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Face aux sanctions européennes, la nonchalance turque

Sabah Sabet avec agences, Dimanche, 13 décembre 2020

L’Union européenne a adopté un certain nombre de sanctions contre la Turquie, en raison de ses activités en Méditerranée orientale. Une décision rejetée par Ankara qui poursuit toujours ses provocations.

« Nous rejetons cette attitude biaisée et illégitime figurant dans les conclusions du Sommet de l’Union Européenne (UE) ». C’est par ces termes qu’Ankara, par la voix de son ministère turc des Affaires étrangères, a répondu aux sanctions adoptées par l’UE, dans un commu­niqué publié vendredi 11 décembre. Une réaction qui fait suite à la déci­sion, prise la veille, par les dirigeants des 27 pays de l’Union européenne réunis en sommet à Bruxelles, de sanctionner les actions « illégales et agressives » de la Turquie en Méditerranée contre la Grèce et Chypre. Le Sommet des Vingt-Sept a adopté des sanctions individuelles qui devraient viser des noms impli­qués dans les activités d’exploration menées par la Turquie en Méditerranée orientale. La liste de noms va être établie dans les pro­chaines semaines et sera soumise à l’approbation des Etats membres. Selon les conclusions adoptées par le Sommet de Bruxelles, les noms seront inscrits sur la liste noire éta­blie en novembre 2019 pour sanc­tionner les activités de forage de la Turquie dans les eaux de Chypre. Elle compte deux responsables de la Turkish Petroleum Corporation (TPAO), interdits de visas et dont les avoirs dans l’UE ont été gelés. Les dirigeants européens ont donné man­dat au chef de la diplomatie euro­péenne, Josep Borrell, de leur faire un rapport au plus tard en mars 2021 sur l’évolution de la situation et de proposer alors, si nécessaire, d’étendre les sanctions à de nou­veaux noms ou de nouvelles entre­prises. « L’idée est de serrer la vis progressivement », a indiqué le diplomate européen.

Le bras de fer entre Ankara, membre de l’Otan, et l’Europe a débuté avec les travaux d’exploration gazière menés par la Turquie dans des zones maritimes disputées avec la Grèce et Chypre, depuis des mois. Cette affaire est au centre de ten­sions. La crise entre Athènes et Ankara s’est intensifiée avec le déploiement en août dernier par la Turquie du navire de recherche sis­mique Oruç Reis dans des zones maritimes disputées. Hôte de mil­lions de réfugiés syriens et candidat (de plus en plus théorique) à l’adhé­sion à l’UE, la Turquie, ce grand voisin de l’Europe, exploitait la carte des refugiés pour en faire pression, mais cela n’a pas été bien joué. C’est alors que fin novembre, Ankara a surpris le monde avec un apparent geste d’apaisement, en annonçant le retour au port de l’Oruç Reis.

Comme première réaction de la France, première ennemie euro­péenne d’Ankara, le président fran­çais, Emmanuel Macron, s’est félici­té que l’Union européenne ait « démontré sa capacité à faire preuve de fermeté » face à la Turquie en adoptant ces sanctions. « Nous avi­ons donné au mois d’octobre dernier une chance à la Turquie. Nous avions tendu la main, posé des conditions. Nous avons unanimement constaté que la Turquie avait poursuivi ses actions provocatrices », a expliqué le président français depuis Bruxelles.

En outre, les essais turcs d’explora­tion de gaz ne sont pas les seuls actes à susciter la colère des Européens. Le comportement de plus en plus irritant du voisin, aux « provocations » en Méditerranée et son activisme mili­taire sur un nombre croissant de fronts, dont l’intervention au conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Une alternative était présentée à Ankara: soit engager un « agenda positif », soit en subir les consé­quences. Mais il paraît qu’Ankara poursuivra ses provocations en igno­rant les sanctions européennes. Mercredi 9 décembre, la veille du sommet européen, Erdogan avait déjà affirmé que d’éventuelles sanc­tions de l’UE n’étaient pas « un grand souci » pour son pays. La non­chalance et la provocation d’Ankara se sont traduites par la visite du pré­sident turc à Bakou pour célébrer la victoire de l’Azerbaïdjan au Nagorny Karabakh. S’adressant devant les soldats azerbaïdjanais rassemblés à Bakou, Recep Tayyip Erdogan a assuré que « le fait que l’Azerbaïdjan a sauvé ses terres de l’occupation ne signifie pas que la lutte est termi­née ». La Turquie a aidé l’Azerbaïd­jan à entraîner et équiper son armée et à faciliter ses exportations d’hy­drocarbures vers l’Europe, en contournant la Russie.

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