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Iran : Des législatives en période trouble

Maha Salem avec agences, Mardi, 18 février 2020

Les Iraniens sont appelés aux urnes le 21 février pour des élections législatives cruciales qui devraient signer le retour des conservateurs et accroître la pression sur le président Hassan Rohani, déjà en difficulté à cause de la crise économique et des relations tendues avec Washington.

Iran : Des législatives en période trouble
Le parlement rédige les lois, ratifie les traités internationaux et approuve le budget. (Photo : Reuters)

C’est dans un climat parti­culièrement tendu que se tiennent, ce vendredi 21 février, les élections législatives iraniennes. La cam­pagne électorale a débuté jeudi 13 février. Selon les chiffres officiels, 7 148 candidats ont été qualifiés pour participer au scrutin et 7 296 demandes de candidature ont été invalidées par le conseil des Gardiens de la Révolution. Chargé de la validation des candidatures, ce conseil est déjà dominé par les ultraconservateurs et il a déclaré avoir rejeté ces candidatures pour des motifs telles la corruption ou l’infidélité à l’islam. La plupart des candidats disqualifiés sont issus de la coalition gouvernementale for­mée par les modérés et les réforma­teurs.

En fait, la majorité des candidats réformistes a été écartée par les Gardiens de la Révolution ; ainsi, le scrutin risque de connaître une abs­tention record, même si le président Hassan Rohani a, à plusieurs reprises, appelé les Iraniens à parti­ciper en masse à ces législatives, qualifiant la consultation de « très importante ».

Des disqualifications ont été criti­quées par la classe politique, l’oppo­sition et la rue. Le président Hassan Rohani, conservateur modéré, a cri­tiqué ces invalidations tout en met­tant en garde contre les menaces pesant selon lui sur « la démocratie après la disqualification de ces mil­liers de candidats, la plupart issus de la coalition gouvernementale for­mée par les modérés et les réforma­teurs ». Partageant le même avis, des figures de la majorité ont émis récemment des craintes sur le fait que la disqualification massive de ces candidats pourrait décourager la population iranienne d’aller voter tout en prévenant que l’abstention favorise traditionnellement les ultra­conservateurs.

Deux crises en toile de fond

Le scrutin s’annonce difficile et menace la sécurité du pays, car il devrait être marqué par un retour en force des conservateurs. « Le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, espère que le nouveau parlement sera dominé par les conservateurs, car l’Iran est secoué par deux crises critiques : sa relation avec les Etats-Unis doublée d’une crise interne. Le retrait de ces Américains de l’accord sur le nucléaire, l’alourdissement des sanctions et la crise économique qui secoue le pays alourdissent la tâche du nou­veau parlement. Les conservateurs ne croient pas que les réformateurs puissent négocier avec les Américains. Ils estiment que les réformateurs vont céder facilement et présenter des concessions aux Américains. Ils estiment en revanche qu’ils sont plus à même de négocier avec les Etats-Unis », estime Mona Soliman, professeure de sciences politiques à l'Université du Caire, d’où l’appui donné par le guide suprême aux conservateurs.

La deuxième crise, ajoute l’ana­lyste, vient de l’intérieur, puisque ces élections interviennent alors que le pays a été récemment secoué par des vagues de manifestations contre une hausse du prix de l’es­sence (matée par une répression meurtrière) et anti-pouvoir. Pourtant, élu en 2013 puis réélu en 2017, le président Rohani avait pro­mis plus de libertés sociales et individuelles et assuré que les Iraniens allaient pouvoir bénéficier des fruits du rapprochement avec l’Occident. Il a été l’instigateur, pour Téhéran, de l’accord interna­tional sur le nucléaire iranien conclu en 2015. Cet accord avait permis à l’Iran, pays pétrolier, de sortir de son isolement avec un allègement des sanctions interna­tionales, en échange de garanties destinées à prouver que le pro­gramme nucléaire iranien n’avait aucune visée militaire. Or, pour les conservateurs, cet accord était une catastrophe pour le pays. Ils esti­ment que le président Rohani a présenté trop de concessions à l’Occident. Face à la crise actuelle, ils font valoir que l’ancien prési­dent conservateur Mahmoud Ahmadinejad, avait, lui, refusé toutes les conditions occidentales et avait permis le développement du programme nucléaire iranien.

Avec ce discours qui vise à séduire et en l’absence de véri­tables concurrents, une grande coa­lition de conservateurs pourrait remporter largement les législa­tives. Et l’arrivée de conservateurs au parlement compliquera la tâche de Rohani. « Un parlement ultra­conservateur va poser problème à Rohani dans la dernière année de son mandat et compliquer la capa­cité du gouvernement à répondre aux pressions liées aux sanctions », conclut Dr Mona Soliman. L’Iran n’est pas au bout de ses peines.

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