Téhéran, a déclaré son directeur général Yukiya Amano. La possible dimension militaire du programme iranien est une question centrale de l’accord de Genève. « Si l’agence constate le moindre écart, alors nous informerons immédiatement les pays membres de l’agence », a affirmé le chef de l’Agence. Pour surveiller de près l’engagement iranien, l’Agence multiplie ses visites à Téhéran depuis décembre. Cette semaine, trois inspecteurs ont visité la mine d’uranium de Gachin (sud), alors que d’autres ont visité, il y a deux semaines, le réacteur de production d’eau lourde d’Arak. Ce réacteur — pomme de discorde entre Téhéran est les Six — est au coeur des préoccupations des grandes puissances, car il offrirait à l’Iran la possibilité d’extraire du plutonium qui pourrait être utilisé pour une bombe atomique.

Trois possibles scénarios

De peur de voir de telles pommes de discorde avorter les négociations en cours, le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, a maintenu dimanche la pression sur Téhéran, l’appelant à respecter ses engagements lors de sa réunion à Munich avec le ministre iranien des Affaires étrangères, Javad Zarif.

Jusque-là, tout semble être dans l’ordre. D’un côté, Téhéran a respecté à la lettre sa part de l’accord et d'autre côté, l’Occident a fait de même en remboursant cette semaine à Téhéran un premier versement de 550 millions de dollars issus des avoirs iraniens gelés dans le cadre de l’accord de Genève. Cela dit, la voie vers un accord final reste semée d’écueils. Sous la pression du Congrès américain soucieux d’imposer de nouvelles sanctions contre Téhéran, le président américain Barack Obama a reconnu : « Je ne me fais pas d’illusion sur la difficulté d’atteindre un accord définitif avec l’Iran ». Dans son discours sur l’état de l’Union la semaine dernière, Obama a plaidé pour donner une chance à la diplomatie, menaçant de son veto toute sanction votée contre Téhéran pendant les négociations. Obama n’a pas pourtant caché que ces négociations seraient « difficiles » et qu’ « elles peuvent ne pas réussir ». Précédemment, Obama a estimé que la voie diplomatique avait une probabilité de réussite de 50 %. « Si les dirigeants iraniens ne profitent pas de cette occasion, alors je serai le premier à réclamer davantage de sanctions », a assuré Obama, répétant être prêt à exercer toutes les options pour s’assurer que l’Iran ne construit pas d'arme nucléaire.

Comme un défi à la Maison Blanche, 59 des 100 élus du Sénat américain, dont 16 démocrates, avaient apporté leur signature à une législation déposée, en décembre, qui vise à forcer la main de l’exécutif américain pour imposer des sanctions au cas où Téhéran ne respecterait pas l’accord de Genève.

Le président a promis d’y opposer son veto, sans toutefois convaincre grand monde jusqu’à présent. Ce n’est qu’après son discours sur l’état de l’Union que Barack Obama semble avoir remporté une première bataille contre les parlementaires du Congrès. Juste après ce discours, 2 des 16 démocrates signataires ont publiquement changé de position vendredi. « Je soutiens fermement le texte mais je pense qu’un vote n’est pas nécessaire maintenant, tant que des progrès significatifs sont enregistrés dans les négociations », a dit le démocrate signataire Richard Blumenthal. De source proche des tractations dans les coulisses entre Maison Blanche et Congrès, on explique que plusieurs démocrates étaient gênés à l’idée de voter contre un président issu de leur propre parti. Bien plus, la nouvelle menace de veto, répétée avec force lors du discours le plus solennel de l’année, semblait avoir freiné la législation. Selon les experts, il s’agit d’une grande victoire pour l’Administration américaine, mais cette victoire n’est pas « finale », car la pression des faucons devrait s’accentuer à l’approche de la conférence annuelle du plus grand lobby américain pro-Israël en mars, en présence du premier ministre Benyamin Netanyahu. Trois scénarios sont possibles pour les six prochains mois : soit les deux camps parviendront à un accord final avant 20 juillet, soit l’accord achoppera à cause de l’opposition d’Israël et des faucons américains ou iraniens, soit il sera prolongé pour six autres mois.

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