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Le Sahel, la France et les autres …

Abir Taleb avec agences, Lundi, 29 novembre 2021

Les Etats du Sahel sont pris en tenailles entre le défi sécuritaire et le soutien à la présence française, de plus en plus conspuée et jugée inefficace par les populations locales.

Paris a entrepris, en juin, de réorganiser son dispositif militaire de lutte contre les djihadistes
Paris a entrepris, en juin, de réorganiser son dispositif militaire de lutte contre les djihadistes au Sahel.

Le trajet d’un convoi militaire français, qui faisait route vers le Mali, a été perturbé, samedi 27 novembre, au Niger, par des manifestants qui protestent contre la présence de la France au Sahel. Les heurts ont fait deux morts, selon le gouvernement nigérien. Après avoir été bloqué une semaine au Burkina Faso, le convoi logistique de la force Barkhane a fait face à l’hostilité des populations au Niger.

Il a finalement pu reprendre sa route. Mais le malaise est bel et bien là. Car ces obstacles à répétition révèlent le climat de défiance qui règne dans le Sahel contre la France. Avec des cris de « A bas la France », les manifestants ont exprimé leur rejet de la présence française, mais surtout aussi leur ras-le-bol face à une situation sécuritaire alarmante.

En effet, parallèlement, le même jour à Ouagadougou (Burkina Faso), la rue manifestait contre la gestion du terrorisme par le gouvernement, appelant même le président Roch Marc Christian Kaboré à démissionner. Les Burkinabès dénoncent la présence française au Sahel et l’incapacité du gouvernement à endiguer les djihadistes, face à l’engrenage des attaques terroristes au Burkina Faso. Car le Burkina Faso est pris depuis 2015 dans une spirale de violences attribuées à des groupes armés djihadistes affiliés à Al-Qaëda et au groupe Daech, et les attaques qui visent civils et militaires sont de plus en plus fréquentes et en grande majorité concentrées dans le nord et l’est du pays.

Plus généralement, la situation sécuritaire au Sahel continue de se détériorer. Ce qui place les dirigeants de ces pays du Sahel devant un dilemme. Ils se trouvent tiraillés entre leur soutien à la France, dont ils ont besoin sur le plan militaire et montée de la grogne populaire.

Pour Paris, l’exaspération dont témoigneraient les manifestations contre le convoi de Barkhane, analyse le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian, serait également instrumentalisée par des puissances étrangères comme la Russie.

Outre la Russie, il y a aussi la Chine, dont le rôle est au contraire bien accueilli. La 8e conférence ministérielle du Forum sur la coopération sino-africaine (Focac) s’est tenue les 29 et 30 novembre au Sénégal. Lors d’une première rencontre entre la ministre sénégalaise des Affaires étrangères, Aissata Tall Sall, et son homologue chinois, celle-ci a appelé au soutien de Pékin dans la lutte contre le terrorisme au Sahel. « Nous voudrions que la voix de la Chine, compte tenu de son influence, soit une voix forte pour soutenir le Sénégal et tous les pays engagés dans le problème de l’insécurité au Sahel », a-t-elle déclaré. Pékin, de son côté, privilégie le partenariat économique sur la base de gagnant-gagnant (voir sous-encadré). Si la Chine « n’est pas favorable à l’ingérence dans les affaires intérieures, elle soutiendra les efforts bilatéraux et multilatéraux visant à instaurer la paix et la sécurité sur le continent », a ainsi estimé l’ambassadeur de Chine en Ouganda, Zhang Lizhong .

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