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Contre l’extrémisme, la guerre idéologique

Osman Fekri, Dimanche, 15 août 2021

Le retrait américain d’Afghanistan et d’Iraq redessine les contours de la lutte antiterroriste. Explications.

Face à l’avancée fulgurante des Talibans, le président américain, Joe Biden, ne dévie pas: il est déterminé à aller au bout du retrait d’Afghanistan. « La décision du retrait a été prise en ayant pleinement conscience que ce à quoi nous assistons actuellement risquait d’arriver », a déclaré Laurel Miller, émissaire des Etats-Unis pour l’Afghanistan. Le retrait des forces internationales avait été décidé par l’ex-président américain Donald Trump. Son successeur a repoussé l’échéance de quelques mois, mais les forces américaines et étrangères quitteront le pays d’ici la fin du mois. Pour Joe Biden, l’objectif premier de l’intervention déclenchée par les attentats du 11 septembre 2001, à savoir marginaliser l’organisation djihadiste Al-Qaëda, est atteint depuis longtemps. Malgré l’avancée des Talibans donc, la ligne des Américains ne changera pas : Washington va maintenir son « soutien » au gouvernement de Kaboul, en termes notamment de formation militaire, mais pour le reste, c’est aux Afghans de choisir leur destin.

Parallèlement, Joe Biden a affirmé le 26 juillet que son pays cesserait d’ici la fin de l’année sa « mission de combat » en Iraq pour engager une « nouvelle phase » de coopération militaire avec le pays. « Notre coopération contre le terrorisme continuera même dans cette nouvelle phase », a-t-il dit, en recevant le premier ministre iraqien, Moustafa Al-Kazimi, fin juillet dernier. « La relation va évoluer complètement vers un rôle de formation, conseil, assistance et partage de renseignements » des forces iraqiennes engagées dans la lutte contre Daech.

Avec ces deux retraits, Joe Biden aura mis un terme, en quelques mois, aux deux plus longs conflits extérieurs de l’histoire des Etats-Unis, débutés sous la présidence de George W. Bush après les attentats du 11 septembre 2001. Deux retraits qui signifient que pour Washington, la lutte antiterroriste ne passe plus uniquement par l’aspect militaire. Celle-ci doit passer aussi par une guerre contre l’idéologie même des groupes extrémistes comme les Talibans, Daech et d’autres.

Il ne fait aucun doute que les Talibans peuvent reprendre le pouvoir en Afghanistan, avec toutes les conséquences que cela peut avoir. Des conséquences néfastes pour ce pays, vu la barbarie de ce groupe, mais aussi sur la région et le monde entier, avec le risque que l’Afghanistan ne redevienne une plaque tournante du trafic de drogue. Sans compter, bien sûr, le risque que la montée des Talibans ne renforce les groupes extrémistes du Proche-Orient. Car les Talibans n’hésiteront pas à soutenir d’autres groupes terroristes de la région. D’où la nécessité, pour les pays arabo-musulmans, de se préparer à cette éventualité en soutenant la pensée éclairée contre l’extrémiste.

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