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Afghanistan : Le processus de paix en route

Maha Salem avec agences, Mercredi, 12 août 2020

Des milliers de dignitaires afghans ont approuvé la libération de 400 prisonniers talibans coupables de crimes graves. Un accord qui ouvre la voie à des pourparlers de paix entre Kaboul et les Talibans

Après une longue guerre acharnée, les auto­rités de Kaboul et les Talibans se dirigent vers des pourparlers de paix. Des discussions histo­riques, puisqu’elles doivent mettre fin à une guerre qui a longtemps déchiré le pays. Les négociations sont désormais possibles après la libération de 400 prisonniers talibans accusés de graves crimes, une condition exigée par les Talibans. Cette libération a été décidée après trois jours de discussions entre des milliers de dignitaires afghans, responsables étatiques et chefs tribaux, réunis pour une « Loya Jirga » (grande assemblée). « Afin d’enlever les obs­tacles à l’ouverture de pourparlers de paix, de mettre fin au carnage, et pour le bien du public, la Jirga approuve la libération des 400 prisonniers demandés par les Talibans », a annoncé, dimanche 9 août, Atefa Tayeb, membre de l’assemblée. Abdullah Abdullah, responsable gouvernemental chargé des pour­parlers, a de son côté déclaré : « Nous sommes sur le point de débuter les négociations de paix ». Alors que l’ex-président, Hamid Karzaï (2001-2014), a quant à lui affirmé que les dis­cussions interafghanes devraient débuter deux ou trois jours après la libération des 400 pri­sonniers talibans. L’avenir des prisonniers représente un enjeu crucial dans l’ouverture de négociations, les deux camps s’étant engagés dans un échange de prisonniers qui doit précé­der ces discussions. Kaboul a déjà relâché près de 5 000 prisonniers talibans, mais les autorités afghanes ont jusqu’ici refusé de libérer les 400 derniers captifs réclamés par les insurgés. Certains sont impliqués dans des attaques meurtrières tuant Afghans et étrangers. Parmi les captifs concernés, selon une liste officielle consultée par l’AFP, se trouvent plus de 150 condamnés à mort, ainsi qu’un groupe de 44 captifs très surveillés par les Etats-Unis et d’autres pays pour leur rôle dans des attaques de premier plan.

« Les Talibans doivent maintenant démon­trer qu’ils n’ont pas peur d’un cessez-le-feu national », a cependant précisé, dimanche 9 août, le président afghan, Ashraf Ghani, faisant référence à une demande de la grande assem­blée pour une trêve « sérieuse, immédiate et durable » à travers le pays. Cette décision a été prise pour appliquer les recommandations de la grande assemblée qui a aussi réclamé la libéra­tion par les Talibans de « tous prisonniers civils et militaires du gouvernement », ainsi que la garantie « que les captifs libérés (par le gouvernement) ne retourneraient pas sur le champ de bataille, et que leurs activités seraient surveillées ».

Les Américains avaient insisté pour ces libé­rations, prévues dans l’accord signé entre Washington et les Talibans en février dernier en vue d’un retrait des troupes américaines d’ici mi-2021. A cet égard, le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, avait appelé les dignitaires à accomplir cette libération « impo­pulaire ». Quant au secrétaire américain à la Défense, Mark Esper, il a annoncé que Washington réduirait ses troupes en Afghanistan à moins de 5 000 d’ici fin novembre si certaines conditions étaient res­pectées.

Avant cette décision, un cessez-le-feu avait été signé entre les Talibans et le gouvernement afghan. Cette trêve n’est que la troisième pause officielle dans les combats en près de deux décennies de conflit. « Les Talibans doivent maintenant démontrer qu’ils n’ont pas peur d’un cessez-le-feu national », a cependant ajouté le chef de l’Etat afghan, faisant référence à une autre demande la grande assemblée pour « une trêve sérieuse, immédiate et durable ».

Reste désormais le plus dur, à savoir cette trêve, mais aussi et surtout les négociations de paix entre les Talibans et Kaboul.

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