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Pourquoi une réforme constitutionnelle en Russie ?

Sabah Sabet avec agences, Mardi, 21 janvier 2020

Le président russe, Vladimir Poutine, a créé la surprise en annonçant une prochaine révision de la Constitution en vue de renforcer le parlement. Une annonce aux objectifs flous.

« Révolution ! », « Poutine, dehors ! » : des slogans lancés par un millier de manifestants russes dimanche 19 janvier lors d’une marche au cours de laquelle ont pris part des députés locaux indépendants ainsi que des représentants de l’opposition venus exprimer leur désaccord avec la révision constitutionnelle annoncée la semaine dernière par le président russe, Vladimir Poutine. En effet, mercredi 15 janvier, deux annonces surprises ont été faites : la démission du gouvernement de Dimitri Medvedev, un fidèle de Poutine, et la désignation d’un nouveau premier ministre, Mikhaïl Michoustine, ainsi que l’annonce d’une révision de la Constitution, la première depuis son adoption sous Boris Eltsine en 1993. La réforme proposée de la Constitution doit accorder plus de pouvoirs au parlement, surtout dans la formation du gouvernement, en lui donnant la prérogative d’élire le premier ministre que le président sera alors « obligé de nommer ». Actuellement, la Douma ne fait que confirmer le choix du chef de l’Etat. Selon Poutine, il s’agit d’un changement « significatif » pour lequel la Russie est assez « mûre ». Les deux chambres du parlement sont dominées par des forces pro-Poutine et ne s’opposent jamais aux volontés du Kremlin.

Néanmoins, Vladimir Poutine qui, en l’état actuel de la législation, n’a pas le droit de se représenter en 2024, a souligné que la Russie devait rester régie par un système présidentiel qu’il pilote depuis 20 ans. Selon Dimitri Peskov, porte-parole de la présidentielle, ce projet de réforme du système politique sera soumis à un vote qui ne portera pas pour autant le nom de référendum, car le cadre légal ne le permet pas.

Les annonces du 15 janvier sont, pour les analystes comme pour les opposants, la preuve que M. Poutine organise l’après-2024, date de la fin de son mandat actuel à l’issue duquel il ne peut se représenter en l’état actuel de la législation.

Poutine, qui est jusqu’à présent resté très évasif sur ses intentions et qui n’a jamais évoqué de successeur, a rejeté ces accusations. Lors des déclarations rapportées sur le site du Kremlin samedi 18 janvier, le président russe a estimé qu’il était important d’assurer « une passation du pouvoir » tout en rejetant le modèle du dirigeant à vie datant de l’époque soviétique. Lors d’une rencontre avec d'anciens combattants de la Seconde Guerre mondiale dans sa ville natale de Saint-Pétersbourg, M. Poutine s’est vu demander s’il pourrait envisager de supprimer dans la Constitution les limitations au mandat présidentiel et a semblé rejeter l’idée. « Dans mon opinion, ce serait très inquiétant de revenir à la situation du milieu des années 1980, lorsque les dirigeants restaient au pouvoir jusqu’à la fin de leurs jours (et) s’en allaient sans s’être assurés de la mise en place des conditions nécessaires à une passation du pouvoir », a répondu Poutine. Le président russe a assuré comprendre les « inquiétudes » de la population à propos de la continuité du pouvoir. « Pour beaucoup, cela est lié à des inquiétudes à propos de la stabilité dans notre société, de la stabilité dans l’Etat, je comprends parfaitement cela », a-t-il dit. Selon certains experts, Poutine restreint la fonction présidentielle pour signifier son départ définitif du Kremlin et se préparer à un nouveau rôle. « Je pense que Poutine restera la principale figure en Russie », note l’experte russe Maria Lipman à l’AFP.

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