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Afghanistan : Une nouvelle approche américaine ?

Abir Taleb avec agences, Dimanche, 14 mars 2021

Vingt ans après l’invasion de l’Afghanistan, Washington propose une nouvelle formule pour la relance du processus de paix dans ce pays. Il doit aussi prendre une décision sur un retrait des dernières troupes américaines et alliées qui y sont déployées.

Afghanistan  : Une nouvelle approche américaine  ?
Les violences ne baissent pas d’intensité en Afghanistan.

Huit personnes ont été tuées et au moins 47 autres blessées, en grande majorité des femmes et des enfants, dans l’explosion d’une voiture bourrée d’explosifs près d’un poste de police dans l’ouest de l’Afghanistan vendredi soir, ont indiqué samedi des responsables. L’attaque n’a pas été revendiquée, mais le président afghan, Ashraf Ghani, a incriminé les Talibans, estimant qu’ils « poursuivaient leur guerre et leurs violences illégitimes contre notre population » et « ont démontré à nouveau n’avoir aucune intention de parvenir à un règlement pacifique des crises actuelles ». En effet, si Herat, l’une des plus grandes villes du pays, reste sous le contrôle du gouvernement, elle est entourée de zones rurales où les combats entre forces afghanes et talibanes font rage. Pourtant, dans le cadre du processus de paix débuté l’an dernier, les Talibans se sont engagés à ne plus commettre d’attaques de grande envergure dans les centres urbains. Ce qui n’a pas empêché les violences d’augmenter, malgré les pourparlers de paix entre Kaboul et les Talibans débutés en septembre dernier à Doha.

Aussi, cette nouvelle attaque intervient alors que Washington a récemment soumis un projet d’accord de paix aux autorités afghanes et aux Talibans prévoyant la création d’un « nouveau gouvernement inclusif », selon une lettre du chef de la diplomatie américaine Antony Blinken révélée par des médias afghans. En vertu de l’accord américano-taliban, signé sous l’Administration du président américain Donald Trump en février 2020, les Etats-Unis ont accepté de retirer toutes leurs troupes d’Afghanistan d’ici le premier mai prochain. Ce départ inquiète le gouvernement afghan, mais l’actuel président américain, Joe Biden, n’a pas encore confirmé si la date limite allait être respectée. Dans le document, qui a fuité dans les médias afghans tout d’abord, Anthony Blinken ne confirme ni n’affirme le retrait total des troupes d’ici le 1er mai. « Toutes les options sont encore envisagées », fait-il savoir. Il expose en outre ses propositions pour la relance du processus de paix en Afghanistan: représentation des Talibans, révision de la Constitution afghane et conditions pour un cessez-le-feu permanent et complet. Si l’objectif annoncé des Américains est d’accélérer les pourparlers de paix qui piétinent, la démarche inquiète les Afghans. « Ils peuvent prendre une décision sur leurs troupes, mais pas sur le peuple afghan », a lancé, le 8 mars, Amrullah Saleh, le premier vice-président afghan connu pour son franc-parler et son manque de diplomatie. Le document a également été envoyé à la délégation des Talibans à Doha. Sur place, le porte-parole du bureau politique des Talibans affirme que la lettre du secrétaire d’Etat américain est au coeur des discussions. « Nous aurons une position à ce sujet », a-t-il dit. La semaine dernière également, Zalmay Khalilzad, l’émissaire américain pour l’Afghanistan, a proposé aux belligérants de relancer le processus de paix, mais sa proposition a été immédiatement rejetée par Kaboul et par les Talibans, a-t-on appris de sources diplomatiques et gouvernementales.

Mi-février dernier, à l’issue d’une visioconférence mercredi des 30 ministres de la Défense de l’Otan, avec une première participation du secrétaire à la Défense américain, Lloyd Austin, le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, a lancé une mise en garde aux Talibans. « Aucun allié ne veut rester plus longtemps que nécessaire », avait-il dit, « mais les Talibans doivent respecter les engagements pris à Doha, notamment de réduire les actes de violence, de cesser toute coopération avec les groupes terroristes et négocier de bonne foi ». Or, les conditions d’un départ de la mission « Resolute Support » (soutien déterminé) qui avait succédé en 2015 à la « Force internationale d’assistance à la sécurité en Afghanistan », elle aussi sous le commandement de l’Otan, ne sont pas réunies, a-t-il estimé. Rien n’avait cependant été annoncé, une décision pourrait intervenir d’ici au prochain sommet de l’Otan, dont la date n’est pas encore précisée.

Cependant, cette visioconférence de l’Otan a marqué un point important: le grand retour des Etats-Unis comme leader de l’Alliance Atlantique. « Mon message est clair: nous devons nous consulter, décider et agir ensemble », avait alors twitté le chef du Pentagone, Lloyd Austin, se faisant ainsi l’écho de Jens Stoltenberg, qui a vécu des moments difficiles avec Donald Trump. « Nous sommes entrés ensemble (en Afghanistan), nous ajusterons notre présence ensemble et nous partirons ensemble », a dit le secrétaire général de l’Otan.

Conférence à Moscou

Mais ce ne sont pas que les Etats-Unis qui bougent. Le dossier afghan est en effervescence. La Russie, qui s’est dite, vendredi 12 mars, favo­rable à la formation d’une « administration » intérimaire incluant les Talibans pour diriger l’Afghanistan, prévoit l’organisation à Moscou ce jeudi 18 mars d'une conférence consacrée à l’Afghanistan, a rapporté la semaine dernière l’agence de presse TASS, citant le ministre russe des Affaires étrangères. L’agence n’a toutefois pas donné de précision sur l’identité des partici­pants, alors que les Etats-Unis n’ont pas confir­mé qu’ils prendraient part à cette conférence. Un porte-parole du département d’Etat américain a indiqué que les Etats-Unis et la Russie avaient récemment discuté de la programmation d’une réunion, mais que Washington n’avait « rien à confirmer pour le moment ». Moscou a, par le passé, prôné la mise en place d’un partage du pouvoir en Afghanistan pendant une période de transition dans le cadre d’un accord de paix. L’émissaire spécial russe pour l’Afghanistan, Zamir Kaboulov, a déclaré le mois dernier que la Russie était disposée à organiser des discussions interafghanes, afin de rompre l’impasse actuelle entre Kaboul et les Talibans.

Parallèlement, la Turquie prévoit l’organisa­tion en avril prochain à Istanbul des sessions de pourparlers de paix consacrées à l’Afghanistan, a déclaré vendredi 14 mars le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, cité par l’agence de presse Anadolu. Ankara, membre de l’Otan, entend également nommer un émissaire spécial pour l’Afghanistan, a ajouté Mevlut Cavusoglu .

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