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Contre l’Iran, l’unilatéralisme de Washington

Maha Salem avec agences, Mardi, 22 septembre 2020

Téhéran, alors que les puissances européennes signataires de l’accord de 2015 estiment que la procédure initiée par les Etats-Unis n’aura pas d’effet.

Contre l’Iran, l’unilatéralisme de Washington

La tension est montée d’un cran cette semaine entre les Etats-Unis, les pays européens et l’Iran. Washington a proclamé, unilatéralement, samedi 19 septembre, que les sanctions de l’Onu contre l’Iran étaient à nouveau en vigueur à la suite d’une procédure contestée activée par les Etats-Unis. Mais Washington est seul dans cette démarche. Les grandes puissances européennes ont assuré que ces sanctions ne seraient pas de retour. Faisant la sourde oreille, le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, a déclaré : « Les Etats-Unis saluent le retour de quasiment toutes les sanctions de l’Onu contre la République islamique d’Iran auparavant enlevées ». Ajoutant que l’Administration américaine menace clairement de mettre en place un système de sanctions dites secondaires pour punir tout pays ou entité qui violerait les sanctions de l’Onu. « Si des Etats membres de l’Onu ne remplissent pas leurs obligations pour appliquer ces sanctions, les Etats-Unis sont prêts à utiliser leurs propres outils pour punir ces défaillances », a prévenu Mike Pompeo. Il a promis que des mesures américaines seraient annoncées dans les prochains jours contre ceux qui violent les sanctions de l’Onu.

« Toute décision ou mesure prise dans l’intention de rétablir les sanctions n’aura aucun effet juridique », ont répondu la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne dans une lettre commune adressée à la présidence du Conseil de sécurité. Partageant la même position, Moscou a dénoncé, dimanche 20 septembre, ces sanctions et le ministère des Affaires étrangères a estimé qu’elles étaient dénuées de fondement légal. « Les initiatives et actions illégitimes des Etats-Unis ne peuvent, par définition, avoir de conséquences internationales légales pour les autres pays », déclare-t-il.

S’appuyant sur la position européenne, le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a déclaré: « Les Américains se rendent compte eux-mêmes qu’il s’agit d’une déclaration mensongère. Nous attendons de la communauté internationale et de tous les pays du monde qu’ils s’opposent à ces actions irresponsables du régime à la Maison Blanche et qu’ils parlent d’une seule voix ».

Sanctions secondaires

Les pays européens signataires de l’accord de 2015 sont censés empêcher l’Iran de se doter de l’arme atomique en échange de la levée des sanctions qui étranglent son économie. Selon ces pays, Washington, ne faisant plus partie depuis 2018 de l’accord sur le nucléaire iranien, n’a pas de base légale pour déclencher à l’Onu un retour de sanctions internationales via ce pacte, mais Washington le laissait entendre depuis plusieurs mois, exprimant clairement sa volonté de renforcer sa politique de pression maximale. « Avec l’approche de la présidentielle, Donald Trump veut marquer des points, surtout en ce qui concerne les dossiers de politique étrangère. Alors, il exerce une forte pression sur les pays européens pour les pousser à accepter de sanctionner Téhéran et l’obliger à négocier avec ses conditions. Trump a promis qu’après sa réélection, il entamerait des négociations avec l’Iran en exigeant de diminuer son rôle dans la région et en lui imposant des limites pour ne pas intervenir dans les affaires des autres pays de la région, notamment le Liban, la Syrie, l’Iraq et le Yémen », explique Dr Tarek Fahmy, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire et à l’Université américaine du Caire, tout en expliquant que le snapback est un mécanisme prévu dans le cadre du JCPoA, l’accord de 2015 sur le nucléaire, qui limite les capacités nucléaires iraniennes en échange d’une levée des sanctions qui visaient la République islamique et qui prévoyait un retour quasi automatique des sanctions onusiennes au cas où l’Iran n’honorerait pas ses engagements. Parmi ces dernières, l’embargo sur les armes et les sanctions liées à l’enrichissement d’uranium. Mais tous les autres signataires contestent formellement aux Etats-Unis la possibilité d’entreprendre une telle démarche unilatérale, dès lors qu’ils ont quitté l’accord en 2018. « Avec la position européenne, le président américain Donald Trump, qui ne compte pas revenir sur sa politique de pression maximale, va sans doute publier prochainement un décret l’autorisant à imposer des sanctions dites secondaires, pour priver d’accès au marché américain ceux qui ne respectent pas d'embargo sur les ventes d’armes à l’Iran. Ces sanctions secondaires, via lesquelles un pays cherche à punir un autre pays pour des échanges commerciaux et économiques, sont un outil particulièrement puissant par Washington. La plupart des entreprises étrangères ne veulent pas risquer d’être exclues du vaste marché américain au profit de pays plus petits, tels l’Iran », conclut Tarek Fahmy l

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