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Face à la Chine, Biden joue son va-tout

Elza Goffaux , (avec Agences) , Mercredi, 01 juin 2022

En réitérant son soutien à Taïwan et en lançant un nouveau partenariat économique en Asie-Pacifique, Washington concrétise un peu plus sa politique anti-Chine.

Face à la Chine, Biden joue son va-tout

C’est lors d’une conférence de presse au Japon, dans le cadre d’une tournée asiatique, que le président américain, Joe Biden, a annoncé, le 23 mai, qu’il prendrait la défense de Taïwan en cas d’invasion militaire chinoise, mettant en garde la Chine qui, selon lui, « flirte déjà avec le danger » par ses exercices militaires réguliers dans les espaces aérien et maritime taïwanais. Une telle affirmation est perçue comme un affront direct par Pékin. Le porte-parole des Affaires étrangères chinoises, Wang Wenbin, a appelé les Etats-Unis à ne pas « envoyer de mauvais signaux aux forces indépendantistes ou séparatistes, afin d’éviter de causer des dommages dans le détroit de Taïwan et dans les relations sino-américaines ».

La reprise des tensions entre les deux pays se fait sur fond de guerre en Ukraine. Si Washington n’a pas voulu intervenir directement face à la Russie, Biden est catégorique: il faut faire « payer à Poutine le prix fort son invasion de l’Ukraine pour dissuader la Chine d’envahir Taïwan ». En effet, alors que Xi Jinping aurait pu profiter de l’invasion organisée par son allié, la Chine tire des leçons des sanctions imposées à la Russie et réexamine les capacités de son armée.

Cependant, pour la Chine, Taïwan fait déjà partie intégrante de son territoire, ce qui n’est pas le cas de l’Ukraine dans le récit russe. Pékin a appelé la présidence américaine à « ne pas sous-estimer » sa « ferme détermination à protéger sa souveraineté ». Lors de son intervention, Joe Biden a tout de même réaffirmé la ligne traditionnelle américaine de la « One China Policy ». Les Etats-Unis se sont engagés à reconnaître une Chine unique et un seul gouvernement chinois plutôt que de soutenir la souveraineté et l’indépendance de Taïwan.

S’agit-il d’une rupture diplomatique par rapport à la politique d’« ambiguïté stratégique » ? Joe Biden semble, en effet, s’affranchir d’un des piliers de la politique étrangère américaine en Asie. Depuis plus de 50 ans, les Etats-Unis n’ont pas de liens diplomatiques avec Taïwan, mais ont promis, au sein du Taiwan Relations Act, de mettre à disposition de l’île des moyens militaires pour se défendre, sans pour autant préciser s’ils interviendraient directement en cas d’invasion. D’ailleurs, les propos du président américain ont pris son entourage de court. Celui-ci est même revenu sur ses paroles le lendemain, précisant que « la politique n’a pas changé du tout ». Son secrétaire d’Etat, Antony Blinken, a aussi précisé que les Etats-Unis ne souhaitaient pas entrer dans une nouvelle « guerre froide » avec la Chine, tout en réitérant que la Chine est le « risque le plus sérieux de remise en cause de l’ordre international ».

Les Etats-Unis placent donc toujours la Chine au centre de leur politique étrangère en Asie et cherchent à endiguer son influence. La visite américaine a été l’occasion d’inaugurer le cadre économique pour l’Indopacifique (IPEF), en collaboration avec 13 pays représentant 40% du PIB mondial. Cette alliance, sorte d’alternative à la Chine, vise l’intégration des pays membres dans 4 domaines: l’économie numérique, la chaîne d’approvisionnement, les énergies vertes et la lutte contre la corruption. Un projet « voué à l’échec », selon Pékin, qui estime que Washington tente de « former de petites cliques au nom de la liberté et de l’ouverture », afin tout simplement de « contenir la Chine ».

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